A la demande du Président Congolais Denis Sassou-N’Guesso, les chefs d’États des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) se réunissent en session extraordinaire, ce jeudi le 22 janvier 2026 à Brazzaville, en vue de trouver des solutions palliatives au choc monétaire qui plane sur la sous-région en ce début d’année.
La sous-région Afrique centrale traverse une période d’incertitude économique marquée par des signaux inquiétants sur le plan monétaire.
Entre tensions inflationnistes persistantes, fragilités des finances publiques et pression sur les réserves de change, l’éventualité d’un choc monétaire n’est plus une simple hypothèse, mais une menace sérieuse qui plane sur les économies de la CEMAC.
Des indicateurs macroéconomiques sous pression
Depuis plusieurs mois, les États de la sous-région font face à une dégradation progressive de leurs équilibres macroéconomiques. La hausse des prix des produits de première nécessité, alimentée par l’augmentation des coûts d’importation et la dépendance extérieure, érode le pouvoir d’achat des ménages. Cette inflation, parfois mal maîtrisée, fragilise la stabilité monétaire et sociale.
Parallèlement, les réserves de change de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) connaissent une pression accrue, conséquence directe de la baisse des recettes d’exportation pour certains pays et de l’augmentation des dépenses publiques, souvent orientées vers des charges incompressibles.
Le franc CFA au cœur des inquiétudes
Le franc CFA, monnaie commune des pays de la CEMAC, reste officiellement arrimé à l’euro, garantissant une certaine stabilité. Toutefois, cet arrimage exige une discipline budgétaire rigoureuse et une gestion prudente des finances publiques. Or, les déficits budgétaires persistants et l’endettement croissant de certains États membres accentuent les inquiétudes autour de la soutenabilité du système monétaire actuel.
Un choc monétaire pourrait se traduire par un durcissement des politiques monétaires, une restriction du crédit bancaire ou, dans le scénario le plus redouté, une remise en question des mécanismes de stabilité du franc CFA en Afrique centrale.
Conséquences économiques et sociales redoutées
Un tel choc aurait des répercussions directes sur les populations. La raréfaction du crédit freinerait les investissements privés, ralentirait la croissance économique et accentuerait le chômage, notamment chez les jeunes. Les entreprises, déjà confrontées à un environnement économique difficile, verraient leurs coûts de financement augmenter, compromettant leur compétitivité.
Sur le plan social, l’aggravation de la vie chère pourrait exacerber les tensions, dans une région où les attentes des populations en matière de développement et d’amélioration des conditions de vie sont de plus en plus fortes.
Des réformes urgentes pour éviter le pire
Face à cette menace, les experts s’accordent sur la nécessité d’actions rapides et concertées. Le renforcement de la gouvernance économique, la diversification des économies encore trop dépendantes des matières premières, ainsi que l’amélioration de la mobilisation des recettes internes apparaissent comme des priorités absolues.
La BEAC, de son côté, est appelée à maintenir une politique monétaire équilibrée, capable de préserver la stabilité tout en soutenant la croissance. La solidarité entre les États membres et le respect des engagements communautaires seront déterminants pour éviter un choc brutal.
Un tournant décisif pour l’Afrique centrale
La sous-région Afrique centrale se trouve à un tournant de son histoire économique. Si les signaux d’alerte sont pris au sérieux et traduits en réformes structurelles courageuses, le choc monétaire redouté pourrait être évité. À défaut, les conséquences pourraient durablement compromettre les ambitions de développement et d’intégration économique de la région.
Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville
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