À Ivarou, dans le district de Nyanga, département du Niari (sud), les jeunes ont décidé de ne pas attendre que l’emploi vienne frapper à leur porte. Puisqu’il n’y a pas toujours de porte, ni parfois de route pour y arriver, ils sont allés directement là où la nature leur ouvre les bras : dans les rivières et les cours d’eau.
Dans ce grand village confronté à un manque criant de commodités, la pêche aux poissons d’eau douce est devenue une véritable bouée de sauvetage. Filets, nasses et courage à la main, les jeunes d’Ivarou ont choisi de « pêcher » leur avenir plutôt que de rester assis à attendre un hypothétique emploi.
La situation n’est pourtant pas simple. Ici, la route semble parfois avoir signé un contrat avec les bourbiers, surtout pendant la saison des pluies. La latérite disparaît et laisse place à des trous capables de faire regretter à certains véhicules d’avoir quitté la ville. Les rares transporteurs qui osent s’aventurer jusqu’à Ivarou savent qu’ils peuvent arriver avec un véhicule et repartir avec une collection de nouvelles pannes.
À la tombée de la nuit, le décor change également. Sans électricité, Ivarou plonge dans une obscurité totale. Le soleil se couche, les habitants rentrent progressivement chez eux et la nuit prend le contrôle du village.
L’accès à l’eau potable demeure lui aussi un véritable défi. Puits et sources constituent l’essentiel des points d’approvisionnement, exposant les populations aux risques de maladies liées à la consommation d’une eau insuffisamment traitée.

Mais malgré ces difficultés, Ivarou refuse de mourir. Ses jeunes, notamment, démontrent qu’il existe encore de l’énergie, de l’imagination et une volonté de réussir. La pêche constitue aujourd’hui une activité génératrice de revenus et une réponse concrète au chômage qui pousse de nombreux bras valides vers l’exode rural.
Le véritable défi reste désormais de transformer les immenses potentialités agricoles de cette contrée en richesse. Car Ivarou possède des terres arables à perte de vue. Il ne manque finalement qu’un peu plus d’accompagnement, de routes praticables, d’investissements et d’encadrement pour que ces terres cessent de regarder les habitants en se demandant pourquoi personne ne vient les cultiver !
À Ivarou, les jeunes ont déjà montré la voie : quand l’emploi se fait rare, il faut parfois aller le chercher au fond de l’eau, avant de le faire pousser dans les champs.
Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville
Photo : DR