La restitution de la dent de Patrice Lumumba concourt à une démythification de ce mythe (Alain Akouala)

L’histoire ne peut effacer ce qui s’est passé le 17 janvier 1961 au Congo-Belge par le rapatriement d’une dent de la honte… Une dent, seul reste de la dépouille du héros de l'indépendance, 61 ans après son assassinat, va faire le voyage ce mercredi 22 juin 2022 jusqu'au Congo, où doit avoir lieu une cérémonie d'inhumation, deux jours après la restitution par la Belgique à la République démocratique du Congo (RDC) de la dépouille de Patrice Lumumba, le premier Premier ministre congolais. Pour l’ancien ministre de la Communication chargé des relations avec le Parlement Porte-parole du Gouvernement congolais, Alain Akouala, la restitution de la dent de Patrice Lumumba concourt à une démythification de ce mythe.

«Pourquoi ai-je l’étrange sentiment que la restitution de la dent de Patrice Lumumba concourt à une démythification de ce mythe, qui s’est incrusté dans mon imaginaire depuis l’âge de 7 ans ? De plus l’absence de justice pour ce crime péché originelle de la RDC suscite un malaise », a écrit Alain Akouala sur son compte Twitter.

L'avion transportant depuis Bruxelles les restes du premier ministre de l'ex-Congo belge est attendu ce mercredi à Kinshasa pour une escale technique. Après un changement d'appareil, le cercueil et la délégation qui l'accompagne doivent s'envoler pour la province du Sankuru (centre), où naquit Lumumba en 1925, dans le village d'Onalua. Ce sera le début d'un périple de neuf jours dans le pays, qui fera étape dans des sites emblématiques de la vie de Patrice Lumumba et s'achèvera le 30 juin dans la capitale où, après un deuil national de trois jours, un mausolée accueillera une cérémonie d'inhumation.

Patrice Emery Lumumba est entré dans la légende le jour de la proclamation de l'indépendance du Congo, le 30 juin 1960, avec un discours aux mots très forts contre le racisme des colons. Dès le mois de septembre suivant, il était renversé, puis exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d'armes, Maurice Mpolo et Joseph Okito, par des séparatistes de la région du Katanga (sud), avec l'appui de mercenaires belges.

Son corps, dissous dans l'acide, n'a jamais été retrouvé.

Il a fallu des décennies pour découvrir que des restes humains avaient été conservés en Belgique, quand un policier belge ayant participé à la disparition s'en est vanté dans les médias. Une dent que ce policier avait en sa possession a été saisie en 2016 par la justice belge.

Contenue dans un coffret, elle a été placée dans un cercueil remis aux autorités congolaises lundi à Bruxelles en présence de la famille du leader assassiné, lors d'une cérémonie empreinte d'émotion.

Le premier ministre belge Alexander De Croo a renouvelé les «excuses» du gouvernement de Bruxelles pour sa «responsabilité morale» dans la disparition de Patrice Lumumba.

Il y a deux semaines, c'était le roi Philippe de Belgique, en visite pour la première fois en RDC, qui réitérait à Kinshasa ses «plus profonds regrets pour les blessures» infligées durant la colonisation.

Germaine MAPANGA / Les Echos du Congo-Brazzaville

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