Congo-Brazzaville : à l’E2C, même le noir a un prix !

Congo-Brazzaville : à l’E2C, même le noir a un prix !
Délestages à répétition, compteurs prétendument à entretenir et pénalités de retard : les ménages congolais ont parfois le sentiment de payer rubis sur l’ongle une électricité qui, elle, joue régulièrement à cache-cache.
 
Au Congo-Brazzaville, il existe un paradoxe qui mérite presque une médaille d’or de l’absurde : l’électricité peut être absente pendant des jours, des semaines, voire des mois, mais la facture, elle, ne connaît aucun délestage. À la Société Énergie électrique du Congo (E2C), le calendrier de facturation semble bénéficier d’une alimentation permanente, même lorsque les foyers plongent dans une obscurité prolongée.
 
Pour les abonnés, le scénario est devenu familier. Les ampoules restent muettes, les ventilateurs prennent leur retraite forcée, les réfrigérateurs retiennent leur souffle et les familles improvisent leur quotidien à la lumière des bougies ou des lampes rechargeables. Mais que le mois s’achève, et voilà que la facture surgit, ponctuelle comme un fonctionnaire devant son bulletin de salaire. La lumière, elle, peut se faire désirer ; la créance, jamais !
 
Plus cocasse encore, l’abonné dispose d’un délai pour s’acquitter de sa facture. Passé ce terme, une pénalité peut venir alourdir la note. Autrement dit, le client est sommé de respecter scrupuleusement ses obligations, même lorsque le service attendu se montre particulièrement irrégulier. Le courant peut être coupé sans prévenir, mais le délai de paiement, lui, ne souffre apparemment aucune coupure.
 
À cette équation déjà difficile s’ajoutent des frais d’entretien des compteurs. Une ligne de facturation qui suscite des interrogations chez certains consommateurs : à quoi correspondent exactement ces frais lorsque, sur le terrain, aucun agent ne semble venir assurer l’entretien de leur équipement ? La question mérite une réponse claire de l’entreprise, car un service facturé devrait pouvoir être expliqué, justifié et, le cas échéant, effectivement réalisé.
 
Il ne s’agit pas de contester le principe selon lequel une entreprise d’électricité doit couvrir ses charges, entretenir ses installations et recouvrer les sommes légitimement dues. Encore faut-il que la relation avec l’abonné repose sur une exigence réciproque : au devoir de payer doit correspondre celui de fournir un service fiable, transparent et conforme aux engagements pris.
 
Car le consommateur congolais ne réclame pas la lune. Il souhaite simplement que la lumière demeure allumée, que les interruptions soient mieux maîtrisées et que les factures reflètent, dans un cadre réglementaire clair, les prestations réellement dues. Il attend aussi des explications sur les frais d’entretien et les pénalités appliquées, particulièrement lorsque la qualité du service laisse à désirer.
 
À l’E2C, il serait donc temps que la transparence éclaire les factures autant que le courant devrait éclairer les maisons. Et si l’entreprise entend sanctionner les retards de paiement, elle gagnerait à faire preuve de la même rigueur dans l’information des clients, la maintenance des compteurs et l’amélioration de la desserte électrique.
 
Au royaume des délestages, une certitude demeure : le noir n’est peut-être pas produit par l’E2C, mais, pour les ménages, il semble bel et bien avoir trouvé son tarif.
 
Reste à savoir si, un jour, la lumière sera aussi fidèle que la facture !
 
Germaine MAPANGA / Les Echos du Congo-Brazzaville