Faute d’emploi, de nombreux jeunes du Niari (sud) se tournent vers le piégeage des rats de brousse, communément appelés Mbendé. Dans les forêts et plaines, ces petits gibiers sont devenus une véritable source de revenus pour une jeunesse qui refuse de baisser les bras.
Quand les entreprises ne tendent aucune perche aux jeunes diplômés, eux tendent leurs pièges aux Mbendés. À défaut de décrocher un contrat de travail, ils espèrent capturer quelques rongeurs pour assurer leur pitance quotidienne.
Dans cette activité, pas besoin de CV, de lettre de motivation ni d’entretien d’embauche. Il faut surtout connaître la forêt ou la plaine, savoir placer ses pièges et faire preuve de patience.
Ici, le recrutement se fait au bout du piège, et le salaire dépend du nombre de Mbendés capturés. Un jour, la récolte est bonne ; le lendemain, les pièges restent désespérément vides. Même le gibier semble parfois pratiquer la politique de l'austérité.

Pour ces jeunes, le piégeage est bien plus qu'une activité de subsistance : c'est une preuve de courage, de débrouillardise et de dignité. Ils refusent de rester les bras croisés face au chômage et cherchent, avec les moyens du bord, à gagner leur vie.
Mais derrière cette ingéniosité se cache une réalité préoccupante : pourquoi la forêt ou la plaine devient-elle le principal employeur de certains jeunes du Niari ?
La chasse au Mbendé à Dolisie, Mossendjo, Makabana, Kibangou, Divenié...permet de survivre, mais elle ne saurait remplacer les emplois, les formations et les opportunités économiques dont la jeunesse a besoin.
En attendant, les jeunes continuent de poser leurs pièges. Dans le Niari, certains cherchent du travail en faisant le tour des entreprises ; d'autres vérifient leurs pièges en forêt.
Quand le marché de l'emploi ne mord pas à l'hameçon, les jeunes du Niari préfèrent miser sur le piège à Mbendé. Et dans cette entreprise forestière, le patron est un rongeur qui ne signe aucun contrat.
Germaine MAPANGA / Les Echos du Congo-Brazzaville