Quand le cœur voyage trop loin : aimer l’Europe sans oublier son propre maillot

Dans les rues, dans les bars, sur les réseaux sociaux, les noms des grands clubs européens résonnent avec passion. On célèbre les victoires du Real Madrid, on débat des performances du FC Barcelona, on s’enflamme pour les exploits de Manchester City. Et pendant ce temps, nos clubs locaux jouent souvent dans un silence presque gênant.

Aimer le football, c’est normal. Vibrer pour les grandes équipes, c’est compréhensible. Mais lorsque cette passion dépasse les frontières au point d’éteindre celle que l’on devrait avoir pour ses propres clubs, une question s’impose : que reste-t-il de notre fierté sportive ?

Le football n’est pas qu’un spectacle. C’est une identité. C’est une histoire qui se construit dans les quartiers, sur les terrains poussiéreux, dans les stades parfois modestes mais toujours chargés d’émotions.

Nos clubs locaux ne manquent pas de talent ; ils manquent souvent de soutien. Et sans soutien, aucune équipe ne peut grandir.

Encourager un club de son pays, ce n’est pas renoncer à admirer les grandes équipes européennes. C’est simplement équilibrer son cœur. C’est reconnaître que le développement de notre football dépend aussi de nous : de notre présence dans les gradins, de notre engagement, de notre fierté.

Car chaque chant dans un stade local, chaque maillot acheté, chaque match suivi est un acte de foi. Une manière de dire : “nous croyons en nous-mêmes.”

Le patriotisme ne se limite pas aux discours officiels ou aux grandes célébrations. Il se vit aussi dans les petites choses du quotidien.

Soutenir ses clubs, c’est soutenir sa jeunesse, ses talents, ses rêves. C’est donner une chance à une génération de briller chez elle, avant de conquérir le monde.

L’Europe fait rêver, c’est vrai. Mais un peuple qui ne croit pas en ses propres couleurs finit par perdre le goût de les défendre. Il est temps de réapprendre à aimer ce qui est à nous.

À vibrer pour nos clubs. À remplir nos stades. À écrire notre propre histoire. Parce qu’au final, la plus belle victoire n’est pas celle que l’on regarde à la télévision, c’est celle que l’on construit ensemble, chez soi.

Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville

Photo : DR