Congo – Décès de Parfait Kolelas : Et si on le laissait enfin reposer en paix ?

Bientôt trois mois que Guy Brice Parfait Kolelas est décédé et il n’est toujours pas enterré, alors que la justice y a souscrit. Chaque fois qu’elle est programmée, l’inhumation de Parfait Kolelas se heurte à des débats de procédures judiciaires ou familiales, qui remettent tout en cause. Un proche qui est allé s’incliner devant le corps, en est ressorti dépité, disant : « l’homme est en train de sécher, pourquoi ne peut-on pas l’enterrer, afin qu’il repose en paix ? »

Notre rédaction a investigué sur le sujet et tente de relever, documents originaux à l’appui, les dessous d’une « affaire Kolelas » qui à y voir de très près, serait une méprise partie d’une des prédispositions complotistes qu’alimentent toujours certains opposants, vis-à-vis du pouvoir de Brazzaville. De là est née une rumeur d’empoisonnement qui avec l’attitude de certains parents et autres récupérateurs de la diaspora, s’est consolidée sur la base de soupçons confortés par aucun élément scientifique.

Le décès de Guy Brice Parfais Kolelas est un évènement qui fera date dans l’histoire du Congo. C’est la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle décède en cours de processus électoral, qui plus est, un challenger.

De là à alimenter tous les fantasmes sur les causes de son décès, c’est de pure logique, car rien ne peut être écarté en pareille circonstance, surtout dans le domaine politique qui pour les congolais, la frontière entre l’adversaire politique et l’ennemie tient parfois à l’épaisseur d’un papier à cigarette. Dans ces conditions, suspicions et complots hantent le quotidien.

Alors que la famille avait programmé l’inhumation de Parfait Kolelas pour le vendredi 11 juin, après que le nouvel avocat, maitre Bouzrou ait sollicité et obtenu un permis d’inhumer auprès du procureur, d’autres aléas, notamment l’opposition de certains frères, ont conduit à l’ajournement des obsèques. Un ajournement, sur fond de propos on ne peut plus fallacieux, d’un certain Kiass Kiakouama qui sur les réseaux sociaux, se dit être celui qui murmurait à l’oreille de Guy Brice Parfait Kolelas.

L’homme prétend que dire que Guy Brice Kolelas est mort de covid, serait se moquer de lui. Aussi, soutient-il que si Guy Brice Parfait Kolelas était décédé de covid, lui, Kiass Kiakouama serait atteint. De fait, ils avaient été testés « négatifs ». Et de conclure que l’état de santé de Parfait Kolelas s’est subitement empiré le vendredi. Pour lui, il se serait passé quelque chose à Securex, comme au CHU de Brazzaville. « Les teneurs du pouvoir seraient à l’origine de la mort de Guy Brice Parfait Kolelas. »

Dit ainsi, Kiass Kiakouama qui s’exprime tantôt en français et parfois en lari son dialecte, semble vouloir fédérer l’élan de victimation d’une tribu, la tribu lari, donnant au décès de Guy Brice Parfait Kolelas, une dimension sacrificielle.

Si la vacuité des propos de Kiass Kiakouama interroge sur sa capacité à tenir un débat argumenté soutenu par des preuves, il va sans dire que l’homme ignore même que dans un cluster covid, tous les cas contacts ne sont pas forcément déclarées positifs. Ainsi dit, Kiass Kiakouama mettrait donc en doute les résultats de l’institut médico-légal de Paris. Libre à lui de remettre en cause les conclusions d’une des institutions les plus fiables au monde, en la matière. Le contraire aurait étonné, tant, l’homme s’est fait une opinion de l’action complotiste qui a conduit au décès de Guy Brice Parfait Kolelas, qui selon son entendement, serait causée par des tiers.

Pourtant…

Mais, ce que Kiass Kiakouama ne dit pas, sans doute par oublie ou peut-être par méconnaissance des résultats des autres personnes testées, c’est qu’en dehors de lui, de l’épouse de Guy Brice Parfait Kolelas, de Jean-Jacques Yombi et de bien d’autres testés négatifs, deux personnes, notamment un cousin de Parfait Kolelas que Kiakouama connait très bien, ainsi qu’un député, ont été testés positifs dans le même temps. De là, à développer la maladie, est une autre chose et ce n’est toujours pas le cas. Pourquoi alors, taire ces résultats qui montrent à l’évidence que l’entourage de Guy Brice Parfait Kolelas était bien un cluster.

D’autre part, lui Kiass qui murmurait à l’oreille de Guy Brice Parfait Kolelas, oublie de dire qu’à l’étape de Dolisie, Parfait Kolelas avait reçu la visite d’un proche de son entourage politique qui était en passe de guérison, atteint du covid 19.

