Congo – Agressions sexuelles : Les victimes exhortées à briser le silence en dénonçant les auteurs

Le président de l’Association ‘’Le cercle des jeunes Dynamiques’’ (Acjd), Celand Chancel Louembet, a appelé, le 13 février à Brazzaville, les victimes de violences sexuelles, notamment les femmes et les enfants, à dénoncer leurs agresseurs, afin de prévenir la récidive et de renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes.

C'est une question très importante et sensible. Les victimes d'agression sexuelle gardent souvent le silence pour plusieurs raisons :

- La peur de ne pas être crues. Beaucoup sont submergées par la crainte de ne pas être prises au sérieux ou d'être accusées de mensonge.

- La honte et la culpabilité. Certaines victimes peuvent se sentir responsables de l'agression. Une tenue quelque peu extravagantes, un propos déplacé, peuvent conduire la victime à se demander si elle ne l’a pas cherché. Mais il y a aussi le regards des autres, face à cette personne désormais couverte d’opprobre.

- La peur des représailles. Il arrive que l’agresseur ait une position dominante sur l’agressée. Alors à l’acte repréhensible de l’agression sexuelle, s’en suivent pour la victime, des menaces, intimidations. Et si l’agresseur est l’employeur, la peur de perdre son emploi ou sa réputation conduisent à garder le silence malgré-soi.

- Le manque de soutien. Poursuivre son agresseur signifie engager un rapport de force vis-à-vis de celui-ci . Or l’absence de soutien familial, social ou institutionnel pousse à s’abstenir d’engager ce combat que l’on sait perdu à l’avance.

- La peur de revivre le traumatisme. Raconter l'agression peut être très douloureux. C’est comme remuer le couteau dans la plaie.

Toutes ces raisons détruisent la victime et beaucoup ont recours au suicide pour s’éviter la douleur psychologique et même psychiatrique qu’engendre l’agression sexuelle.

Il est essentiel de créer un environnement de confiance et de soutien pour encourager les victimes à parler.

Cet appel a été lancé au cours d’une journée de sensibilisation organisée par l’Acjd sur le thème « L’amour ne fait pas de mal », visant à encourager les victimes à s’exprimer sans crainte, à lutter contre la honte et la stigmatisation, ainsi qu’à promouvoir le respect, la protection et la dignité de la femme.

La rencontre a également offert un espace d’écoute, d’échanges et d’information destiné à orienter les victimes vers des structures d’accompagnement et à renforcer la mobilisation communautaire contre ces violences.

Intervenant à cette occasion, l’honorable Charlotte Opimbat a exhorté les victimes à rompre le silence et à signaler toute forme d’abus.

« Si l’on ne dénonce pas, on n’aide pas les autres victimes à se défendre », a-t-elle affirmé, soulignant que certaines relations affectives peuvent dissimuler des formes de violence qu’il convient de combattre avec fermeté et responsabilité.

Pour sa part, la directrice du Programme national de lutte contre les violences faites aux femmes, Mme Nuptia Chancelle Mbemba, a indiqué que la question des agressions sexuelles constitue une préoccupation majeure pour le gouvernement. Elle a insisté sur l’importance de dénoncer ces actes afin de contribuer à leur éradication.

Créée en 2019, l’Acjd a formé plus de 400 jeunes et mis en place une entreprise événementielle et de communication pour accompagner plusieurs d’entre eux dans leur insertion sociale et professionnelle. Son président a, par ailleurs, plaidé pour un appui technique et institutionnel en vue de pérenniser ce type d’initiatives et d’en renforcer l’impact sur la jeunesse et la société.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville