Mayoko : l’or de la discorde, entre espoir de jeunesse et emprise industrielle

Dans les profondeurs verdoyantes de Mayoko dans le département du Niari (sud), l’or ne brille plus seulement par son éclat naturel. Il cristallise désormais tensions, incompréhensions et rivalités entre une compagnie chinoise détentrice de permis d’exploitation et de jeunes orpailleurs locaux déterminés à tirer leur subsistance des entrailles de la forêt.

Depuis plusieurs semaines, la cohabitation est devenue difficile. D’un côté, une entreprise légalement installée, investissant dans l’exploitation industrielle avec des autorisations en règle ; de l’autre, une jeunesse souvent confrontée au chômage et à la précarité, qui voit dans l’orpaillage artisanal une opportunité de survie et parfois d’ascension sociale.

La situation a atteint un point de crispation lorsque des altercations ont éclaté récemment sur certains sites aurifères. Des menaces auraient été proférées, créant un climat de tension préoccupant.

Rodrigue SIKA, natif du village Moukoubidi, situé à un jet de pierre de la ville de Mayoko, a même été interpellé récemment à 6h du matin et placé en garde à vue avant d’être finalement relâché l’après-midi grâce à l’intervention décisive de la famille et surtout des sages et notables de la ville. Ces figures respectées de Mayoko ont joué un rôle d’apaisement crucial.

Par le dialogue et la médiation, elles ont obtenu la libération de Rodrigue SIKA jeune orpailleur, assortie d’un engagement clair : cesser toute activité dans les périmètres légalement attribués à la compagnie chinoise.

Cet épisode met en lumière un défi majeur pour les autorités locales et nationales : comment concilier exploitation industrielle, respect des permis miniers et aspirations légitimes d’une jeunesse en quête d’opportunités ?

La richesse aurifère de Mayoko ne doit pas devenir un facteur de division, mais plutôt un levier de développement partagé. Au-delà des tensions, cette crise révèle aussi la nécessité d’un cadre de concertation permanent entre entreprises, communautés locales et pouvoirs publics. Car si l’or peut attiser les convoitises, il peut également, lorsqu’il est bien géré, devenir un moteur de progrès, de formation et d’emplois pour les populations riveraines.

À Mayoko, l’heure n’est plus à la confrontation, mais à la responsabilité collective. L’or de la forêt doit cesser d’opposer pour enfin rassembler.

Germaine MAPANGA / Les Echos du Congo-Brazzaville

Photos : DR