Quand a été évoqué la suspicion de covid de Guy Brice Parfait Kolelas, l’homme a soudainement pris peur, redoutant d’être lynché. Il se serait confié à un éminent médecin, le professeur Bilekot qui a préféré taire l’affaire, plutôt que de mettre de l’huile sur le feu. Peut-être le moment est-il venu, pour le professeur Bilekot, de rompre le silence…

Appesantissons-nous un instant sur cette thèse de l’empoisonnent, qui même si elle a été soupçonnée par beaucoup, ce qui est normal, vues les circonstances et la personnalité du défunt. Les autorités congolaises que d’aucuns accusent d’avoir empoisonné Guy Brice Parfait Kolelas seraient-elle autant naïves pour accepter de faire évacuer le prétendu empoisonné en France, sachant pertinemment qu’en y trouvant la mort, le corps serait autopsié, ce qui est la règle et leur forfait éventré ?

La thèse de l’empoisonnement a pris de l’ampleur, parce que ceux qui savaient la vérité, à l’instar de Nathalie Kolelas, ont préféré garder le silence, alors que tout dérapait.

Nathalie Kolelas a en bonne épouse, assisté son mari, à toutes les étapes de l’épreuve qu’il a traversée, jusqu’à sa mort. Sait-elle donc, qui aurait empoisonné son mari, si empoisonnement il y a ? Car, que ce soit à Securex ou au CHU, pendant qu’on l’entubait avant l’évacuation, elle était là et veillait sur son époux.

De même, quand une certaine opinion évoque le décès de Guy Brice Parfait Kolelas depuis Brazzaville et que c’est un cadavre que les autorités congolaises auraient fait voyager, là encore, Nathalie Kolelas qui était avec lui pendant le voyage et qui a déposé auprès de la police française que son mari était encore vivant, quand elle est descendue de l’avion, aurait-elle menti ?

Certes, en sa qualité d’épouse, Nathalie Kolelas a toute légitimité, tout comme la famille biologique, d’œuvrer à la manifestation de la vérité, quels que soient les aléas successoraux ou autres pesanteurs qui peuvent parfois conduire à des frictions. Mais, la vérité ne s’invente pas. Elle s’affirme à travers les éléments qui concourent à sa manifestation. Un proverbe bien de chez nous dit que « la raison ne s’obtient pas au tribunal, on l’emporte avec soi depuis la maison. »

C’est au nom de la manifestation de la vérité que d’autres prélèvements effectués sur le corps de Guy Brice Parfait Kolelas ont été scellés, afin que quelques ayant droit qui le voudront, poursuivent les investigations quand peut-être, les connaissances scientifiques auront évolué, de façon à mettre en évidence des substances non détectables à l’étapes actuelle des connaissances scientifiques, ayant pu causer la mort de Guy Brice Parfait Kolelas, puisque beaucoup se figent sur la thèse de l’empoisonnement, même si elle est écartée par les résultats de l’autopsie.

Faute de n’être confortée par les médecins légistes dans sa conviction sur la thèse de l’empoisonnement, l’épouse Kolelas avait décidé de s’adjoindre les services d’un avocat, afin de contribuer à faire la lumière, sur les causes du décès de son époux. La loi, lui en donnant naturellement le droit.

En choisissant maître William Bourdon comme avocat, la veuve Kolelas misait sans doute sur ce que cet homme de droit qui dans sa quête des biens mal acquis, entretient du reste une relation conflictuelle avec le Congo et surtout ses dirigeants serait l’homme idéal pour dénicher la vérité, où qu’elle se cache. Son premier communiqué et qui sera le dernier annonçait les couleurs.

« D’autres questions se posent, qui devront trouver réponse auprès du nouveau collège d’experts notamment s’agissant de l’heure de décès et des liens éventuels entre le décès et les pathologies dont était affecté Monsieur Kolelas », écrivait-il, relevant que « les choix faits à Brazzaville s’agissant de la mise en œuvre l’évacuation sanitaire de Monsieur Guy Brice Parfait Kolelas vers la France ont été absolument désastreux ». Il fustigeait le choix de l’avion, dénonçait le repos pris par les pilotes jugé comme « une perte de temps inqualifiable, eu égard à l’urgence vitale dans laquelle se trouvait Monsieur Guy Brice Parfait Kolelas ».

Enfin, « dès lors que l’avion a été obligé de se ravitailler deux fois pendant le vol, cette circonstance n’a pu que compromettre encore plus la possibilité de sauver Monsieur Guy Brice Parfait Kolelas », concluait-il.

À la lecture du communiqué de maître William Bourdon dont l’expérience et le professionnalisme ne poussent à aucun doute, on sent que l’homme de droit semblait redéfinir le fait de la cause, convaincu d’expérience que la contre-autopsie demandée – qui est à la limite une injure faite à une institution respectable qu’est le centre médico-légal de Paris, reconnue pour « faire parler les corps », - ne donnerait pas de résultat contraire à ceux déjà donnés, pour cette structure qui travaille en toute indépendance et professionnalisme, et donc la thèse de l’empoisonnement sera écartée.

