Sénégal – ONU : La candidature du président Macky Sall à l’ONU ferait face à deux obstacles majeurs

La succession d’António Guterres actuel secrétaire général de l’ONU entre dans sa phase décisive en 2026. Son second mandat s’achève le 31 décembre 2026 et le processus a été formellement lancé par une lettre conjointe des présidents de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité fin novembre 2025, avec des principes de transparence et d’inclusivité. Des candidatures sont désormais invitées, accompagnées d’une vision et de déclarations de financement. Des dialogues ouverts avec les États membres sont annoncés afin d’éclairer le choix final, qui sera recommandé par le Conseil de sécurité puis entériné par l’Assemblée générale.

Macky Sall candidat !

L’ancien président sénégalais Macky Sall a officiellement annoncé sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, mais il fait face à des défis importants. Deux handicaps institutionnels majeurs pourraient entraver ses chances : la rotation géographique qui favorise l'Amérique du Sud et la volonté des instances onusiennes d'élire une femme à ce poste.

L'ONU a pour coutume de faire une rotation géographique pour le poste de secrétaire général, et l'Amérique du Sud est la région la plus susceptible de voir l'un de ses ressortissants occuper ce poste. L'Afrique a connu deux secrétaires généraux, dont le dernier, le Ghanéen Koffi Annan, à la tête de l'organisation de 1997 à 2006. Par ailleurs, les instances onusiennes affichent explicitement une volonté d'élire une femme secrétaire général. Jamais, dans son histoire, l'ONU n'a connu de femme secrétaire général et souhaite y mettre un terme. Une campagne officielle nommée « Madame SG » a été lancée par l’Organisation « GWL Voices » (Global women leaders) composée d’anciennes diplomates.

La candidature de Macky Sall ne fait pas l'unanimité au sein du gouvernement sénégalais, qui lui reproche sa répression durant son mandat et la supposée dette cachée. Il devra donc surmonter ces obstacles pour espérer occuper le poste de secrétaire général de l'ONU.

Une rotation informelle qui favorise l’Amérique latine

La coutume onusienne de rotation géographique place l’Amérique latine en situation favorable, sans règle écrite mais avec un usage persistant. Cette région n’a plus dirigé l’Organisation depuis le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, secrétaire général de 1982 à 1991. À l’inverse, l’Afrique a déjà compté deux titulaires au poste, de Boutros Boutros-Ghali à Kofi Annan, ce qui nourrit l’idée d’un tour latino-américain pour 2027, malgré le caractère non contraignant de la pratique.

Un élan mondial pour une première femme à la tête de l’ONU

La perspective d’une femme secrétaire générale est désormais portée explicitement par l’Organisation et par la société civile. La lettre d’ouverture du processus “encourage fortement” la présentation de candidates, tandis que des campagnes comme “Madam Secretary General” (GWL Voices) et WomanSG mobilisent diplomates, expertes et citoyens. Au Sommet de l’avenir de 2024, l’exigence d’égalité de genre a été réaffirmée comme fil conducteur des réformes. Cet alignement politique crée une dynamique inédite pour 2026.

Des candidatures déjà sur la table

Plusieurs candidatures se sont précisées depuis fin 2025. L’Argentine a officiellement présenté Rafael Mariano Grossi, actuel directeur général de l’AIEA, avec vision et dossiers publiés par l’ONU. Le 2 février 2026, le Chili, le Brésil et le Mexique ont conjointement déposé la candidature de Michelle Bachelet, ex présidente du Chili et ancienne haut commissaire aux droits de l’homme. Le Costa Rica a, de son côté, avancé Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED. Cet éventail renforce l’hypothèse d’un profil latino américain, possiblement féminin.

Un processus plus transparent et balisé

Des garde fous de transparence, introduits en 2015 et actualisés en 2025, encadrent la sélection. Des lettres conjointes des présidents de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité maintiennent une liste publique des candidats et exigent des déclarations de financement. Il est indiqué que des dialogues interactifs seront organisés à l’Assemblée la semaine du 20 avril 2026 et que le Conseil entamera ses délibérations d’ici fin juillet 2026, avant une recommandation “en temps utile”.

Des équilibres politiques déterminants

Le choix final sera conditionné par l’équilibre au Conseil de sécurité, où une recommandation doit émerger sans veto des membres permanents. L’Assemblée générale procèdera ensuite à la nomination conformément à l’article 97 de la Charte. Dans ce cadre, des profils capables de fédérer, dotés d’indépendance et de crédibilité multilatérale, seront privilégiés, tandis que la capacité à travailler avec toutes les puissances comptera autant que l’origine régionale.

Des marges étroites pour une option africaine masculine

Une candidature africaine masculine apparaîtrait, à ce stade, moins alignée avec les signaux dominants: attente d’une rotation vers l’Amérique latine et incitation forte à présenter des femmes. Des spéculations ont visé d’anciens dirigeants, dont l’ex président sénégalais Macky Sall, mais son nom n’apparaît pas dans la liste officielle des candidatures reçues à ce jour. S’imposer face à des profils latino américains déjà engagés exigerait des ralliements régionaux et un consensus des membres permanents rarement obtenu sans concessions.

Un calendrier à suivre de près en 2026

Le tempo de la course est désormais posé. Des dialogues publics à l’Assemblée sont prévus la semaine du 20 avril 2026, à la suite d’une invitation de la présidente de séance. Un délai indicatif au 1er avril a été fixé par cette dernière pour favoriser une campagne lisible, même s’il n’est pas juridiquement contraignant pour le Conseil. Des échanges internes au Conseil de sécurité devraient commencer d’ici fin juillet, afin de permettre une nomination avant le 31 décembre 2026.

Des enjeux de fond pour la crédibilité onusienne

La prochaine titulaire ou le prochain titulaire devra répondre à des attentes claires: relancer une diplomatie de résultats, restaurer la confiance dans le multilatéralisme et porter l’égalité de genre au cœur des politiques onusiennes. Une voix légitime sur le climat, la paix, le numérique et le financement du développement sera requise.

Dans un monde fragmenté, une autorité capable de parler à toutes les parties tout en défendant le droit international sera recherchée, au delà des appartenances politiques et régionales.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville