Congo – Administrations publiques : La fonction de secrétaire se serait - elle désacralisée ?

Il ne passe pas un jour sans que des documents officiels, émanant des administrations publiques ou des hautes institutions de la République, ne fuitent sur les réseaux sociaux, alors qu’ils sont de fait couverts par le secret administratif, les agents eux-mêmes étant soumis au secret professionnel absolu. C’est à se demander si au Congo, la fonction de secrétaire garde encore toute la sacralité qui l’entourait naguère, celle qui faisait du ou de la secrétaire, une personne spéciale, à la probité et au professionnalisme irréprochables.

De la conférence nationale souveraine qui fut aussi un moment de grands déballages, allant jusqu’à attenter à l’intimité de certaines autorités ayant occupé de postes de responsabilités naguère et pris pour cibles à ladite conférence, tout le monde se souvient que jamais, aucuns de leurs secrétaires n’accepta de témoigner à leur encontre, sur quelques sujets que ce soit.

À une dame bien connue, ancienne secrétaire d’un ancien responsable pourtant décédé, à qui un journaliste bien connu demandait d’apporter son témoignage sur ladite personnalité, la secrétaire pourtant retraitée, répliqua que tout ce qu’elle avait vu lu ou entendu dans l’exercice de son métier, était couvert du sceau du secret professionnel qui était la valeur cardinale de sa profession. Par-delà le temps qui avait passé, elle demeurait liée à cette profession de foi, dans sa chair et dans son âme.

Cette réplique d’une femme qui n’entendait pas tirer une quelconque gloire sur ce qu’elle avait vu, lu ou entendu, dans l’exercice de son métier est sans doute à enseigner à nombre de secrétaires congolais actuels, dont beaucoup se demandent si, ils ou elles ont vraiment la maîtrise des ficelles du métier.

Parlant de ficelles du métier, il est souvent relevé qu’en plus d’être présentable, une bonne secrétaire doit surtout être une personne de confiance, serviable, prévenante, ponctuelle et organisée. Elle doit savoir garder le secret sur les questions confidentielles. Se tenir à l’écart de tous les bavardages et ne jamais parler des affaires concernant sa profession.

Force est de constater qu’au Congo, de nombreux secrétaires, qui sont peut-être une minorité passent bien loin de ces prescrits fondamentaux du « parfait secrétaire » qui en plus avait une réelle maitrise de la langue qu’elle parlait et surtout écrivait avec aisance car le courrier lui était le plus souvent dicté et il ou elle devait y mettre toutes les formes et formules convenues, selon le destinataire. De même, la tenue, l’enregistrement du courrier ou autres documents même non sensibles, obéissaient à un traitement minutieux et rigoureux. Bien souvent, le ou la secrétaire était au courant des informations qui échappaient à ses collègues de service. Elle pouvait taper (c’était du temps de dactylos) des notes de services sur des avancements, sanctions ou autres promotions, concernant ses collègues ou elles même et ne pas en parler à qui que ce soit, jusqu’à la publication officielle desdits documents. C’est bien loin, tout cela. Souvenir, souvenir…

Désormais, la fonction s’est davantage féminisée. « La beauté » est devenue le critère principal, reléguant dans bien de cas, les critères fondamentaux d’une Bonne secrétaire au second plan. C’est ce manque de professionnalisme qui interroge sur les critères de choix de ces secrétaires et surtout la formation qu’elles ont reçue, car elles trainent toutes les lacunes qui ne les qualifieraient dans aucun test de sélection sérieux. Une phraséologie hasardeuse. Une rédaction insipide, à défaut d’écrire la phonétique des mots, avec un alignement des fautes d’orthographe et de grammaire même les plus élémentaires. Une conjugaison incohérente marquée par la non-maîtrise des temps les plus usuels. Cependant, elles se font remarquer par la délation ou la divulgation de tout document passant entre leurs mains, par la simple envie de paraître. Elles usent du trafic d’influence vis-à-vis de certains de leurs collègues, car bénéficiant parfois d’une relation privilégiée avec le responsable ou l’autorité. Sans compter qu’elles sont commerçantes, proposant à crédit des produits en tous genres, pendant les heures de service. Elles sont « tout », sauf des secrétaires. Un « tout » privilégié qui efface tous leurs manquements, que d’autres, plus outillés et parfois moins considérés, sont obligés de combler.

Dans ces conditions, comment ne pas retrouver des documents officiels ou sensibles sur les réseaux sociaux, quand certains de ceux chargés de les manipuler n’en ont nullement la capacité, même s’ils en ont la qualité. Une qualité générée, plus par des accointances, que par le mérite dont elles ne traduisent aucune référence professionnelle sérieuse.

La publication devenue endémique des documents officiels sur les réseaux sociaux, marque la fragilité du régalien et appelle à la prise de mesures draconiennes vis-à-vis de ceux qui outre mesures, sapent les fondements de la République.

Peut-être est-il également temps de recourir aux séminaires de formation déontologique à l’égard des agents de quelques administrations que soient, afin qu’ils intériorisent les règlements intérieurs qui régissent leurs administrations, ainsi que les obligations auxquelles ils sont soumis, car beaucoup d’agents souvent « parachutés, voire mal ou pas du tout formés, méconnaissent ce qu’ils encourent, en divulguant des documents officiels ou sensibles.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville

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