Congo : Les jeunes n’ont pas de modèle de réussite sociale (Alain Akouala Atipault)

Les jeunes au Congo n’ont pas de modèle de réussite sociale, c’est-à-dire un grand chef d’entreprise, un grand cardiologue, un grand architecte, un grand industriel, a déclaré l’ex ministre congolais des Zones économiques spéciales, Alain Akouala Atipault, chez nos confrères de Congo Media Time.

«La vie congolaise a plutôt offert aux jeunes comme, voie de réussite à la fois économique financière et matériel, la politique. Les jeunes se sont retrouvés dans la vie politique comme étant un bétail humain politique. C’est à ces jeunes de s’interroger sur leur rôle, leur capacité à prendre la relève », a affirmé Alain Akouala.

« Ont-ils le corpus de formation pour pouvoir un jour prendre la relève et faire la politique de manière efficace ? Au lieu d’être simplement des professionnels au sens péjoratif du terme de la vie politique, les jeunes doivent se former. La jeunesse congolaise n’a pas réussi à construire une économie réelle hors pétrole et hors fonction publique. L’ascension sociale est tombée en panne. On est tous concentré sur la fonction publique », a souligné l'ancien ministre congolais.

Dans un pays comme le Congo où les hommes les plus richissimes sont des politiques, la jeunesse a pour modèle de réussite, le député, le sénateur, le ministre, le directeur de cabinet du Président de la République ou du ministre…

« En ce moment là tout devient possible. On est prêt à vendre et de faire tout pour réussir en politique », a précisé Alain Akouala.

On rappelle que la socialisation de la jeunesse congolaise doit être considérée sous plusieurs angles à travers les rôles spécifiques qu'y jouent l'école, la famille, la transition professionnelle.

Par ailleurs, les rapports entre les jeunes et la société s'actualisent également au travers d'une socialisation politique et religieuse. Enfin, ces rapports ne sont évidemment pas toujours harmonieux et débouchent parfois sur des conflits et des déviances.

Avec une société du paraître, où la réussite sociale est fonction de l’avoir et du capital symbolique mobilisable, l’on assiste à un changement de paradigme et de référentiel dans la conception du modèle de réussite sociale. Les modèles se trouvent désormais dans la politique.

L’école qui symbolise le cadre de socialisation ayant pour fonction de tracer les sillons de la réussite sociale fait de moins en moins rêver au Congo.

Aujourd’hui, il y a un déphasage entre la fonction sociale de l’école et sa finalité. Autrement dit l’école congolaise ne garantit plus la réussite sociale. Elle est même devenue une contrainte pour les jeunes motivés par l’appât du gain. Ce système nouveau est vendu aux enfants qui, aujourd’hui, doutent de l’intérêt de l’école. C’est ce qui constitue la crise de l’école congolaise.

Cette situation d’exception ne doit aucunement influer sur le rôle et la fonction de l’école dans le processus de socialisation. L’éducation étant éminemment sociale, nous devons repenser nos modèles et reconstruire le référentiel de réussite avec la truelle des valeurs.

Nous sommes dans une société qui a à peine 60 ans d'existence. Peut-être sommes nous trop prompts à vouloir la juger ? Peut-être est-elle trop jeune pour parvenir à comprendre dès aujourd'hui certains défis ?

Pour autant, il est fondamental de continuer d'investir dans l'éducation. C'est ce qui va nous permettre progressivement d'avoir les employés, les cadres et les ingénieurs dont nous manquons pour relever le défi du développement au Congo.

 Il faut aussi tuer le virus tribal pour donner la chance aux jeunes congolais formés dans les grandes écoles françaises ou européennes, peu importe leurs départements, villes ou villages de naissance.

Jean-Jacques DOUNDA / Les Echos du Congo-Brazzaville

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