Du pain à la peine : quand le même véhicule change de mission

Hier encore, il roulait au petit matin pour livrer du pain chaud aux parisiens, symbole de vie, de partage et de réconfort. Aujourd’hui, le voilà silencieux, solennel, chargé d’une toute autre mission : transporter ceux qui n’ont plus faim. Le corbillard.

Au Moyen Age, les bateaux venant de Corbeil (près de Paris) transportaient le pain des moulins vers la capitale, ce qui a donné le nom « corbeillard ». Lors des grandes épidémies de peste, ces mêmes bateaux ont été réquisitionnés pour transporter les nombreux cadavres. Le mot a progressivement évolué pour désigner les véhicules funéraires.

Il est donc étymologiquement correct de dire que les ancêtres des corbillards transportaient du pain, avant de transporter des morts.

Quelle ironie saisissante du destin ! Le même véhicule qui nourrissait les vivants accompagne désormais les défunts vers leur dernière demeure.

D’un service à un autre, d’une nécessité à une fatalité, il incarne à lui seul le fragile équilibre entre la vie et la mort.

Dans ce contraste presque poétique, se dessine une vérité profonde : tout est éphémère.

Ce qui sert à nourrir aujourd’hui peut, demain, servir à dire adieu.

Et pourtant, dans chaque rôle, il y a une forme de dignité — celle de servir, encore et toujours, les hommes, à chaque étape de leur existence.

Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville