Le programme des organisateurs du voyage avait prévu de nous faire visiter le Little-Rock institutionnel en assistant à une séance du parlement de l’État, la visite des médias audiovisuels et surtout de la Gazette de l’Arkansas dont le propriétaire faisait la pluie et le beau temps dans le microcosme politico-économique de Little Rock. D’ailleurs, à l’époque où nous étions dans cette ville, nous avions appris que les relations entre le gouverneur William Jefferson Clinton et le patron de la Gazette de l’Arkansas s’étaient considérablement dégradées alors qu’elles avaient été mielleuses auparavant.
Rencontre avec Bill Clinton (Par Michel Mboungou-Kiongo )
Aux dires de notre escorte locale, il semblerait que le gouverneur de l’Arkansas, Bill Clinton, se serait affranchi des services du patron de presse à qui il ne voulait plus verser l’émolument qu’il lui allouait en contrepartie d’articles très enclins à soigner l’image du gouverneur. La brouille était telle que le journaliste étalait désormais sa bile contre les Clinton dans les colonnes de son journal The Arkansas Democrat-Gazette.
Pour la petite histoire, en rendant visite à ce cher confrère, ce dernier nous informa qu’il était un vétéran du Vietnam à qui son papa chéri avait légué la direction du journal de la famille. Pareil curriculum-vitae ne pouvait laisser de doute dans la manière de traiter l’actualité. Il nous parut facile de comprendre pourquoi la plume de notre confrère faisait ouvrir plus facilement les tiroirs caisses du gotha politique de la ville. Nous avions aussi visité le QG (quartier général) de la campagne présidentielle du gouverneur qui briguait la magistrature suprême cette année-là.
Ce jour-là, (hasard de calendrier ou marketing politique ?), nous avions vu arriver Bill Clinton qui sortait d’un jogging matinal. Il portait un grand short violet et un tee-shirt gris avec un bandana autour de la tête et un essui-sueur en forme de brassard au poignet. Lorsque Bill Clinton fît son entrée dans son QG, son directeur de campagne Georges Stephanopoulos jeune-premier fringant aux allures d’un golden boy de Wall Street, nous présenta à l’équipe de campagne du candidat démocrate à l’élection présidentielle de 1992.
Nous échangeâmes quelques mots d’amabilité et portèrent toute l’attention sur les perspectives de l’élection présidentielle en vue. Je pris la parole et dis à Monsieur Clinton que s’il voulait mettre toutes les chances de succès de son côté pour devenir le prochain président des États-Unis, il lui fallait introduire la Sécurité sociale dans son programme présidentiel. Je précisai ma pensée en lui disant que j’avais fait mes études supérieures en France, et dans ce pays, quel que soit le régime politique depuis 1945, l’État avait mis en place un ensemble de dispositifs et d’institutions majoritairement publics pour protéger les individus des risques sociaux comme la maladie naturelle, la maladie professionnelle, la maternité ou la paternité, l’invalidité, le décès, l’accident du travail, le chômage, la vieillesse, la famille.
Ces dispositifs sont là pour soutenir un bon niveau de vie sociale du peuple ; et je ne vous ferais pas l’injure de vous apprendrequ’un peuple en bonne santé est un gage de succès économique pour un pays. Or ici aux États-Unis, si tu n’as pas d’argent tu crèves. À titre d’exemple, j’ai eu du mal à trouver un rendez-vous chez un ophtalmologue ; tous sont « bookés » sur de longues périodes. En revanche, ici, si tu as suffisamment d’argent tu peux à loisir doubler ou tripler le prix de la consultation afin de dégager quelqu’un qui avait déjà calé son rendez-vous de longue date. C’est ce que j’ai fait, pour me faire examiner les yeux et changer les verres correcteurs de mes lunettes. Après m’avoir écouté, il dit à son directeur de campagne :
« George, note le nom de ce monsieur ; il dit des choses intéressantes. »Se tournant vers moi, il me dit : - Comment vous appelez-vous, Monsieur ?
- Michel Mboungou-Kiongo
- Oh Michel !
Je vais faire inscrire votre proposition de la Sécurité sociale sur notre agenda de campagne. Si je suis élu, je vous inviterais à mon investiture officielle. Ce fut dans la foulée de cette assertion que je dictai mon nom et prénom, en épelant chaque lettre à Monsieur Stephanopoulos qui les inscrivit dans son bloc-notes. Après quelques amabilités de fin .laissant sa bonne humeur à travers son rire franc et contagieux. Puis, ce fut à notre tour de quitter le quartier général pour laisser travailler l’équipe de campagne du gouverneur candidat afin d’aller déjeuner dans un Steaks house, ces restaurants spécialisés dans les barbecues et grillades de gros morceaux de viande de bœuf.
Une heure environ, après avoir rejoint mon hôtel, la réception appela ma chambre pour me dire que j’avais de la visite à la réception. Surpris par cette annonce, je pris le soin de dire à la réception que je ne connaissais personne d’autre à little Rock, exceptés le personnel de l’escorte officiel de notre groupe de travail.
Michel MBOUNGOU KIONGO