Congo – Obsèques de Dominique Ngoie-Ngalla : La Patrie serait-elle ‘’sourde’’ à sa prière pour être enterré à Mandou ?

Le corps du professeur Dominique Ngoïe-Ngalla sera mis en terre ce vendredi 23 octobre 2020, au cimetière de Melun, en France. Dans les années à venir, il sera rapatrié au Congo, pour être enterré à Mandou. Ainsi en a décidé la famille, visiblement pas assistée des autorités congolaises. Une attitude qui a déçu de nombreux congolais de France.

« À Dominique Ngoïe-Ngalla, la Patrie indifférente ». Telle est l’épitaphe virtuelle qui pour nombre de congolais de la diaspora, devrait figurer sur la tombe du professeur Ngoïe-Ngalla, porté en terre vendredi, au cimetière nord de Melun, à défaut d’être enterré à Mandou, en ce lieu de repos éternel où il se serait senti « au milieu des siens ».

Comme saisi par un doute prémonitoire, dans sa « Prière pour être enterré à Mandou », Dominique Ngoïe-Ngalla dubitatif sur ce que sa patrie pour laquelle il a tant donné et surtout « aimé avec piété » trainerait le pas, n’implorait-il pas la volonté permissive de Dieu pour que s’accomplisse sa prière ?

Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes, fussent-ils habités par des muses, qui à leurs oreilles, susurrent ces vers qui les élèvent aux hauteurs de génies.

Dominique Ngoïe-Ngalla enterré loin de Mandou et surtout du Congo, pour de nombreux congolais de France, c’est l’amertume. Et le ministre de la Culture en prend sa volée de bois verts.

« Décidément, on ne comprend rien. Quelle est la raison d’être d’un ministre de la Culture dans un pays, si celui-ci ne peut pas se bouger le c… pour honorer la volonté d’une sommité intellectuelle et littéraire de la trempe du professeur Ngoïe-Ngalla. C’est déplorable. C’est simplement triste pour mon pays », a lâché Adrien M, au bord des larmes.

Roger Nk lui non plus, n’est pas tendre avec les autorités de son pays : « Le monsieur est décédé depuis bientôt une semaine. Aucun signal officiel de nos autorités, pour initier quoi que ce soit. Normal qu’à défaut de ce signal, la famille fasse ce qu’elle peut, en fonction de ses moyens. Ce qui m’attriste encore plus, c’est de voir que parfois, les dépouilles des moins que Ngoïe-Ngalla qui décèdent hors du Congo, sont rapatriées aux frais du trésor public. C’est à se demander, en quoi ceux-là sont-ils plus congolais que les autres ».

Barnabé S lui, tempère son propos, et s’en remet en définitive au Président de la République, « Protecteur des Arts et des Lettres ». « Au point où on en est, c’est au président lui-même qu’il revient désormais de faire quelque chose. Autrement, ce serait vraiment une honte nationale, que l’on rapporte de par le monde, que l’auteur de ce texte si connu, est décédé et inhumé à l’étranger, parce que abandonné par son pays, avec lequel il n’était pourtant pas en rupture de ban. Non, c’est impensable. Les intellectuels et hommes de Lettres congolais doivent se bouger et prendre ce dossier à bras-le-corps, pour le faire aboutir, car la condition post-mortem de Dominique Ngoïe-Ngalla sera peut-être aussi la leur demain. »

Et au ministre Ouabari de se demander simplement : « où est la patrie reconnaissante ? »

Entre-temps, c’est au cimetière de Melun, en Seine-et-Marne, ville où il est décédé, que Dominique Ngoïe-Ngalla prendra son repos, provisoirement dit-on, mais peut-être jusqu’à la Saint glin-glin.

C’est là, sur « ce tertre sans gloire », que ses parents et quelques anonymes compatriotes déposeront « de modestes fleurs de champs » qui ne seront hélas pas des bougainvilliers, ni des hibiscus de chez nous.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville

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