Congo : Le Pool, la poudrière

Des milliers de déplacés, des véhicules brûlés, des femmes violées, des soldats tués, des ponts dynamités sur la voie ferrée, des arrestations, c’est le chaos dans le département du Pool (sud). Un terrible bilan illustrant l’instabilité qui règne dans cette partie du Congo, instabilité laissant le champ libre au pasteur Ntoumi et à sa milice privée, sans qu’une solution ne semble se dessiner.

Récemment le président congolais, Denis Sassou Nguesso a reconnu, lors d’une interview exclusive accordée à France 24, les difficultés du gouvernement à contrôler la situation sécuritaire dans le département du Pool.

Cette fragilité est le résultat de plusieurs facteurs combinés à commencer par une population qui a été prise en otage depuis avril dernier par les ninjas nsiloulou du pasteur Ntoumi.

Ipso facto, une offensive généralisée des forces gouvernementales serait assimilable à une véritable boucherie humaine. Difficile donc d’appuyer très vite sur la gâchette au risque de tuer des innocents ou commettre un génocide. Cette erreur n’est pas permise et autorisée.

Le président Sassou Nguesso, chef suprême des armées, a d’ailleurs reconnu, en sa qualité d’officier supérieur de l’armée congolaise, que «c’est une opération très sensible et délicate» compte tenu de la présence massive des populations dans cette partie du pays plongée dans l’instabilité.

Les éléments de la force publique, en mission dans le Pool, pour sécuriser les personnes et les biens, marcheraient donc sur le fil sinon sur les œufs.

D’ailleurs, la feuille de route du gouvernement Clément Mouamba validée par le président Denis Sassou Nguesso est claire comme l’eau de source : «Il faut sécuriser et non martyriser la population du Pool».

Il faut aussi ajouter à ces facteurs de fragilité de cette crise, le manque d’informations fiables pour débusquer l’ennemi numéro un du régime de Brazzaville.

En avril dernier, le ministre congolais de la Communication, Thierry Moungalla a déclaré qu’ «un travail de renseignement [militaire] est nécessaire pour mettre fin à ces actes de terrorisme dans le Pool ».

Des avis de recherche à l'effigie du pasteur Ntoumi avec un montant de la prime (50 millions de FCFA) pour des informations sur sa cachette, ont été placardées récemment par des hommes en armes dans les quartiers sud de Brazzaville. Jusque-là, aucun congolais n’a été vu devant le guichet ou devant la caisse pour toucher le fameux pactole.

Enfin, il faut également noter le manque de soutien logistique du côté de la force publique déployée dans cette partie du pays, notamment le long de la nationale N°1 où plusieurs exactions et incursions des miliciens ninjas deviennent de plus en plus récurrentes.

Les avis recueillis auprès des militaires en faction témoignent d’un ras-le-bol dû au manque d’appui ou soutien logistique.

Selon eux, la situation qui prévaut dans le Pool devrait mériter une attention particulière des autorités gouvernementales parfois peu informées des réalités du terrain et de l’ampleur de la crise.

Ces soldats dont la plupart ont le moral dans les pataugas, appellent la hiérarchie militaire à se pencher davantage sur cette situation pour éviter des pertes en vies humaines enregistrées, en grande partie, pendant les heures de leur déplacement à la recherche du ravitaillement en vivres.

«Ça prend du temps, mais nous y travaillons. Je peux vous dire que Ntoumi sera vaincu », a déclaré récemment le chef du gouvernement congolais, Clément Mouamba.

Germaine Mapanga

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