La Chronique du saltimbanque : « Écouter l’Homme qui murmure en soi …»

« Écoutes plus souvent l’Homme qui murmure en toi, plutôt que ton corps qui te parle à haute voix. »

 Amis de la chronique du saltimbanque salut !

« Écoutes plus souvent l’Homme qui murmure en toi, plutôt que ton corps qui te parle à haute voix. » Ces mots du sage ont sonné en moi tel un leitmotiv dimanche dernier, quand je me suis rendu chez mon ami Antoine.

Assis chez moi, j’avais reçu un coup de fil de Jeannette, l’épouse de mon ami Antoine.

Celle-ci, la voix affectée par la peine que je percevais dans le trémolo me demandait de passer à leur domicile aussitôt que je le pouvais.

La femme de mon ami Antoine ne m’en dit pas davantage. Par le timbre de sa voix, j’imaginais son abattement. Quelque chose de grave devait affecter la famille de mon ami Antoine. Aussi, décidais-je de m’y rendre toutes affaires cessantes.

Que s’y passait-il donc, pour que ce fût l’épouse qui m’appela au lieu de mon ami Antoine ? Sans doute celui-ci devait être la cause de ce coup de fil impromptu. Une maladie fulgurante par exemple, et cela nécessitait de l’aide. J’étais alors la première personne à laquelle la famille l’eût demandée.

En arrivant au domicile de mon ami Antoine, je fus surpris par le calme des lieux. Cela m’affecta davantage car l’ambiance contrastait d’avec celle qui y régnait d’habitude. De même, c’est Jeannette qui vint à ma rencontre alors que mon ami Antoine restait scotché au fauteuil en rotin dans lequel la maladie semblait l’avoir cloué. Sa mine défaite était très expressive sur son état de santé. Cela devait être grave car Jeannette non plus avait perdue de sa superbe. Ses yeux rougis sans doute par les pleurs dessinaient des cernes. Je compris qu’elle avait peu dormi pour veiller sur son tendre époux.

-Que se passe t-il, m’enquis-je l’air décontenancé.

Comme piquée au vif, Jeannette, l’épouse de mon ami Antoine se perdit dans une diatribe qui décomposait mon ami Antoine au fur et à mesure que son épouse débitait son récit.

Mon ami Antoine qui aimait faire la fête avait manifesté le désir d’aller en boîte de nuit avec son épouse samedi. Celle-ci, incommodée par sa périodicité féminine avait décliné l’offre et proposé à son époux de se faire accompagner par sa belle-sœur.

La soirée avait été copieusement festive, arrosée d’alcool, aux sons des rumbas si entrainantes qu’envoutantes. Tout cela avait fini par monter à la tête de mon ami Antoine et fait grimper son plaisiromètre à son point le plus haut.

En dansant avec sa belle-sœur, mon ami Antoine laissait trainer ses mains désormais exploratrices en des endroits inconvenants et inappropriés pour celle qui était sa partenaire d’un soir.

Après maints rappels à l’ordre et surtout supplications de « danser avec elle avec respect », ce qui ne manqua pas de me rappeler ce célèbre morceau de l’Ok Jazz, mon ami Antoine revenait à la charge avec une insistance que la sœur de l’épouse de mon Ami Antoine ne pût supporter. Elle sauta dans le premier taxi et rentra. Manque de pot pour mon ami Antoine, elle avait tout raconté à sa frangine.

-Voila ! me dit l’épouse de mon ami Antoine. Crois-tu ces comportements de nature à me rendre encore digne d’être son épouse ?

Que ma sœur accepta ses attouchement ou qu’elle s’en rendit complice qu’aurait fait alors Antoine ?

L’épouse de mon ami Antoine fondit en sanglots. Ne pouvant jouer à l’avocat du diable, je pris fait et cause pour elle.

-Antoine dis-je. Antoine mon ami, pourquoi te rabaisser jusqu’à ce point ?

-L’alcool, psalmodia t-il. L’alcool. Je n’ai pas pu me contrôler. Je ne savais plus ce que je faisais.

Si l’alcool ne te réussi pas, pourquoi le prends-tu ? Tu devrais connaitre tes capacités de tolérance pour cette substance.

-Oui, tu as raison dit mon Ami Antoine, visiblement affecté. Pardonne-moi Jeannette, pardonne-moi.

Tous deux s’étreignirent. Leurs pleurs me paraissaient sincères.

Mon ami dis-je : à l’avenir, « écoutes plus souvent l’Homme qui murmure en toi, plutôt que ton corps qui te parle à haute voix. »

Mon ami Antoine se le répéta comme à lui-même.

« Écoutes plus souvent l’Homme qui murmure en toi, plutôt que ton corps qui te parle à haute voix. »

Que tous ceux qui ont des oreilles entendent. Pourvu que tous ceux qui entendent comprennent.

À bon entendeur, salut !

Benoît BIKINDOU

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