Interpellation des rabatteurs pris en flagrant délit, des complices du réseau mafieux, au nombre desquels des policiers véreux, réaffectation des policiers compromis, le grand ménage engagé par le nouveau ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, Jean Olessongo Ondaye contre le trafic des passeports est en marche. Ce coup de balai destiné à assainir un secteur qui a causé tant de tort aux congolais, se veut une bataille sans pitié.
La lutte contre les pratiques frauduleuses entourant la délivrance des passeports vient de franchir une nouvelle étape à Brazzaville.
Plusieurs rabatteurs opérant dans l'environnement des services des migrations et du contrôle des étrangers ont été interpellés ces derniers jours, tandis que des dizaines de policiers soupçonnés d'implication dans ces pratiques font l'objet de mesures administratives et d'enquêtes.
Selon des sources sécuritaires, environ six rabatteurs ont été arrêtés en flagrant délit alors qu'ils démarchaient des usagers dans l'enceinte même de la préfecture de Brazzaville.
Ces intermédiaires, maillons d’une longue chaine proposaient d'obtenir des passeports dans des délais réduits, moyennant des sommes pouvant atteindre 250 000 FCFA au bas mot, sinon plus.
Les personnes interpellées opéraient ouvertement dans les couloirs et la cour de la préfecture. Elles ciblaient les demandeurs de passeports en leur promettant un traitement accéléré de leurs dossiers contre rémunération.
Le phénomène, régulièrement dénoncé par les usagers, semblait avoir repris malgré les mises en garde formulées ces dernières semaines par le ministre de l'intérieur et de la décentralisation, le général Jean Olessongo Ondaye.

Les arrestations ont été rendues possibles grâce à une opération discrète menée par des agents de sécurité déployés sur le terrain. Se faisant passer pour de simples demandeurs de passeports, ces enquêteurs auraient observé pendant plusieurs jours les activités des intermédiaires avant de procéder aux interpellations.
Les suspects appréhendés étaient en possession d'importantes sommes d'argent ainsi que des dossiers provenant de leurs transactions avec des usagers. Les auditions menées après les arrestations ont permis aux enquêteurs de remonter vers plusieurs agents de police soupçonnés d'entretenir des liens avec ce système de fraude.
Des sources révèlent que 56 policiers seraient compromis, parmi lesquels figureraient des officiers et des hauts gradés. Nombre d’entre eux ont été réaffectés vers différentes localités de l'intérieur du pays.
Des procédures administratives, disciplinaires et judiciaires seraient parallèlement engagées pour déterminer les responsabilités individuelles afin que chacun réponde de ses faits et actes, en harmonie avec la loi.
Ces mesures interviennent dans un contexte de réorganisation des services des migrations et du contrôle des étrangers, marqué récemment par le remplacement de plusieurs responsables dont certains sont tenus de se mettre à la disposition des enquêteurs.
Pour les observateurs, ces décisions traduisent la volonté du nouveau ministre de l’intérieur de restaurer la crédibilité du processus de délivrance des passeports et de mettre fin aux pratiques qui ont longtemps alimenté le mécontentement des citoyens. Bref, de « travailler à ce que le passeport cesse d’être perçu comme un document de luxe ».

En effet, le ministre Jean Olessongo Ondaye a notamment affiché son ambition de faire en sorte que le passeport cesse d'être considéré comme un document difficilement accessible ou réservé à ceux capables de payer des frais informels.
Malgré ces premiers résultats, des sources sécuritaires estiment que le démantèlement complet des réseaux de fraude nécessitera du temps. Les enquêtes se poursuivraient, afin d'identifier d'éventuels autres acteurs impliqués dans ces pratiques.
Une chose est sûre : la lutte engagée contre les réseaux qui gravitent autour de la délivrance des passeports semble entrer dans une nouvelle phase, ce qui augure d’une éventuelle amélioration du processus d’obtention du passeport dans les semaines à venir.
Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville