La chronique du saltimbanque « Qui veut faire l’ange fait la bête »

Amis de la chronique du saltimbanque salut !

« Qui veut faire l’ange fait la bête ». Ces mots de Pascal me sont revenus samedi dernier à l’issue de l’entretien que j’ai eu avec Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine.

Épouse ou ex épouse dis-je car, je ne saurai me déterminer sur le statut véritable, tant les deux conjoints ou ex conjoints ont désormais chacun un regard différent sur leur avenir commun.

C’est justement pour parler de cet avenir que Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine m’avait convié à cet entretien, en vue de mener une médiation auprès de mon ami Antoine. La séparation de corps me dit-elle, lui avait beaucoup « enseigné ». Elle s’était à présent assagie et transformée.

Transformée, c’est ce que je constatais plutôt d’elle, tant je connaissais le dossier de leurs embrouilles conjugales sous toutes ses coutures. Entendre en ces instants Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine me supplier carrément de mener pour elle une médiation me paraissait vraiment être une transformation, voire une transfiguration.

« Cette affaire est derrière nous. Dis à ton ami s’il te plaît. Dis-lui que je veux regagner mon foyer. Élever mes enfants et m’occuper de mon époux. Ce n’était qu’un escroc, ce pasteur. J’avais été flouée. Maintenant, j’ai changé », conclut presque en pleurs Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine.

Parlons de l’affaire justement pour vous en faire une idée et en dégager le réel jugement.

Cela faisait dix ans que mon ami Antoine et Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine étaient mariés. Un couple sans histoire. Ancien séminariste, mon ami Antoine menait une vie plutôt bien rangée. Ses seules passions étaient sa famille et son travail.

Ça allait très bien du côté de la famille. Trois enfants étaient nés dans le couple. Mélissa, 9 ans, Alex, 7 ans et la dernière Noëlla âgée de 5 ans.

C’est du côté du travail que ça semblait coincer un peu. Pour avoir refusé des arrangements on ne peut plus obscurs, mon ami Antoine était mal noté par son supérieur. Jamais il n’avait de promotion ni d’évolution de carrière. Pourtant, il connaissait son boulot et l’exerçait bien, peut-être bien mieux que certains de ceux qui étaient ses supérieurs hiérarchiques.

Cette situation d’injustice n’offusquait nullement mon ami Antoine. Bien au contraire, il y répondait par son abnégation et son ardent désir de fournir davantage d’efforts et de bien faire son travail.

Cette abnégation finît par payer. Au départ du supérieur hiérarchique qui le harcelait, mon ami Antoine connût une ascension fulgurante. Sa carrière fut réévaluée et il prit du galon.

Même s’il ne baignait pas dans l’extravagance, mon ami Antoine et sa famille changèrent du tac au tac. Il s’acheta une voiture et meubla conséquemment sa maison. Normal tout cela car me dit-il, son salaire avait bondi et les années non évaluées lui avaient été rappelées. Un pactole.

Cette période du « grand bond en avant » coïncida fort malheureusement avec la maladie de leur deuxième enfant.

Alex avait été très malade. En deux semaines l’enfant perdit plus du tiers de son poids. Il vomissait quasiment tout ce qui entrait dans sa bouche. Les médecins diagnostiquèrent une infection bactérienne et prévinrent que la remise serait lente.

Malgré le diagnostic posé par les médecins, Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine était habitée par des doutes. Conseillée par une dame divorcée qui avait récemment emménagé dans le quartier, Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine alla consulter un pasteur dont la dame lui vanta « une onction exempte de doute ». C’est lui qui fait que je sois, la rassura t- elle. « Il faut ouvrir les yeux ma chère, lui avait-elle dit. Certaines fortunes sont arrosées de sang.

Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine se mît à fréquenter « l’Arche de victoire », la chapelle dudit pasteur. Bishop Mike qu’il se faisait appeler. Il prétendait détenir des pouvoirs divins et conversait avec Dieu du cas de chacun de ses adeptes. Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine devint une adepte convertie et dévouée.

La conversion de Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine coïncida avec la guérison d’Alex, le fils de mon ami Antoine. Auparavant, bishop Mike avait « frappé sur Alex une prière de guérison » qui avait fait fuir tous les démons dans les lieux arides, aux dires du bishop Mike. La guérison fût donc comptabilisée par le pasteur, la dame du quartier et Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine comme une « œuvre » du Dieu du bishop Mike. Pour mon ami Antoine, la guérison était consécutive au traitement que les médecins avaient prescrit et étalé dans la durée. Une contradiction qui lui valu d'être taxé par bishop Mike comme « possédé par le démon du doute ».

Forte de ce témoignage « vu des yeux », Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine ne jurait plus que par bishop Mike. Il avait arraché son fils Alex du « monde des sorciers » où mon ami Antoine l’aurait livré afin de garantir sa fortune.

À la suite du récit que Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine avait fait au bishop Mike, celui-ci déduisit que mon ami Antoine avait « des mauvaises pratiques », des « mauvais travaux » et du « mauvais argent ». Tant que Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine continuait à porter les bijoux achetés par cet argent, elle restait « enchaînée » et à la merci des « mauvais esprits » qui l’engraissaient simplement, en attendant le jour où son mari déciderait de son immolation.

Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine se dépouilla de tout ce qui était lié de près ou de loin à l’argent de son mari. Elle donna tout au bishop Mike, jusqu’à la voiture RAV 4 que son mari lui avait achetée. Au dire du bishop Mike, la voiture, était habitée par un «mauvais esprit cornu» installé par mon ami Antoine, destiné à tuer Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine.

Le vocable de Jeannette, l’épouse ou l’ex épouse de mon ami Antoine avait lui aussi changé. Pour tout ce que lui disait son époux, soit elle le trouvait « sans effet au nom de Jésus », soit elle le « frappait d'une prière d’autorité », soit elle « s’élevait dessus au non de Jésus », soit elle « y jetait le feu dévorant » à défaut de « l’envoyer dans les endroits arides ». Excédé, mon ami Antoine congédia son épouse. Celle-ci prétexta que mon ami Antoine l’avait répudiée parce que incommodé par le feu puissant du Dieu du bishop Mike. Ce départ était pour elle une libération.

Le paradis de Jeannette ne dura que quelques jours. Un soir, au journal télévisé, on présenta une bande d'escrocs qui écumaient sur les deux rives sous des couverts spirituels et religieux. Bishop Mike était le chef de bande. Il avait fait partir tout son butin mais lui-même ainsi que quelques diacres n’eurent pas le temps de traverser. La douane fut surprise du nombre de véhicules et des biens convoyés ainsi que du caractère douteux des documents qui les accompagnaient. La police s'y intéressa. Le pot aux roses fut découvert et le groupe écroué.

Le lendemain de l'arrestation, beaucoup d'adeptes stupéfaits envahirent « l'arche de victoire ». Chacun déplorait avoir perdu un objet précieux. Une dame, aînée de la famille avait perdu 40.000.000 de francs, fruit de la vente de la parcelle qu'elle avait reçue en héritage de son père défunt. Elle avait apporté l'argent auprès du bishop Mike pour l'exorciser des « mauvais démons cornus » que l'acquéreur de la parcelle y avait placés afin de « rappeler à distance ledit argent ». Chacun avait son problème tout aussi grave que celui des autres.

Le scandale bishop Mike alimenta les conversations dans la ville sur ces « églisettes » qui détruisaient plus qu'elles ne construisaient la famille, le socle de tout développement spirituel et religieux. Le mal était fait...

Tu sais Jeannette, dis-je à l'épouse ou l'ex épouse de mon ami Antoine ; dans mon village, un vieux racontait, en charriant un passage des évangiles, « si ton bras t’empêche d'entrer au ciel, coupe-le. Mais rassure-toi avant de l'effectivité des soins pour que la gangrène ne te conduise pas au ciel avant de jouir des fruits de l’ablation ». Vas voir mon ami Antoine. À lui seul revient le pouvoir de te pardonner. Pour ma part, je lui parlerai. Mais, reconnais tout de même qu'en voulant faire l'ange, tu as fait la bête.

Oui, dis Jeannette l'épouse ou l'ex épouse de mon ami Antoine. « QUI VEUT FAIRE L'ANGE FAIT LA BÊTE »

Que tous ceux qui ont des oreilles entendent. Pourvu que tous ceux qui entendent comprennent.

À bon entendeur, salut !

B. BIKINDOU

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