À Tsinguidi, dans le district de Mayoko, une question s’impose avec une gravité particulière : à qui profite réellement le désastre écologique qui frappe la forêt, les sols et les cours d’eau ?
Selon les témoignages et les informations rapportées sur place, l’exploitation aurifère menée par des opérateurs chinois aurait profondément bouleversé cet environnement. Des pans de forêt sont défigurés, les sols éventrés et les rivières fortement perturbées. Là où il y avait autrefois une nature vivante, nourricière et indispensable aux populations, les activités minières laissent désormais des cicatrices béantes.
Le cas de la rivière Bakouhoudou est particulièrement préoccupant. Une rivière n’est pas un simple cours d’eau : elle est une source de vie. Elle fournit de l’eau, participe à l’équilibre des écosystèmes et constitue parfois une ressource essentielle pour les communautés riveraines. Lorsque son lit est bouleversé ou que ses eaux sont contaminées par les activités minières, ce sont des générations entières qui peuvent en subir les conséquences.
Mais derrière l’or, qui gagne réellement ?
Certainement pas la forêt détruite. Certainement pas la rivière Bakouhoudou. Certainement pas les populations qui voient leur environnement se dégrader. Et certainement pas les générations futures qui hériteront de terres défigurées si aucune mesure de restauration n’est prise.

L’or extrait de Tsinguidi a une valeur marchande. Mais combien vaut une rivière propre ? Combien vaut une forêt primaire ? Combien vaut un sol fertile capable de nourrir une communauté pendant des décennies ? Ces richesses naturelles ont une valeur que les chiffres d’une production aurifère ne sauraient résumer.
La véritable question est donc celle de la responsabilité. Les autorités compétentes contrôlent-elles suffisamment les activités minières ? Les exploitants respectent-ils leurs obligations environnementales ? Des études d’impact ont-elles été réalisées et rendues publiques ? Les populations locales bénéficient-elles réellement des retombées de cette exploitation ? Et surtout, qui assumera le coût de la restauration des espaces dégradés ?
Il ne s’agit pas de désigner une nationalité comme responsable de tous les maux. Il s’agit de demander que toute activité économique, quelle que soit l’origine de l’opérateur, respecte les lois, protège l’environnement et profite réellement aux communautés locales.
Tsinguidi ne doit pas devenir un territoire sacrifié au nom de quelques pépites d’or.
L’État, les autorités locales, les services environnementaux, les exploitants miniers et les communautés doivent regarder cette situation en face. Une enquête environnementale indépendante, des contrôles sérieux et, si les faits sont établis, des mesures de réparation doivent être envisagés.
Car lorsque l’or aura disparu du sous-sol, que restera-t-il aux populations si la forêt est détruite, si les sols sont épuisés et si les rivières sont mortes ?
À Tsinguidi, la question n’est plus seulement : combien d’or extrait-on ?
La question urgente est désormais : combien de nature sommes-nous prêts à sacrifier pour cet or, et qui paiera la facture écologique ?
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Jean-Jacques DOUNDA / Les Echos du Congo-Brazzaville