Maitre Bourdon s’était donc arrangé d’autres portes de sortie, comme dans une requalification de charges. Mais, les insinuations, aussi argumentées soient-elles, peuvent-elles constituer des preuves à charge, à opposer aux conclusions de l’autopsie pratiquée par l’institut médico-légal de Paris ?

C’est sans doute sur la base de ces résultats dont la fiabilité ne peut être contestée et qui dessinaient les causes véritables du décès de Guy Brice Parfait Kolelas, que maître Bourdon qui était arrivé dans ce dossier avec tambours et trompettes, s’en est retiré sur la pointe des pieds, convaincu que de par l’orientation que l’on voulait lui donner, « le dossier d’empoisonnement est vide » car le fait inexistant.

C’est sans doute aussi, porté par la même logique, que le nouvel avocat, maître Bouzrou, tout aussi célèbre que le précédent, a jugé utile de faire procéder à l’inhumation du défunt, car en matière d’expertises scientifiques se rapportant au décès, tout avait été obtenu et il était temps de laisser Guy Brice Parfait Kolelas, reposer enfin en paix.

Dans son communiqué, en date du 25 mai 2021, maitre Yassine Bouzrou notait : « Une contre-autopsie du corps de Monsieur Kolelas a été réalisée le 22 avril 2021 et dans ce cadre tous les prélèvements utiles à la manifestation de la vérité ont été réalisés. Dans ces conditions, j’ai sollicité la délivrance d’un permis d’inhumer auprès du procureur de la République de Bobigny afin que la famille puisse procéder à l’inhumation de Monsieur Kolelas. A ce jour, nous sommes toujours dans l’attente de la communication du rapport d’expertise anatomo-pathologique et du rapport de contre-expertise toxicologique, lesquels sont indispensables pour connaître les causes de la mort de Monsieur Kolelas.»

Pourtant, ça coince toujours et personne ne veut reconnaitre que Guy-Brice Parfait Kolelas est mort pour ses idées, car au nom de ces idées, il a sacrifié certains aspects essentiels de sa vie, notamment sa santé.

Mais il y a aussi à dire que beaucoup de ses proches tant familiaux que politiques, ne l’ont pas non plus, aidé à s’en sortir, à se reposer pour se refaire, au regard de ce marathon électoral qu’il semblait ne plus supporter et qui entamait chaque jour un peu plus sa santé.

On l’avait senti fatigué à Pointe-Noire. Ce fut mis à l’actif du trajet éprouvant. On l’a vu chancelant à Owando. Personne, ni son épouse, la famille, ou son équipe de campagne n’a voulu y voir un signe d’atteinte de sa santé. Tous ont minimisé ces signes probants de la maladie qui sans doute rongeait cet homme que le courage et la témérité poussaient à tenir. Surtout que drapé dans la foi, il disait : « Dieu fera ».

C’est sans doute, croyant en « Dieu fera », que son épouse rassurait les militants lors du dernier meeting au stade Marchand, confiant que son mari souffrait d’un palu doublé d’une petite grippe.

Et si la grippe était en fait le covid-19, qui est allé en s’aggravant, du fait que son mari diabétique, présentait des comorbidités qui le prédisposaient à une forme grave de la maladie.

En dépit des signes visibles de dégradation de la santé de Guy-Brice Parfait Kolelas, celui-ci n’a été interné dans un centre de soin que le samedi 19 mars. Et s’il était déjà trop tard ?

Bientôt trois mois que Guy Brice Parfait Kolelas est décédé et il reste à ce jour sans sépulture, comme si, après l’avoir fait charcuter sous toutes les coutures, ceux qui se complaisent à le momifier, voulait réécrire le mythe de Sisyphe.

Dans la culture Kongo, laisser un corps sans sépulture, c’est le vouer à la damnation. Serait-ce alors le but recherché par ceux qui à travers les débats procéduraux qui retardent l’enterrement sans raison véritable, ont trouvé enfin le moyen d’exister, de se faire entendre, voire de se faire important ?

Tous les rapports d’autopsie et de contre-expertise convergent aux mêmes résultats. Guy Brice Parfait Kolelas n'a pas été empoisonné. Pourquoi alors ce acharnement qui est à la limite inhumain, à vouloir garder son corps indéfiniment ?

Beaucoup se lassent déjà de ces interminables rebondissements et implorent que par-delà toutes les pesanteurs et autres déchirements inutiles, la veuve, les enfants et la famille, rendent à Guy Brice Parfait Kolelas sa dignité, en le laissant reposer en paix, car toutes les palabres stériles qui retardent son enterrement ne sont que des fantasmes des vivants.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville

banner