Une image bouleversante circule depuis plusieurs jours au Cameroun , un corps humain, enveloppé dans un linceul blanc, attaché à l’arrière d’un taxi-moto pour être conduit vers son lieu de sépulture. Derrière cette scène choquante se cache une réalité quotidienne vécue dans plusieurs zones rurales enclavées de ce pays. Si la pratique qui a cours dans des nombreux pays de la sous-région, permet de régler un problème, celui du transport de la dépouille, elle semble inconsciemment en créer d’autres, notamment le relais de contagion qui s’effectue entre le macchabée dont personne ne sait vraiment de quoi il est décédé le conducteur du taxi-moto qui devient un cas-contact, susceptible d’en contaminer d’autres, à commencer par sa famille.
Dans certaines localités du Cameroun, comme partout ailleurs dans la sous-région, les routes sont inexistantes ou totalement impraticables. Les véhicules ne peuvent pas accéder à certains villages, surtout pendant la saison des pluies.
Face à cette situation, les habitants n’ont souvent qu’une seule option , utiliser des motos pour transporter malades, femmes enceintes, marchandises et même des dépouilles mortelles le cas échéant.
L’absence d’infrastructures routières dans plusieurs régions rurales du Cameroun reste un problème majeur. Sans routes praticables, les populations vivent isolées, loin des centres de santé, des marchés et des services administratifs.
Selon nos confrères qui ont relayé le fait, lorsqu’un décès survient, les familles doivent improviser avec les moyens disponibles. Le taxi-moto devient alors le seul moyen de transport possible, malgré les risques et les conditions difficiles.
Dans les zones enclavées, les conducteurs de taxi-moto jouent un rôle essentiel. Ils assurent le transport des habitants sur des pistes souvent boueuses et dangereuses.
Au-delà du simple déplacement, ces motos permettent l’acheminement des médicaments, des produits alimentaires et des urgences médicales.
Mais voir un défunt transporté ainsi révèle l’ampleur des difficultés auxquelles ces populations sont confrontées.

Cette scène relance le débat sur l’urgence d’améliorer les infrastructures routières en milieu rural, non seulement au Cameroun, mais partout ailleurs dans la sous-région où la situation interpelle.
Les pouvoirs publics sont en droits d’interdire cette pratique qui naturellement appelle à des solutions plus adaptées.
Un décès survient très souvent suite à une pathologie dont la prise en charge s’est soldée par un échec ou que la cause du décès aura été hors de contrôle.
Manipuler un cadavre peut se révéler dangereux, parce qu’un mort devient un réservoir de microbes, de toxines et de sang.
Un cadavre garde tout ce qui tuait la personne et cela se multiplie après la mort, car plus aucun système immunitaire n’arrête, ni ne ralenti le processus de multiplication des microbes et autres bactéries.

Comment dans ces conditions, préjuger que le cadavre que l’on manipule sans aucune protection et que l’on transporte corps contre corps, à travers la minceur du linceul ou des vêtements, ne représente aucune menace pour la santé du transporteur, notamment en cas d’histoplasmose?
Pour de nombreuses populations rurales, disposer d’une route praticable ne représente pas seulement un confort, mais une question de dignité humaine et de survie.
Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville