Entretien avec Doris Mandouélé, auteure de "Une sœur au bout du fleuve"

Entretien avec Doris Mandouélé, auteure de "Une sœur au bout du fleuve"

À travers "Une sœur au bout du fleuve", Doris Mandouélé nous entraîne dans un univers où les destins se croisent au rythme des traditions, des blessures du passé et des espoirs d'avenir. Ce roman est avant tout un récit autobiographique inspiré de sa propre vie. Si les événements réels en constituent la trame principale, l'auteure y a également mêlé des passages entièrement imaginaires, offrant ainsi un récit romancé où la réalité dialogue avec la fiction. Un choix littéraire qui permet de raconter une histoire profondément personnelle tout en lui donnant une portée universelle.

 Pouvez-vous présenter "Une sœur au bout du fleuve" à nos lecteurs en quelques mots ?

"Une sœur au bout du fleuve " est un roman autobiographique inspiré de ma propre vie. Il s'agit d'un récit romancé : les événements réels en constituent la trame principale, mais j'y ai également mêlé des passages entièrement imaginaires. J'avais envie de raconter une histoire vraie tout en laissant une place à la fiction, afin d'offrir aux lecteurs un voyage à la fois intime et universel.

Qu'est-ce qui vous a inspirée pour écrire ce roman et depuis combien de temps mûrissait-il dans votre esprit ?
 

J'écris depuis plus de dix ans. En tant que sociologue, j'ai d'abord publié des ouvrages de sciences sociales, puis plusieurs recueils de poésie. Depuis longtemps, mes lecteurs me demandaient d'écrire un roman.

La Guyane a profondément transformé mon regard. J'y ai travaillé, j'y ai vécu et surtout j'y ai fait des rencontres qui ont bouleversé ma vie. Ce territoire m'a inspirée et il m'a semblé naturel de partager cette expérience humaine exceptionnelle. C'est notamment mon séjour à Grand-Santi qui a donné naissance à ce livre "Une soeur au bout du fleuve".

Le titre est particulièrement évocateur. Quelle est sa signification et que symbolise ce fleuve dans votre récit ?

Le mot « sœur » est très important pour moi. En Guyane, j'ai rencontré plusieurs femmes qui sont devenues de véritables grandes sœurs. L'une d'elles, Samantha, occupe une place particulière dans le roman, car nous avons vécu en colocation à Grand-Santi. Mais elle n'est pas la seule : j'ai également rencontré d'autres femmes plus âgées qui m'ont accueillie avec une immense générosité, ainsi que de plus jeunes femmes que j'ai, à mon tour, considérées comme mes petites sœurs.

"Une sœur au bout du fleuve" est dédié à Samantha, mais aussi à toutes mes sœurs de cœur, qu'elles vivent en Guyane, au Congo, en France, en Asie ou ailleurs dans le monde.

Le fleuve symbolise le voyage, la rencontre et le lien qui unit des personnes que tout semblait pourtant séparer.

Quels sont les principaux thèmes que vous abordez dans l'ouvrage et quels messages souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?

J'aborde plusieurs thèmes qui me sont chers : l'amitié, la place des femmes dans nos sociétés, la spiritualité, la chaleur humaine, le voyage, la découverte de l'autre, différent mais profondément semblable à nous.

Mon regard de sociologue est également très présent. J'aime observer les êtres humains, comprendre les cultures et montrer que, malgré nos différences, nous partageons tous les mêmes aspirations : aimer, être aimés et trouver notre place dans le monde.

Y a-t-il un personnage auquel vous êtes particulièrement attachée ou qui vous ressemble davantage ?

Oui, je suis très attachée au personnage de Kihinda.

Kihinda est le nom du village natal de mon père, au Congo-Brazzaville. Dans le roman, j'ai choisi de donner ce nom à une petite fille. Elle représente en quelque sorte l'enfant que j'ai été. Bien sûr, contrairement à moi, Kihinda possède des pouvoirs magiques puisqu'elle est une enfant sorcière dans le récit. C'est une manière poétique de mêler mes racines congolaises à l'univers romanesque.

En tant qu'écrivaine, quels défis avez-vous rencontrés dans votre parcours littéraire et dans la publication de ce livre ?

Pendant longtemps, j'ai écrit de la poésie, mais je n'arrivais pas à construire une véritable histoire. Avec "Une sœur au bout du fleuve", j'ai franchi une étape importante.

Même si ce roman s'inspire de ma vie, il raconte avant tout une aventure humaine. C'est cette dimension narrative qui le distingue de mes précédents ouvrages.

Je crois sincèrement que la Guyane m'a révélée. Il fallait que je vive cette expérience, que je m'imprègne de cette terre, de ses habitants et de son énergie pour pouvoir écrire ce roman.

Après "Une sœur au bout du fleuve", quels sont vos projets littéraires ? À quoi peuvent s'attendre vos lecteurs dans les prochaines années ?

Je souhaite poursuivre dans cette voie : écrire des romans inspirés de ma propre vie, non pas par égocentrisme, mais parce que c'est ainsi que je trouve mon inspiration. Je pense que cette part d'authenticité touche les lecteurs.

Mes prochains ouvrages continueront donc à naviguer entre réalité et fiction.

Parallèlement, je poursuis mon activité de biographe. J'accompagne toutes les personnes qui souhaitent raconter leur histoire afin de la transmettre aux générations futures.

J'ai notamment publié Grand-Santi, une terre d'Afrique en Guyane, un ouvrage consacré à l'histoire, à la culture et au patrimoine de cette commune. Une sœur au bout du fleuve est un peu, « la petite sœur » de mon premier livre sociologique sur la Guyane

J'invite toutes les personnes qui rêvent d'écrire le livre de leur vie à me contacter. Chaque existence mérite d'être racontée.

Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs des Dépêches de Brazzaville ?

Le Congo occupe une place essentielle dans mon identité. Je suis actuellement en train de rééditer Africains, Africaines, regardez comme vous avancez, un recueil de poèmes que j'avais écrit à Brazzaville en 2010. Cette nouvelle édition sera spécialement destinée aux lecteurs congolais et j'espère qu'ils pourront bientôt la découvrir dans leur pays.

En attendant, je les invite à lire deux de mes ouvrages.

Le premier, Grand-Santi, une terre d'Afrique en Guyane, est une enquête sociologique qui retrace l'histoire de cette commune guyanaise profondément marquée par ses racines africaines.

Le second, "Une sœur au bout du fleuve", est un roman inspiré de mon expérience en Guyane. Les lecteurs congolais y retrouveront de nombreuses pratiques culturelles, des traditions et des valeurs qui leur sembleront familières. Les peuples bushinengués ont su préserver un héritage africain exceptionnel tout en le faisant vivre dans la modernité.

J'espère que ces deux livres permettront de créer un pont entre le Congo et la Guyane, deux terres liées par une histoire profonde et une mémoire commune.

 Propos receuillis par Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville

Photo : Doris Mandouélé habillée par Meya styliste