À Brazzaville, la lumière joue parfois à cache-cache. Un coup elle est là, brillante et fidèle, et l’instant d’après, pouf ! Disparue, comme un rendez-vous oublié. Face à ces coupures d’électricité devenues presque une routine, Energie Electrique du Congo (E2C), sort du silence et pointe du doigt un coupable inattendu : le succès même de la ville.
De la rivière Djoué, au sud de la ville, à la rivière Ndjiri, au nord, sur plus d’une quarantaine de kilomètres, en passant par le centre-ville, de nombreux quartiers sont souvent privés de courant. Car oui, Brazzaville grandit. Et elle grandit vite. Très vite.
Quartiers qui s’étendent, maisons qui poussent comme des champignons après la pluie, climatiseurs qui ronronnent, congélateurs qui rêvent de gloire. Résultat : les installations électriques, elles, n’ont pas suivi le rythme. Les postes de distribution, censés alimenter tout ce petit monde, se retrouvent aujourd’hui dans la peau d’athlètes forcés de courir un marathon sans entraînement.

« Surchargés », dit la société. Traduction simple : trop de demandes, pas assez de capacité. Et comme si cela ne suffisait pas, certains équipements, faute d’entretien régulier, finissent par rendre l’âme. Un peu comme un vieux ventilateur qui décide, en pleine chaleur, de prendre une retraite anticipée.
Pendant ce temps, les habitants s’adaptent avec une créativité admirable. Entre les bougies improvisées, les groupes électrogènes qui toussent dans les parcelles et les téléphones chargés à la hâte dès que le courant revient (souvent à 3h du matin, parce que pourquoi pas), Brazzaville développe une véritable culture de la débrouille énergétique.
Mais derrière la résilience, la réalité reste sérieuse. L’électricité, ce n’est pas un luxe : c’est le moteur du quotidien. Écoles, hôpitaux, commerces, artisans… tous dépendent d’un courant stable. Et quand il vacille, c’est toute la ville qui ralentit, parfois jusqu’à l’arrêt.
Energie Electrique du Congo (E2C), promet des améliorations. Modernisation des infrastructures, renforcement des réseaux, meilleure maintenance… sur le papier, le courant devrait bientôt mieux passer. Reste à savoir si ces promesses seront suivies d’effet, ou si elles finiront, elles aussi, par s’éteindre en cours de route.
En attendant, à Brazzaville, on garde le sens de l’humour et une bougie à portée de main.
Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville