Jean-Claude Gakosso porteur d’un message secret de Sassou Nguesso à Joseph Kabila

Le ministre congolais des Affaires étrangères Jean-Claude Gakosso a traversé le pool-malébo pour Kinshasa mercredi. Il était porteur d’un message du président Denis Sassou Nguesso à son homologue de la RD Congo, Joseph Kabila Kabange.

Jean-Claude Gakosso missionné par le président Sassou auprès de son homologue Joseph Kabila, quoi de plus normal pour deux chefs d’Etats voisins dont les pays sont presque culturellement fusionnels.

Le communiqué tout aussi « diplomatique » à l’issue de ce voyage éclair fait état d’une « visite de travail visant à raffermir et à consolider les liens d’amitié et de fraternité qui existent entre les deux pays.»

Quand le ministre Jean-Claude Gakosso est reçu à huis-clos par le président Joseph Kabila Kabange et que la teneur du message dont il est porteur n’est pas révélée à la presse, là, les oreilles des journalistes se dressent tels ceux des chiens de chasse en alerte.

« Que contient donc ce message secret » ! Alors, chacun y va de son interprétation, pensant à tort ou à raison que tout ce qui est secret est conspirateur.

Pourtant, Raymond Tshibanda ministre des Affaires étrangères de la RDC s’interdit une quelconque surenchère. « Ces visites participent de la volonté d’échanges fraternels entre deux peuples et de remettre à flots les relations entre Brazzaville et Kinshasa. »

Des paroles du lexique diplomatique, marquées d’une pureté rassurante pour qui aimerait fouiner davantage. Raymond Tshibanda ne s’appelle t-il pas en réalité Raymond Tshibanda N'tunga Mulongo ?

« N'tunga Mulongo » en langue Kongo signifie bien « bâtisseur de pureté ».

Pureté du langage, oui, la même qui s’est lue dans les propos du ministre Jean-Claude Gakosso, le désormais globe-trotter de la diplomatie congolaise. « Il n’y a pas de nuages entre Brazzaville et Kinshasa. Nous vivons en symbiose. Ce qui peut se passer ici est vécu là-bas comme si c’était le même pays et vice-versa ».

Là, il est permis de creuser ou de décrypter. « Nuages » : « ce qui trouble la sérénité – menace plus ou moins précise ». Autant dire que ce symbolisme langagier a de quoi nous rappeler que dans une conversation de notables bantous, « les mots ne signifient toujours pas ce qu’ils représentent, mais ce qu’ils suggèrent, voire ce qu’ils créent. »

Au moment où le Congo-Brazzaville et la RD Congo entrent dans une période hautement sensible avec la présidentielle d’un coté et le dialogue « inter-congolais » de l’autre, il est de bons alois que les deux chefs d’Etats veillent à ce qu’aucune « menace plus ou moins précise » ne « trouble la sérénité » dans un pays comme dans l’autre.

Les questions de sureté et de sécurité se traitent à huis-clos. Quand elles ne sont pas purement militaires, ce sont les diplomates qui s’en chargent.

Brazzaville et Kinshasa ont souvent servi de base arrière à des dissidents politiques « hostiles » et la longue frontière fluviale et terrestre entre les deux pays, « comme si c’était le même pays », peut bien dissimuler une « menace plus ou moins précise » à même de « troubler la sérénité » dans un pays comme dans l’autre. Et pour prévenir ou écarter une menace d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit, il faut des actions concertées, des actions en « symbiose ».

Voila, tout est dit !

Bertrand BOUKAKA

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