Gloire Immortelle au président Marien Ngouabi

Le slogan sonnait telle une supplication emprunte de ferveur révolutionnaire : « gloire immortelle au président Marie Ngouabi ». 18 mars 1977, 18 mars 2016, il y 39 ans, mourrait le 3ème président du Congo.

Marien Ngouabi rêvait de bâtir un état « socialiste au sein de l’Afrique centrale. Ce rêve porté en son temps par le PCT, parti « d’avant-garde et de la classe ouvrière s’est évanouit un matin, entre les mois de février et juin 1991, sous la plume de Monseigneur Ernest Kombo, pendant la Conférence nationale souveraine.

Ainsi prenait fin un idéal dans lequel les congolais avaient cru au long des ans, depuis le 31 juillet 1968. Un idéal dont Marien Ngouabi le président était le porte étendard.

Né le 31 décembre 1938 à Ombele, village situé à une dizaine de kilomètres d’Owando dans le département de la Cuvette, Marien Ngouabi est le fils de Dominique Osséré m’Opoma et d’Antoinette Mboualé-Abemba.

Avec Marien Ngouabi, la République populaire du Congo se guide des principes marxistes léninistes.

Marien Ngouabi était résolument engagé à développer le Congo. Il comptait en cela sur « l’atout-jeunesse ». Une jeunesse »fer de lance de la révolution », politisée et encadrée par l’Union de la Jeunesse Socialiste Congolaise. C’est sous Marien qu’est instauré l’uniforme scolaire, afin de ne pas différencier le fil du prolétaire de celui du cadre ou du bourgeois. Malgré les réticences molles de quelques parents vite taxés de contre-révolutionnaires, tous les élèves du Congo de la maternelle au lycée, adoptèrent l’uniforme scolaire.

Face à la jeunesse, Marien Ngouabi ne manquait pas de rappeler : « si toute la jeunesse congolaise s’engage résolument à devenir une jeunesse productive au champ, à l’atelier, à l’usine, à l’armée. Si toute la jeunesse congolaise sort de l’inconscience, de l’indiscipline et tourne le dos à l’indifférence, la république populaire du Congo, dans les années à venir, sera le théâtre des transformations rapides en agriculture au point que les idéalistes pourront parler de miracle ».

Sous Marien Ngouabi, l’économie congolaise eut du mal à décoller, malgré la volonté révolutionnaire et la série de nationalisations qui remettaient entre les mains du « peuple » les unités de production.

La trilogie déterminante associait le Parti, le Syndicat et la Direction dans la gestion des entreprises d’État.

Par ce système, l’accession aux responsabilités dans le monde de l’entreprise était souvent déterminée par le militantisme plutôt que par les capacités professionnelles. Il en a souvent résulté une baisse de la productivité.

Confiant dans les prévisions de recettes de l'exploitation pétrolière, Marien Ngouabi a lancé le programme triennal 1975-77 de développement économique, social et culturel, en janvier 1975. Le plan, d'un coût de 75 milliards de francs CFA a pour objectifs l'édification d'une économie indépendante, le désenclavement de l'arrière-pays et la réduction des inégalités sociales. La relance des entreprises publiques défaillantes, la création de nouvelles entreprises d'état (Plasco, Impreco, etc) et de nombreux travaux publics (construction d’un nouveau tronçon du CFCO entre Dolisie et Bilinga, de plusieurs centaines de kilomètres de route et d'aéroports dans quelques centres urbains du pays) sont inscrits dans le programme triennal.

Malheureusement, les difficultés économiques, estompées pendant quelque temps par les revenus du pétrole resurgissent. Le gisement d’Émeraude n’a pas la productivité escomptée et décline plus vite que prévu.

L’impéritie des offices étatiques de commercialisation provoque la baisse de la production du cacao et du café. Les fermes d’État, conçues sur le mode des kolkhozes soviétiques sont improductives. Les usines sont au bord de la faillite.

L’entrée en production de la raffinerie de Pointe-Noire, prévue en 1975, a pris du retard. Les travaux entamés en 1972 avec l’objectif d’une indépendance en matière d’approvisionnement en produits hydrocarbures et d’un allègement de la facture énergétique, ne sont pas achevés.

Malheureusement pour le président Ngouabi, les slogans patriotiques et les diatribes quotidiennes contre l’impérialiste sont insuffisants contre le marasme économique ou les difficultés budgétaires. La classe politique ne croit plus en sa capacité à redresser le pays et l’opinion est perplexe.

Pour relancer la machine, Ngouabi réunit le Comité central en session extraordinaire du 5 au 12 décembre 1975. La direction du PCT fait le constat du « manque de cohésion et dynamisme de la direction politique », du « manque de combativité des organisations de masse » et des mauvaises performances des entreprises d’État, dues à l’incompétence et l’inconscience des cadres, à la pléthore des effectifs et à la course effrénée aux avantages matériels.

