Congo : la suppression du train Mbinda « est un acte criminel », selon les populations de l’ex cité Comilog

La vétusté de la ligne Dolisie – Mbinda (285km) a obligé récemment le Chemin de Fer Congo Océan (CFCO) de suspendre le trafic ferroviaire jusqu'à nouvel ordre. On ne pourra plus prendre le train voyageur pour Mbinda depuis Dolisie dans le Niari (sud). Pour les habitants de Mbinda, interrogés par les Echos du Congo-Brazzaville, « la suppression de ce train devient un acte criminel ».

« La frontière avec le Gabon fermée d’un côté, le train supprimé de l’autre, ce sont des populations qui vont en baver. Car les prix de denrées alimentaires de première nécessité vont flamber, l’enclavement va se prononcer davantage et des évacuations sanitaires vers Dolisie vont être impossibles à réaliser. Pour des localités plongées dans le noir depuis plus de 30 ans (le cas de M’binda), la suppression de ce train devient un acte criminel », a déclaré Jean Claude.

« C’est triste comme situation pour les populations qui vivent depuis 3 décennies dans des conditions précaires  et qui ont voté à 100% pour le Président de la République à la présidentielle du 21 mars dernier», nous a confié Saint Gabin.

Pour certains jeunes de Mbinda en colère, « le ministre des Transports de ce pays doit démissionner s’il lui reste encore un peu de courage ».

Pour d’autres, « tous les élus et cadres ressortissants des localités qui longent ce chemin de fer devraient organiser une marche devant les bureaux du premier ministre. Il va falloir se faire entendre, pour le bien de nos parents ».

On rappelle que depuis la fermeture de la compagnie Minière de l’Ogooué (COMILOG) en septembre 1991, la ville de Mbinda a perdu presque de toutes les commodités d’usages en un clin d’œil. Plus d’eau potable et d’électricité. Le désarroi des visiteurs ne se cache pas longtemps une fois le soleil couché. Dès la tombée de la nuit, la localité est plongée dans une obscurité totale. Les habitants résignés se retirent petit à petit chez eux en attendant le levé du jour. Les populations se désaltèrent désormais avec les eaux des puits ou de source. Les risques des maladies microbiennes sont grands.

Le manque de route carrossable n’est pas en reste dans le dénuement de Mbinda. Pendant la saison de pluie, quelques rares transporteurs qui fréquentent souvent la localité n’osent plus s’y aventurer à cause des pannes provoquées sur leurs véhicules par l’état piteux de la route. La latérite laisse la place aux bourbiers.

Ainsi, la pratique des activités génératrices de revenus et autres commerces est difficile pour les 5000 âmes qui vivent encore dans cette ville située à 7km du Gabon.

Mbinda est donc en péril, ainsi que les villages environnants. Et la question est aussi esthétique, notamment la laideur des camps Comilog et l’ensemble des installations de cette entreprise. Tout est en ruine. Et la suspension du trafic ferroviaire Dolisie-Mbinda plonge une fois de plus la localité dans le chaos.

Vivement que le train Mbinda siffle encore  et que souffle de nouveau un vent de modernité, naïvement proclamé, sur cette communauté urbaine où disparait lentement toute source de vie nécessaire. Une ville en sommeil avec ou sans soleil.

Jean-Jacques DOUNDA / Les Echos du Congo-Brazzaville

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