Le paysage numérique gabonais vient de connaître un tournant majeur. La Haute Autorité de la Communication (HAC) a annoncé la suspension de tous les réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national, et ce, jusqu’à nouvel ordre. Une décision forte, assumée, qui suscite déjà de nombreuses réactions dans l’opinion publique.
Une décision exceptionnelle dans un contexte sensible
Selon la HAC, cette mesure vise à préserver l’ordre public, garantir la stabilité sociale et lutter contre la propagation de fausses informations susceptibles de troubler la quiétude nationale. À l’ère du numérique, où les plateformes sociales sont devenues des vecteurs puissants d’expression, mais aussi parfois de désinformation, les autorités entendent ainsi prévenir tout débordement.
Réunie en séance plénière à son siège du 286, avenue de la Libération, sous la présidence de Germain Ngoyo Moussavou, la HAC s’exprime sur « la diffusion récurrente sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques accessibles sur le territoire gabonais de contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux ». Elle parle d’atteintes « à la dignité humaine, aux bonnes mœurs, à l’honneur des citoyens, à la cohésion sociale, à la stabilité des Institutions de la République et à la sécurité nationale ». De tels agissements contreviennent, selon elle, à la loi n°019/2016 du 9 août 2016 portant Code de la communication.

L’organe de régulation évoque « la diffusion de propos diffamatoires et injurieux », « la propagation de fausses informations (fake news) susceptibles de troubler l’ordre public » ainsi que « la divulgation non autorisée de données personnelles ». La HAC affirme que ces faits constituent des infractions « sévèrement réprimées » par les textes en vigueur. Elle déplore également « l’indifférence » des grandes plateformes numériques et l’absence d’« une véritable volonté de modération ».
Si la liberté d’expression est garantie, l’institution rappelle qu’elle « ne saurait s’exercer en violation flagrante des lois nationales et internationales en vigueur ». Elle estime que les dérives observées sont susceptibles « d’engendrer des conflits sociaux, de déstabiliser les Institutions de la République et de mettre gravement en péril l’unité nationale ». C’est au regard de ces éléments qu’elle justifie « la suspension immédiate des réseaux sociaux sur le territoire national gabonais jusqu’à nouvel ordre ».
Cette suspension intervient dans un climat où la circulation rapide des contenus numériques peut amplifier rumeurs, manipulations et tensions. Les autorités rappellent que la liberté d’expression, pilier fondamental de toute démocratie, doit s’exercer dans un cadre responsable et respectueux des lois de la République.
Un impact immédiat sur la vie quotidienne
Pour de nombreux Gabonais, les réseaux sociaux ne sont pas seulement des outils de divertissement. Ils sont devenus des espaces d’information, de commerce, de communication familiale et professionnelle. Entrepreneurs, médias en ligne, créateurs de contenus et simples citoyens voient leur quotidien brusquement transformé.
Cette situation oblige désormais entreprises et institutions à privilégier d’autres canaux de communication plus traditionnels : radios, télévisions, SMS et presse écrite reprennent ainsi une place centrale dans l’écosystème médiatique national.
Entre sécurité et liberté : un débat relancé
La décision de la HAC relance naturellement le débat sur l’équilibre entre sécurité publique et libertés individuelles. Si certains saluent une mesure préventive jugée nécessaire pour maintenir la paix sociale, d’autres s’interrogent sur sa durée et ses implications à long terme.
Dans tous les cas, cette suspension marque un moment charnière dans la gestion de l’espace numérique au Gabon. Elle rappelle l’importance d’un usage responsable des technologies de l’information et la nécessité d’un encadrement adapté aux réalités contemporaines.
Vers quel avenir numérique ?
Alors que le pays s’adapte à cette nouvelle donne, une question demeure : comment construire un espace numérique à la fois libre, sécurisé et porteur de développement ?
Le Gabon, engagé dans sa transformation digitale, devra concilier modernité technologique et impératifs de stabilité. Une chose est certaine : cette décision de la HAC restera comme un épisode marquant dans l’histoire récente du numérique gabonais.
Germaine MAPANGA / Les Echos du Congo-Brazzaville
Photo : DR