Réseaux sociaux : un pouvoir d’influence à manier avec prudence avant, pendant et après la présidentielle au Congo !

Au Congo-Brazzaville, Facebook, X (ex-Twitter), TikTok, WhatsApp et autres plateformes numériques occupent désormais une place centrale dans le débat public. Ils permettent une circulation rapide de l’information, donnent la parole aux citoyens et favorisent l’expression démocratique. Toutefois, cette liberté d’expression, aussi précieuse soit-elle, s’accompagne d’une responsabilité majeure, surtout dans un contexte électoral sensible : la présidentielle de mars prochain.

À l’approche de la présidentielle de mars 2026, certaines publications à caractère haineux, diffamatoire ou volontairement trompeur commencent à apparaître, alimentant la suspicion, la peur et parfois la division au sein de la population congolaise.

Le 11 janvier dernier à Mindouli, des agents de la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP), qui traversaient le Pool pour se rendre à Pointe Noire ont été confrontés par des éléments armés de la garde du Pasteur Frédéric Ntumi Bintsamou, à Mindouli dans le département du Pool.

Selon plusieurs sources, les échanges de tirs d’armes à feu ont eu lieu entre les deux camps après que deux motos opérant dans l’illégalité et appartenant à des ex-miliciens de Ntumi ont été incendiées à Ngamandzambala dans le district de Mayama.

Fâchés par l’action de la force publique, les Ninjas du Pasteur Ntumi ont essayé de bloquer le convoi de la DGSP, déclenchant ainsi les hostilités entre les deux camps.

Et la Commission ad-hoc mixte paritaire des accords de cessez-le-feu et de cessation des hostilités entre le gouvernement et le Pasteur Ntumi, présidée par le préfet, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, Séraphin Ondélé, réunie du 12 au 15 janvier à Brazzaville, au sujet des événements tragiques du 11 janvier, a appelé jeudi dernier les internautes à faire preuve de discernement, de maturité et de patriotisme dans leurs prises de parole numériques car certains contenus ont plus contribué à enfler la polémique qu’à apaiser les esprits.

Préserver la paix et la cohésion nationale

L’histoire récente de nombreux pays démontre que des messages irresponsables diffusés sur les réseaux sociaux peuvent rapidement dégénérer en conflits, fragiliser la cohésion sociale et porter atteinte à la stabilité nationale.

Dans un pays attaché à la paix et à la coexistence harmonieuse des communautés, chaque citoyen est appelé à contribuer, à son niveau, à la préservation de cet acquis précieux.

Partager une information sans en vérifier la source, relayer une rumeur ou publier des propos injurieux peut avoir des conséquences graves. À l’inverse, promouvoir un débat d’idées respectueux, fondé sur des faits vérifiés et des arguments constructifs, renforce la démocratie et élève le niveau du débat public.

Liberté d’expression oui, incitation à la haine non

Au Congo-Brazzaville, la liberté d’expression ne saurait être confondue avec la diffamation, l’incitation à la haine, à la violence ou à l’atteinte à l’ordre public. Le cadre légal en vigueur prévoit des sanctions contre les abus constatés sur les plateformes numériques, notamment en période électorale.

Il est donc recommandé aux utilisateurs des réseaux sociaux de mesurer la portée de leurs publications, de respecter les opinions divergentes et de privilégier le dialogue pacifique.

Les mots ont un poids, et dans l’univers numérique, leur impact est souvent démultiplié.

Un appel à la maturité citoyenne

À quelques mois du scrutin présidentiel, le moment est venu pour les internautes de démontrer une véritable maturité citoyenne. Les réseaux sociaux doivent être des outils d’information, d’éveil des consciences et de participation civique, non des vecteurs de division ou de manipulation.

Faire preuve de responsabilité dans ses publications, c’est contribuer à un climat électoral apaisé, propice à des élections transparentes et crédibles. C’est aussi poser un acte de patriotisme et de respect envers les institutions de la République et l’ensemble des concitoyens.

Plus que jamais, chaque clic compte, chaque mot engage, et chaque citoyen congolais est appelé à être un artisan de paix dans l’espace numérique comme dans la vie réelle.

À l’ère des écrans omniprésents, les réseaux sociaux sont devenus des places publiques modernes où chacun peut parler, juger, applaudir ou condamner. Jamais la parole n’a été aussi libre, aussi rapide, aussi accessible. Pourtant, jamais elle n’a été aussi dangereuse lorsqu’elle est utilisée sans conscience. Car derrière chaque publication, chaque photo, chaque mot partagé, il y a une vie, un cœur, une sensibilité.
 
 
Les réseaux sociaux possèdent une lumière indéniable. Ils relient les âmes au-delà des frontières, offrent une voix à ceux que l’on n’entendait pas, permettent de s’informer, de créer, de s’indigner et d’espérer ensemble. Ils peuvent être des refuges, des tremplins, des espaces de solidarité où naissent des élans de courage et de bienveillance. À travers eux, des destins se croisent, des idées s’élèvent, des combats prennent forme.
 
Mais cette lumière projette aussi une ombre. Une ombre épaisse, silencieuse, souvent cruelle. Derrière l’anonymat et la froideur d’un écran, certains se permettent de blesser sans trembler. Les commentaires négatifs, lorsqu’ils sont dénués de respect, de sens et de bienveillance, deviennent des armes. Des critiques lancées sans réflexion, sans propositions, dans une mauvaise foi assumée, capables de fissurer une confiance, d’éteindre une passion, de briser un élan.
 
Les mots laissent des traces. Ils s’infiltrent dans l’esprit, s’installent dans le doute et nourrissent la douleur. Pour celles et ceux qui en sont victimes, ces attaques répétées peuvent devenir un fardeau invisible : perte d’estime de soi, peur du regard des autres, solitude intérieure. On sous-estime trop souvent la violence silencieuse d’un commentaire, alors qu’il peut peser plus lourd qu’un geste.
 
Il est urgent de rappeler que le monde ne se résume pas à une succession de publications et de réactions virtuelles. Pourtant, ce qui est écrit en ligne ne disparaît pas sans conséquence. Ce que l’on dit impacte profondément celui qui publie mais révèle aussi celui qui commente. Quand on parle négativement de façon répétée, on crée une ambiance malsaine. Peu à peu la méchanceté devient normale, les insultes ne choquent plus, et le respect disparaît. Les gens finissent par oublier qu’ils s’adressent à des êtres humains, avec des sentiments. La compassion diminue et la violence des mots prend la place de la bienveillance.
 
À l’inverse, un mot juste peut réparer. Un commentaire sincère peut relever. Un regard bienveillant même numérique, peut redonner foi en soi et en les autres. Les réseaux sociaux ont ce pouvoir immense ,détruire ou construire. Tout dépend de l’intention que l’on y dépose.
 
Être critique n’est pas un crime mais critiquer sans respect est une faute morale. L’engagement véritable exige du courage, de la nuance et de l’honnêteté. Il appelle à élever le débat, non à écraser l’autre. À proposer, non à humilier. À dialoguer, non à condamner.
 
Ainsi, utiliser les réseaux sociaux est un acte de responsabilité. Chaque mot est un choix. Chaque commentaire est une empreinte.Dans un monde numérique où tout va très vite, réfléchir avant d’écrire est essentiel. C’est une manière de refuser la haine, les paroles blessantes et l’indifférence envers les autres.
 
Car derrière les écrans, il y a des vies. Et les mots, qu’ils soient doux ou violents, ne sont jamais anodins.
 

Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville

Photo : DR