Le décès d’une femme tsangui de 50 ans, mariée à un homme kugni, à Dolisie dans le département du Niari (sud), a donné lieu à des pourparlers traditionnels entre les familles. Une démarche qui, à l’origine, devrait permettre de rapprocher les familles, de préserver la dignité de la défunte et de rechercher l’apaisement.
Mais au fil des étapes, une autre réalité apparaît : celle d’une succession de contributions financières qui interpelle.
Pour l’annonce de la maladie : 5 000 FCFA.
Pour l’annonce du décès : 5 000 FCFA.
Pour la suspension des pourparlers : 40 000 FCFA.
Après les obsèques, les discussions reprennent. Le mari s’acquitte également des frais liés aux pleurs des parents de la défunte.

Puis vient le moment de « l’attachement » du symbole devant conduire au verdict traditionnel. Les juges traditionnels fixent d'abord une contribution de 15 000 FCFA, avant de demander 355 000 FCFA de chaque côté pour aller au fameux verdict.
Au-delà des montants, une question mérite d'être posée : quel sens donnons-nous encore à nos traditions ?
La tradition est une richesse lorsqu'elle rassemble, console, transmet des valeurs et rétablit la paix. Elle devient préoccupante lorsqu'elle transforme le malheur d'une famille en interminable succession de dépenses, de palabres et de procédures dont la finalité échappe parfois à ceux qui les subissent.
Pendant que certaines familles s'endettent pour respecter des exigences traditionnelles, des enfants manquent de fournitures scolaires, des parents peinent à se soigner et des jeunes cherchent désespérément un emploi.
Le Congo ne doit pas avoir peur de questionner ses propres pratiques. Respecter la tradition ne signifie pas accepter aveuglément tout ce qu'elle impose. Nos anciens nous ont légué des valeurs ; à notre génération de faire la différence entre ce qui mérite d'être conservé et ce qui doit être repensé.
Le véritable verdict devrait peut-être être celui-ci : combien nos traditions nous coûtent-elles, et surtout, que rapportent-elles à nos communautés ?
Le Congo avancera lorsque ses traditions seront au service de l'homme, et non lorsque l'homme deviendra prisonnier de traditions qu'il n'ose plus interroger.
Tradition, oui. Gaspillage, non. Respect des anciens, oui. Mais aussi responsabilité envers les générations futures.
Germaine MAPANGA / Les Echos du Congo-Brazzaville