Une « radicalisation de la révolution » est entreprise pour « éviter sa récupération par les forces réactionnaires de l’intérieur et de l’extérieur ». Concrètement, certains membres du Comité central sont exclus (Yhombi-Opango, Martin Mberi, Pierre Nze, Anatole Kondho, Jean-Jules Okabando) et le Bureau politique est dissous. Un État Major Spécial Révolutionnaire est institué à la place. Un nouveau gouvernement est formé. Pour les entreprises publiques, le Comité central recommande un « inventaire systématique de tous les cadres de la Nation afin de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ».

L’État Major Spécial Révolutionnaire est composé de Marien Ngouabi, Jean-Pierre Thystère-Tchicaya, Louis-Sylvain-Goma, Denis Sassou N’Guesso et Jean-Pierre Gombe. Sylvain-Goma nommé Premier ministre le 18 décembre, compose un gouvernement de 15 ministres.

Le 28 décembre, Denis Sassou N’Guesso est nommé Délégué du Conseil d’État chargé de la Défense et de la Sécurité, par décret présidentiel. Courant Janvier 1976, Marien Ngouabi promulgue un Acte fondamental qui transfère les pouvoirs du Comité Central à l’État Major Spécial Révolutionnaire.

Le 19 mars 1976, quelques semaines seulement après ces changements, l’hélicoptère du Président s’écrase dans la forêt du Nord Congo, avec à son bord, outre le président Ngouabi lui-même, le pilote Kakou, le Professeur Diamond, et l’homme d’affaires Nicoloso. Durant 5 jours, la Nation est sans nouvelles du commandant Marien Ngouabi et de ses compagnons.

Les épurés, c’est-à-dire les victimes de la radicalisation, tentent de reprendre la main. La CSC, Syndicat unique affilié au PCT, appuyé par une partie de l’UJSC, déclenche une grève générale de l’ensemble des travailleurs pour réclamer la réhabilitation du Comité Central.

Jean-Pierre Thystère-Tchicaya, numéro deux du régime, parvient à faire échec au mouvement. Pendant ce temps, après avoir traversé la forêt à pied plusieurs jours durant, Marien Ngouabi atteint enfin Owando. Il est le seul survivant du crash avec le pilote Kakou.

De retour à Brazzaville, il fait le ménage à la tête de la CSC, où Jean-Michel Bokamba-Yangouma remplace Anatole Kondho, et à l’UJSC où Jean-Pierre Gombé prend la place de Jean-Jules Okabando.

En novembre 1976, se tient une conférence du parti pour analyser le processus historique de la révolution et ses perspectives. Les préparatifs du troisième Congrès extraordinaire du PCT y sont entamés.

Les mines de potasse de Holle (Tchitondi) se noient. Accident ou sabotage ? Pour Marien Ngouabi, le doute n’est pas permis, il s’agit d’un sabotage délibéré de l’impérialisme français.

Les potasses d’Alsace qui les exploitent, voulaient les fermer depuis plusieurs années parce quelles les jugent non rentables. Par ailleurs, les incursions des indépendantistes cabindais du FLEC sur le territoire congolais pour saboter la voie de réalignement du CFCO en construction, alourdissent le climat politique.

Début mars 1977, Marien Ngouabi reçoit une lettre de son prédécesseur Alphonse Massamba-Debat. Dans sa missive, celui-ci lui recommande de démissionner, car la gravité de la situation du pays l'impose.

Le 3 mars, il reçoit en audience l’ancien président et son épouse. Quelques jours plus tard, lors d’un meeting populaire organisé par l’URFC, le président Marien Ngouabi s’en prend violemment à l’impérialisme français qu’il tient pour responsable des difficultés économiques du Congo. Il y prononce également cette phrase énigmatique : « Lorsque ton pays est sale et manque de paix durable, tu ne peux lui rendre sa propreté et son unité qu’en le lavant avec ton sang».

Le 18 mars, Marien Ngouabi commence sa journée par la Faculté des Sciences de l’Université de Brazzaville, où il est chargé de cours en première année. De retour à l’État Major, il reçoit successivement en audience Alphonse Mouissou-Poaty, le Président de l’Assemblée nationale et le cardinal Emile Biayenda.

À 14h30, une fusillade éclate dans l’enceinte de sa résidence, à l’état-major. La ville de Brazzaville bruisse de toutes les rumeurs.

Le peuple n’apprendra la mort de son chef que le samedi 19 mars par un communiqué radiodiffusé. « … Le chef de la révolution congolaise, le camarade Marien Ngouabi a trouvé la mort au combat, l’arme à la main…)

Pendant tout le règne du monopartisme avec le PCT pour parti unique, la date du 18 mars donnait lieu à des recueillements ou des causeries-débats sur la vie et l’œuvre de l’immortel Marien Ngouabi. Une œuvre qui depuis, semble avoir rejoint les placards de l’histoire.

Benoît BIKINDOU

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