Un camion chargé en provenance de Dolisie et en partance pour Mossendjo, s’est renversé après l’effondrement soudain d’un pont vétuste, qui a cédé sous le poids du véhicule. L’accident s’est produit à hauteur du village Itsotso. Par-delà l’accident, c’est toute la fragilité du réseau routier congolais qui ressurgit, laissant voyageurs et marchandises à l’arrêt.
Le bilan de cet accident se résume à des contusions du personnel de bord du véhicule qui ont sauté avant que ne survienne l’accident. Par mesure de précaution, le franchissement de certains endroits dangereux tels les ponts vétustes ou des montées de côtes par temps de pluie, obligent de descendre les passagers qui suivent le véhicule à pied, pour y reprendre place une fois le danger dépassé.

Ainsi, aucune perte en vie humaine n’est à déplorer. Mais derrière ce soulagement s’est dessinée une autre réalité, plus silencieuse et tout aussi préoccupante : celle d’une route coupée net, d’un trafic paralysé et de passagers abandonnés à leur sort.
Très vite, la scène s’est transformée en impasse avec des véhicules, immobilisés de part et d’autre du pont effondré, et qui ont formé une file d’attente sans horizon.
Sur place, des dizaines de voyageurs, parfois avec enfants et bagages, tentaient de comprendre la suite de leur trajet.
Faute d’alternative, certains n’ont eu d’autre choix que de poursuivre leur voyage à pied, bravant près de 15 kilomètres restant pour atteindre Mossendjo.
Ce nouvel incident met en lumière une problématique récurrente : l’état de dégradation avancée de certaines infrastructures routières, souvent laissées sans entretien suffisant.
Il est bien loin, le temps où les cantonniers remettaient permanemment les routes en état.
Que dire des sociétés forestières qui aménageaient les ponts et recouvraient l’aire de roulement de latérite. Cela est à rechercher dans les manuels d’histoire. Encore que les sociétés forestières, surtout asiatiques, ne respectent leur cahier de charge dont certaines lignes comprennent l’entretien routier.
À Itsotso, comme dans d’autres zones du pays, les ponts vieillissants deviennent des points de rupture, où le moindre passage peut faire basculer la situation. Prendre la route surtout en saison de pluie devient une véritable odyssée. En bons croyants, les voyageurs s’en remettent à Dieu, car rien ne garanti d’arriver dans les délais et sans pépin, mais on y croit.
Cet accident, bien que sans victimes, pose avec acuité la question de la sécurité routière au Congo. Si l’état des infrastructures constitue un facteur déterminant, il ne saurait occulter d’autres réalités : surcharge des véhicules, absence de contrôle technique rigoureux, ou encore vitesse inadaptée aux conditions de la route.
La circulation routière ne peut reposer uniquement sur la prudence des conducteurs lorsque les routes elles-mêmes deviennent des pièges. Inversement, même les infrastructures les mieux entretenues ne sauraient compenser des comportements à risque.
Il devient ainsi urgent de repenser l’équilibre entre responsabilité individuelle et investissement public. Réhabiliter les axes stratégiques, renforcer les contrôles, sensibiliser les usagers : autant de leviers indispensables pour éviter que les routes, censées relier les hommes, ne deviennent des lignes de fracture.
C’est aussi cela, la libre circulation des personnes et des biens garantie par la constitution. Une évacuation sanitaire d’urgence de Mbinda ou Mossendjo vers Dolisie ou Pointe-Noire est quasiment de l’ordre du miracle car l’état de la route finirait par achever le malade.
Si naguère, les voyageurs disposaient de deux choix de transport, notamment la voie ferrée Comilog et la route, désormais, seule la route comble tous les besoins routiers, de Dolisie à Mbinda. Son état d’abandon se vit en chacun et en tous, tel un délaissement des populations qu’elle dessert et qui attendent un ressaisissement des instances de l’État.
Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville