Anatole Collinet Makosso veut courtiser la diaspora congolaise de France pour la construction de ce bien commun qu’est le Congo

Une « rencontre citoyenne » est prévue ce jeudi 26 août 2021 de 10h à 13h au siège de la CCI, la Chambre de Commerce Paris Ile-de-France,  entre le Premier ministre Anatole Collinet Makosso et les congolais de France,  afin de freiner la cassure entre institutions de la République et les compatriotes de l’étranger pour la construction de ce bien commun qu’est le Congo. L'accès des congolais de France à cette rencontre sera conditionné par la présentation du pass sanitaire à l'entrée ou un test PCR négatif de moins de 72h.

Le Premier ministre se rendra à Paris en France du 24 au 30 août 2021. Pour développer le Congo, Anatole Collinet Makosso veut mettre aussi en place un nouveau partenariat stratégique, s'appuyer sur le rôle de la diaspora congolaise de France.

Lors de cette visite de travail au bord de la Seine, le successeur de Clément Mouamba veut poser les bases d’une nouvelle relation avec les congolais qui vivent loin des frontières nationales. Mais il faut que les paroles soient suivies d’actes.

Désormais, il est question de maintenir cette dynamique participative et de franche collaboration entre Congolais de tous bords vivant loin des frontières nationales et le gouvernement pour développer le pays et faire face à la crise financière qui phagocyte le Congo.

Une volonté du gouvernement congolais qui prend ici le contre-pied d’une certaine opinion qui tend à vouloir confiner le rôle de la diaspora uniquement dans le champ politique.

On rappelle que les transferts de fonds des congolais de l'étranger sont conséquemment supérieurs à l'aide au développement, relèvent certains rapports des institutions financières comme la Banque mondiale. Même si ces fonds ne sont toujours pas budgétisés, ils représentent tout de même une manne non négligeable notamment dans le soutien de l'économie informelle.

La diaspora congolaise de France a toujours été l’épine dorsale du pays à travers les nombreux cadres qu’elle fournit ou encore les nombreux projets qu’elle entreprend. Plusieurs membres de la diaspora ont la volonté de mettre leur énergie, leurs compétences et leurs ressources au service du développement du Congo.

 Les congolais de France jouent déjà un rôle financier important sur le pays, et le gouvernement congolais doit les encourager à diriger leurs efforts vers des projets créateurs de richesses et d’emplois, en particulier pour les jeunes. Il s’avère que le cordon ombilical est coupé entre les autorités congolaises et une bonne frange de sa diaspora.

Peu sont les personnalités en charge des questions extérieures (Ministres ou conseillers à la présidence) de passage dans les capitales africaines ou occidentales qui ont initié des rencontres avec leurs compatriotes de l’étranger, idem pour les autorités consulaires ou diplomatiques incapables d’organiser la diaspora congolaise. On prend souvent des cas isolés pour jeter l’anathème sur toute la communauté expatriée en occultant ses apports au pays. Cette vision de stigmatisation est contreproductive à la longue en semant les grains pour décourager les bonnes initiatives.

La diaspora congolaise si elle est organisée et soutenue peut être source de créativité et de richesses pour le pays beaucoup plus que l’aide internationale dont nous sommes tributaires tout le temps. Les autorités congolaises doivent corriger les erreurs du passé et rattraper le retard constaté à ce jour.

Un gouvernement quel qu’il soit qui n’intègre pas la composante diaspora dans sa politique commet immanquablement une erreur.

De fait les exemples abondent d’un engagement décisif des diasporas. Israël n’existerait pas aujourd’hui comme Etat ni n’aurait atteint son niveau actuel de développement sans une implication profonde de la diaspora juive. Plus près de nous en Afrique, le Rwanda doit son visage actuel à l’empreinte de sa diaspora dans les pays limitrophes et ailleurs dans le monde. Le Maroc semble un cas plus abouti que d'autres dans notre continent. Voilà un pays où les pouvoirs publics s’attachent depuis 1990 à renforcer les liens avec la diaspora dont elles entendent faire un véritable « accélérateur des changements en cours au Maroc ».

D’autres expériences, non moins intéressantes, se déroulent au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Mali et au Sénégal. Il est souhaitable que le Congo y trouve l’inspiration susceptible de l’aider tracer sa propre voie dans l’intérêt bien compris de la nation.

Les diasporas sont également une source d’expertise sûre. Et ce volet n’est pas le moins intéressant. En effet, les diasporas peuvent mettre à la disposition des pays d’origine leur expertise acquise à l’étranger. Elles constituent, à cet égard, une potentielle mine de compétences de standard international. Une mine exploitable d’une manière soit ponctuelle soit permanente à la faveur du retour au pays natal de ces hommes et de ces femmes qui demeurent sensibles à l’appel de leurs racines.

C’est dire l’importance de la création d’un Département des Congolais de l’étranger au sein du ministère des Affaires Etrangères du Congo à l’initiative du Président de la République. Le ministre en charge dudit Département doit définir des « stratégies visant à encourager les Congolais de l’étranger à s’impliquer dans le processus du développement national ».

Il est souhaitable que la mise en œuvre de ces perspectives tienne compte d’un certain nombre de facteurs. Le facteur clé demeure la confiance de la diaspora congolaise qu’il faut établir et consolider. La confiance est, en effet, le socle d’une interaction féconde entre les pouvoirs publics et la diaspora congolaise. Il s’agit d’aller vers la diaspora, de se mettre à son écoute et de déterminer avec elle les modalités de son implication dans le développement du Congo.

Germaine MAPANGA / Les Echos du Congo-Brazzaville

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