Tabaski à Brazzaville : L'argent cherchait le poulet, le poulet était en congé !

À Brazzaville, la Tabaski a provoqué un phénomène scientifique très rare : des citoyens congolais avec de l’argent, mais incapables de trouver un plat de riz, un sandwich ou même un œuf au plat ! Les poches étaient pleines, mais les casseroles semblaient avoir disparu de la circulation. Pourquoi ? Parce qu’une bonne partie du commerce de proximité est tenue par des expatriés musulmans. Et le jour de la Tabaski, patrons, vendeurs, cuisiniers et boutiquiers avaient eux aussi droit à la fête.

A Brazzaville, les rideaux étaient baissés partout. Dans plusieurs quartiers, les habitants tournaient comme des chercheurs d’or : — « Chef, il y a un restaurant ouvert ? » — « Non, lui aussi est parti manger le mouton ! »

Certains Brazzavillois ont tellement marché pour trouver un repas qu’ils ont fini par perdre l’appétit en route. D’autres regardaient leurs billets avec colère : « Aujourd’hui, même l’argent ne nourrit plus son homme. »

Cette Tabaski aura au moins révélé une vérité : à Brazzaville, quand les commerçants musulmans ferment boutique pour célébrer, la ville entière découvre soudainement que son estomac dépend aussi des jours fériés.

Quand une fête importante paralyse presque le commerce local parce que certains commerçants étrangers sont absents, cela doit nous pousser à réfléchir. Un pays ne peut pas construire une économie solide uniquement en attendant que les autres viennent produire, vendre et nourrir sa population.

Le Congo possède pourtant des terres fertiles, des jeunes dynamiques et un énorme potentiel agricole. Il est temps de valoriser nos agriculteurs, nos éleveurs, nos pêcheurs et nos commerçants locaux. Consommer ce que nous produisons, ce n’est pas rejeter les autres ; c’est d’abord apprendre à faire confiance à nos propres capacités.

La Tabaski 2026 doit donc être vue comme une leçon économique : un peuple qui ne produit pas suffisamment finit toujours par dépendre des autres, même pour manger.

Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville

Photo : DR