15 août 2021 : Ouabari Mariotti attend de Denis Sassou N’Guesso un signal fort en vue du triomphe du pardon

15 août 2021, dans quelques jours, le Congo-Brazzaville célèbre les 61 ans de son indépendance, proclamée le 15 août 1960. A cette occasion, l'enseignant-géographe que je suis, qui ai exercé, quelques années passées, un métier passionnant et exigeant, ai choisi de réécrire des lignes sur l'impératif de la cohésion nationale, au Congo Brazzaville. M'adressant, à nouveau, par civisme, aux hautes autorités de mon pays. Un impératif sur lequel je reviens, régulièrement, tant que je le peux. Parce que, qui répète à son Supérieur une cause qu'il estime juste, s'enseigne à lui même.

Au Congo Brazzaville, la cohésion nationale est, aujourd'hui, à la hauteur d'une exigence patriotique, largement partagée par les citoyens. Elle a été gravement fracturée par les violences de 1997 et leurs effets désastreux, à court, moyen et long terme, sur les paisibles populations. Une cohésion nationale, par ailleurs, bien fissurée du fait des brutalités de la force publique et de l'affrontement politique des camps qui se sont opposés, lors des événements de 2015- 2016 nés du changement de la constitution de janvier 2002 par le pouvoir en place.

Dans le contexte de crise socio-économique que traverse le pays, des initiatives engagées par le gouvernement congolais, dans les paramètres essentiels du développement, ne pourraient intéresser, à fond, la communauté nationale que si la nation entière est en cohésion.

De même, les appels à la cohésion nationale, souvent entendus dans les discours officiels n'ont pas toujours l'écho nécessaire parce qu'ils ne trouvent pas une traduction dans la réalité. N'étant pas accompagnés de décisions tangibles.

Restés au seul niveau des mots, ces appels apparaissent comme relevant de l'incantation et du déni de la véracité.

L'Etat congolais, devant être, plus que jamais, l'Etat de tous les Congolais, dans le processus de sa permanente construction, seule la cohésion nationale pourrait faciliter son appropriation par tous les citoyens.

Bien plus, rien de consistant ne peut, au plan moral et politique s'édifier au pays, sans consolider l'unité nationale et sans développer le sentiment d'appartenance à une nation commune.

Or, la consolidation de l'unité nationale et le sentiment d'appartenance à une nation commune passent par la cohésion nationale.

En Côte d'Ivoire, le geste noble et digne du Président Alassane Ouattara rencontrant l'ancien Président Laurent Gbagbo, puis remettant en liberté 78 détenus incarcérés, lors de la crise électorale de 2020, pour leur opposition à son troisième mandat, est un signe d'apaisement politique perceptible, depuis plusieurs mois, dans le pays.

Ce geste fait intensément parler dans les familles ivoiriennes qui s'y retrouvent. Les observateurs internationaux qui n'en sont pas en reste, s'en sont fait de larges échos. Des personnalités nationales de tout bord saluent un symbole de clémence du Président Alassane Ouattara et son courage politique pour des vertus de la réconciliation.

Du côté de la Présidence ivoirienne, il est argué que les remises en liberté du 6 août, jour de l'indépendance du pays, ne sont qu'une première séquence d'un feuilleton à venir sur la réconciliation nationale. S'en suivront d'autres. Et les Ivoiriens, tous partis politiques confondus, de fulminer que sont "heureux les artisans de la paix, car ils seront appelés fils de Dieu".

Au Congo Brazzaville, est attendu, le 15 août 2021, du Président Sassou N’Guesso, dans son message à la nation, un acte identique à celui du Président Alassane Ouattara. Quand bien même, les Etats, de par le monde, sont libres de leurs choix et des orientations de leurs politiques publiques.

Au demeurant, de la part du Président Sassou N’Gueso, il est espéré un signal fort, en vue du triomphe du pardon, de la cohésion et de la réconciliation nationales.

Des condamnés, pour des chefs d'accusation d'atteinte à la sûreté de l'Etat, au lendemain des élections présidentielles congolaises de 2016, ont purgé une partie de leurs peines. Parmi ceux ci, Jean Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa. Tous deux, adversaires du Président Sassou N’Guesso au scrutin présidentiel de 2016. Tous deux ne respirent pas la santé. La santé, au sens d'un état de complet bien être physique, mental et social et ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.

Au sortir de la guerre de 1997, des figures proches du Président Pascal Lissouba ont été frappées d'une peine par la Cour d'Appel de Brazzaville. Certains par contumace, dont les anciens Ministres Benoit Koukébéné et Philippe Bikinkinta qui, contre leur volonté, prolongent, indéfiniment, à l'extérieur leur séjour.

Au nom de la cohésion nationale, de la réconciliation et de l'apaisement dans le pays, MM. Benoit Koukébene et Philippe Bikinkinta devraient bénéficier de la grâce présidentielle. Des compatriotes sanctionnés dans les mêmes affaires qu'eux ont longtemps recouvré leurs droits. Sur près de 22 ans, MM. Benoit Koukébéné et Philippe Bikinkinta ont exécuté leurs châtiments qui se sont mués en exil forcé, avec interdiction de fait de regagner le Congo, de peur d'être arrêtés et jetés en prison, dès l'aéroport d'entrée, comme l'a été Mr Modeste Boukadia. Une situation douloureuse pour MM. Benoit Koukébene et Philippe Bikinkinta.

Le premier a enterré au Congo, depuis Paris, son frère ainé Mr. Mbys Assolant, Conseiller du Président Sassou N’Guesso. Devant se placer, sur la même posture, dans les prochains jours, pour les funérailles d'un autre frère, Mr. Levy Charles Ngoma Mby, journaliste de renom, par qui est arrivée la Télévision Congolaise et premier directeur de cet organe d'information, sous le Président Fulbert Youlou, après l'indépendance du Congo en 1962. Quant à Mr. Philippe Bikinkinta, il n'a pu assister aux obsèques et à l'inhumation à Soulou, dans la région du Pool, du Président du MCDDI, Bernard Kolélas, son frère, allié du Président Sassou N’Guesso.

Qui répète à son Supérieur, s'enseigne à lui même." Ainsi, le citoyen congolais que je suis, ai répété à mes Supérieurs, dans les sphères de l'Etat, le caractère incontournable de l'affermissement de la cohésion nationale pour mieux apaiser le pays et faciliter son progrès. Des principes auxquels je me suis enseigné à moi même, également.

La remise en liberté, obtenue soit, par l'amnistie, soit par la grâce présidentielle pourrait être la représentation formelle d'un véritable désir du Président Sassou N’Guesso de promouvoir la paix et la réconciliation dans le pays.

C'est là ma part de contribution pour un 15 août 2021, moins tendu.

A tous les Congolais, sans exclusion, bonne fête d'Indépendance. Mes pensées à ceux qui sont en souffrance et à ceux qui nous ont quittés.

Ouabari Mariotti, membre de l’Upads

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