Congo : Savoir raison garder (Par Jean-Jacques Jarele SIKA)

La mise en garde brandie par le Président congolais, Denis Sassou Nguesso, lors de la présentation des vœux du corps diplomatique accrédité au Congo, mercredi au Palais du peuple de Brazzaville, de « respecter la souveraineté du peuple congolais et de l’accompagner dans l’organisation de l’élection présidentielle du 20 mars 2016 » visait tous les amis du Congo, mais aussi tous les opposants congolais qui vilipendent son régime et sa personne. Les opposants visés tirent les balles en caoutchouc sur le gouvernement qui a convoqué récemment le corps électoral pour le 20 mars prochain, en l’absence de l’organe censé préparer et organiser toutes les opérations électorales, y compris la révision des listes électorales. Ils battent aussi le rappel des medias internationaux. C'est de bonne guerre.

L'avertissement du chef de l'Etat congolais, empreint de gravité et de solennité, s'explique sans doute par sa volonté de circonscrire le débat politique aux limites du territoire national. Précisément, pour réduire les risques de dérapage pouvant naître de surenchères alimentées à partir de l'étranger. Qui sait ?

D'autant que ce sont par exemple les services officiels de la République française qui ont, les premiers, attiré l'attention de l'Ambassadeur du Congo en France au mois d’octobre dernier, sur l'ampleur des activités de certains opposants congolais de France. Les mêmes milieux français s'inquiétaient de cette violation de l'obligation de réserve à laquelle sont assujettis les étrangers résidant sur le territoire français.

L'enjeu n'est plus ni moins que le maintien des bonnes relations franco-congolaises.

Par ailleurs, les observateurs politiques bien avisés font valoir, qu'à l'exemple de la France, il serait bénéfique pour les hommes politiques congolais de prendre à leur compte cette règle non écrite : à savoir ne jamais critiquer le gouvernement de leur pays, quand ils se trouvent à l'étranger.

En vérité, l'intérêt des congolais, toutes tendances politiques confondues, est que l'élection présidentielle du 20 mars 2016 se déroule dans la transparence et la sérénité, avec à la clé, une Commission électorale indépendante reconnue par tous et un fichier électoral fiable et accepté par tous sans jérémiades et grincements de dents.

Pour éviter des lendemains électoraux agités au Congo, c’est donc, en amont, que les préparatifs doivent déjà s'opérer. En veillant à ne pas, par ses propos ou son comportement, prêter atteinte aux institutions de la République. En prenant des dispositions pour que la campagne électorale, qui s'annonce rude, reste civilisée, équitable et n'entraîne pas des débordements ignobles et ignominieux.

Enfin, autant que possible, le débat politique devrait concerner les congolais, sans interférences étrangères intempestives.

Dans cette perspective, il appartient au pouvoir en place au Congo-Brazzaville de donner le tempo, de définir la bonne voie à suivre, de prodiguer les assurances et les apaisements qui instaurent la confiance entre les différents acteurs politiques et les électeurs.

 

La démocratie apaisée ne doit pas rester un vain mot ou une coquille vide.

Après la fièvre des mots, la décrispation est nécessaire. L'image du Congo en dépend.

Le Président Sassou Nguesso, avec sa grande expérience, saura sans doute prendre les initiatives qui s'imposent afin que force reste à la raison et non à la passion.

Jean-Jacques Jarele SIKA

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