Congo – Présidentielle : « Un tiens » vaudrait-il moins que « deux tu l’auras » pour Pascal Tsaty Mabiala ?

L’UPADS, parti dit d’opposition et dont le président Pascal Tsaty Mabiala, est de surcroît chef de file de l’opposition est absente de la présidentielle de dimanche 21 mars 2021, alors que le but de tout parti, c’est la conquête du pouvoir. Chose curieuse à plus d’un titre, l’UPADS n’a ni donné officiellement de consignes de vote, ni soutenu un candidat appartenant à la plateforme de l’opposition dont elle se revendique. Nous avons tenté d’analyser les desseins de cette attitude politique atypique.

Pour nombre d’observateurs de la vie politique congolaise, à défaut les militants et sympathisants de l’UPADS, l’absence du candidat de ce grand parti dans la course à la présidence de la république, est presque du domaine de l’incompréhensible.

Alors qu’il était censé être le porte étendard de l’opposition dans cette présidentielle où qu’il se serait investi, à défaut d’y participer, le parti de Pascal Lissouba est aux abonnés absents, et nul ne sait réellement pourquoi. Pourtant, Pascal Tsaty Mabiala n’est pas homme à prendre des décisions qui ne rapportent pas de dividendes politiques, seul but qui guide son action politique. De bonne guerre tout de même.

Parlons justement de la guerre, en ancien ministre de la défense, Pascal Tsaty Mabiala a l’expérience des forces en présence dans un conflit et sait pertinemment qu’il vaut mieux ne pas s’engager dans un conflit que l’on sait perdu à l’avance. Un conflit dans lequel le rapport de forces est des plus déséquilibrés. C’est simplement suicidaire. On y perd autant ses hommes, ses forces, son honneur que sa dignité, car battu à plate couture. Et il est souvent bien difficile de se relever pour affronter les batailles de l’après-guerre.

En fin stratège et surtout en homme prudent, Pascal Tsaty Mabiala a sans doute vu le mal de la défaite à la présidentielle de loin. Alors, plutôt que de boire le calice jusqu’à la lie, en perdant la présidentielle et les élections qui s’y succèdent, il a, dans une espèce de « donnant-donnant » non-clamé, conditionné son retrait de la présidentielle – ouvrant de facto un boulevard à Denis Sassou N’Guesso dans le grand Niari son fief, - à un échange de bons procédés avec le PCT, pour les prochaines législatives, afin de conserver sa fonction de chef de file de l'opposition. C’est de la réal-politique. Et pourvu que la partie contractante de l’accord tienne vraiment parole, « un tiens » dont on aura fait l’impasse à la présidentielle, sera compensé par les « deux tu l’auras » des législatives, presque déjà dans le sac.

Chef de file de l’opposition, Pascal Tsaty Mabiala l’est au regard du nombre de députés dont il dispose à l’assemblée nationale. Un numerus clausus acté par la situation peu amène de Parfait Kolelas et son UDH-Yuki, au moment de la désignation de ce personnage aux attributions constitutionnelles. Au regard du nombre de députés donnant droit à la fonction, on serait tenté de dire qu’entre le président de l’opposition pressenti et le président de l’opposition de fait, au regard du nombre de députés dont ils disposent chacun, les textes auraient tranché par défaut, eu égard à un flou juridique pour le pressenti. Mais en sera-t-il toujours le cas ?

Rien n’indique qu’au regard du raz de marée que son candidat est en passe de réaliser dans les fiefs traditionnels de l’UPADS pendant la présidentielle, le PCT manquera d’être reconnaissant vis-à-vis de l’UPADS qui l'y a laissé un boulevard, en lui permettant de disposer en retour, du nombre de députés qui feront la différence d’avec le concurrent immédiat qu’est l’UDH-Yuki, dans ce match intra opposition pour le siège de chef de file de l’opposition que Pascal Tsaty Mabiala entend conserver, avec tous les avantages qui s'y rapportent, à défaut de mieux.

En attendant un démenti de l’UPADS avec un argumentaire conséquent battant en brèche notre analyse, nous aurons au moins présenté notre vision des choses. Celle qui nous semble la plus réaliste dans la décision de l’UPADS. Auquel cas, Pascal Tsaty Mabiala ferait mieux de dissoudre le parti, son utilité politique étant désormais nulle, car sans perspective ni prospective, au contraire de ce que fut la vision politique de Pascal Lissouba son fondateur.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville

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