La deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone s’est tenue mercredi 20 mai 2026, à Rabat au Maroc. Le Congo y a naturellement été représenté par le tout nouveau ministre des Affaires étrangères, Serge-Constant Bounda. Un cliché du ministre lors de cette conférence, le présente avec le drapeau rwandais devant lui. Une perspective visuelle dans la prise de vue d’un photographe qui n’a certainement pas interprété l’environnement du sujet au moment de valider son cliché et qui crée le buzz pulsé par l’ignorance de certains oiseaux de mauvais augure qui méconnaissent autant les us diplomatiques, protocolaires que photographiques.
L’usage diplomatique impose qu’au moment de prendre la parole dans une tribune internationale où les emblèmes nationaux sont dressés, que l’orateur s’assure que le drapeau de son pays est bien à sa place, devant lui. Ceux qui ont lancé la polémique sur le ministre Serge-Constant Bounda, méconnaissent sans doute ces règles élémentaires du protocole diplomatique.
Être bête c’est aussi un choix de vie pour ceux qui refusent de progresser et limitent le monde à leurs insuffisances.
Pour tout dire, c’est une question de protocole diplomatique. La règle est que le drapeau du pays hôte se place à la droite de l’orateur, donc à la gauche du public.
Pourquoi à droite ?
La "place d’honneur" est à droite. Dans la plupart des protocoles occidentaux, la droite est la position d’honneur. Elle vient de la tradition militaire et royale : le chef de file, le bras droit, le siège d’honneur à table.
Quand le président parle, le drapeau de son pays occupe cette place d’honneur. Le point de référence, c’est l’orateur, pas le public.
Quand deux chefs d’État se rencontrent, chaque drapeau est à la droite de son chef.
En gros, mettre le drapeau à droite de l’autorité, c’est dire : "Ici, c’est moi qui reçois, et c’est mon pays qui parle".
Ce rappel montre à ceux qui ont cru prendre le ministre Serge-Constant Bounda à défaut en l’affublant malencontreusement de toutes les traitrises inimaginables, que ce drapeau est celui du ministre rwandais assis à la gauche du ministre congolais.
Et si par mégarde, le drapeau rwandais avait été placé devant le ministre en lieu et place de drapeau congolais, en diplomate chevronné, le ministre qui n’est tout de même pas aveugle, l’aurait purement et simplement retiré et placé sous ses pieds, avant d’en dresser protestation aux autorités marocaines.
Rappelons que lors des déplacements pour des conférences du genre, que ce soit au niveau présidentiel que ministériel, la délégation a toujours dans ses bagages le fanion du pays ou le drapeau, au cas où une quelconque erreur venait à se produire. Les sportifs anticipent même en emportant avec eux des partitions et une version chantée de l’hymne national.
Et puis, soyons sérieux, les marocains sont trop professionnels pour se permettre pareil bourde, qui plus est dans une conférence internationale qui engage le crédit du royaume.
En zoomant ou élarrgissant la focale sur une image plus large, on voit bien le drapeau congolais devant le ministre Bounda, naturellement, il est à sa droite comme nous l’avons démontré.

Le ministre rwandais avec des lunettes, a bien le drapeau de son pays à sa droite, donc à gauche du ministre congolais.

Cette méprise illustrative qui a fait bondir les ignorants (excusez qu’on le dise sans insulter, mais c’est le seul mot qui s’y prête ) qui ont interprété une image, sans en analyser les contours, est simplement un problème de prise de vue que l’on ne saurait imputer au ministre Serge-Constant Bounda, même si dans toute représentation imagée, l’objet ne signifie toujours pas ce qu’il représente, mais ce qu’il suggère et surtout ce qu’il crée.
Sauf qu’il faut nuancer que dans le cas d’espèce, il s’agit d’une erreur de perspective de la part du photographe.
Rien de ce qui est décrit dans ce torchon faussement titré : ‘’Constant Serge Bounda serait-il le ministre des Affaires étrangères du Congo au service du Rwanda ?’’
Et si donc, celui qui interprète le cliché à un esprit étriqué et une propension à taper à tout va sur le Congo et ses autorités, on comprend aisément que l’interprétation d’une image s’apparente à un devoir hors sujet, faute de pousser bien loin la réflexion, induisant du coup d’autres personnes non averties dans une erreur qui résulte de sa méconnaissance de certains sujets. C’est triste !
« Maitriser la perspective c’est contrôler l’histoire de l’image » apprend-on aux étudiants en journalisme ou en cinéma, au moment d’aborder les chapitres sur la valeur des plans.
Une image parle d’une manière ou d’une autre, selon que l’opérateur de prise de vues se place dans une position ou une autre, de même que l’orientation de son appareil ou l’ouverture de sa focale.
Pourvue que l’auteur de ce pamphlet de mauvais goût s’inscrive au « cours d’adultes » option photographie. Cela lui évitera de manipuler faussement l’opinion à l’avenir, à partir d’une photo mal interprétée, même si dans le cas d’espèce le dicton chinois est clair : « on ne redresse jamais l’ombre d’un bâton tordu. »
Il est vrai qu’à l’heure des réseaux sociaux et surtout des blogueurs, tout le monde peut se dire journaliste, peut écrire et informer. Mais comment ?
On ne s’improvise pas journaliste. Le journalisme est un métier qui s’apprend. Il obéit à des règles. C’est une science qui comporte autant des codes qu’une méthodologie scientifique, pour éviter de dire n’importe quoi.
L’art d’informer ne se manipule pas avec légèreté et approximations car « l’information n’a pas de dimension morale. Elle est comme un couteau. Armez-en un chirurgien et un assassin, chacun s’en servira différemment », est-il toujours rappelé aux étudiants en journalisme, ceux qui a font école et qui savent que l’information est une substance très volatile, susceptible d’exploser et de faire d’énormes dégâts, selon qu’on la manipule de telle ou telle autre façon.
Un bon journaliste ne publie pas une info parce qu’elle "sonne vrai". Comme cette image, si on n’y prend garde. Il cherche des sources, confronte les versions, cherche ce qui pourrait prouver qu’il a tort. C’est l’équivalent du test expérimental : "Si mon hypothèse est fausse, comment je le vois ?"
Le cliché vu comme tel est faux. N’étant pas un bon journaliste, à défaut de l’être simplement, l’auteur de l’article, s’il faut le nommer ainsi, s’est lancé tête baissée dans la vindicte, comme un piètre élève qui traite une dissertation dont il n’a pas compris toutes les subtilités qui se cachent dans le sujet.
Quand une science se trompe, elle publie un erratum. Un journal sérieux fait un rectificatif. C’est la même logique d’auto-correction. Mais, qu’en sera-t-il des colporteurs du faux ?
L’interprétation assassine du cliché sur lequel apparait le ministre Serge-Constant Bounda dans l’axe d’un drapeau rwandais et sur lequel un développement erroné a été fait par les spécialistes de l’incurie, montre bien que les assassins du verbe déguisés en journalistes, rodent à l’affut de tout sujet à travestir.
Heureusement que nous sommes souvent là pour les démasquer et les confondre.
Demeurez serein monsieur le ministre. Ce ne sont nullement les chants de sirènes qui vous feront déviez de votre cap.
Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville