Quand la nature éclaire les chemins de l’Afrique : entre sagesse ancestrale et choix d’avenir (Par Jean-Jacques Jarele SIKA)

Des corbeaux et renards de Château Thierry en France, qui inspirèrent Jean de La Fontaine dans ses fables intemporelles, aux majestueuses termitières des Plateaux et de la Cuvette qui nourrissent la réflexion de l'écrivain chercheur congolais de renommée internationale, le Dr Michel Innocent Peya dans son œuvre "Entre le bon sens et l’alternance absolue : l’Afrique à la croisée des chemins", la nature apparaît comme une école universelle, silencieuse mais profondément éclairante.

Depuis toujours, les grands penseurs ont observé la nature pour mieux comprendre l’homme. Chez La Fontaine, les animaux deviennent les porte-voix des faiblesses humaines : orgueil, naïveté, ruse ou imprudence. Ses fables, simples en apparence, révèlent des vérités complexes sur les comportements sociaux et les rapports de pouvoir.

Cette tradition d’observation, loin d’être limitée à l’Europe, trouve un écho puissant en Afrique.

Sur le continent africain, et plus précisément au Congo-Brazzaville, la nature n’est pas seulement contemplée : elle est vécue, intégrée, interprétée comme une source de savoir.

Les termitières, par exemple, ne sont pas de simples constructions d’insectes. Elles incarnent une organisation collective remarquable, une discipline rigoureuse et une intelligence distribuée. Chaque termite joue son rôle avec précision, contribuant à l’équilibre d’un ensemble plus grand que lui.

C’est cette symbolique que mobilise Michel Innocent Peya pour interroger le destin de l’Afrique. À travers l’image des termitières, il invite à réfléchir sur la nécessité d’unir les forces, de privilégier l’intérêt collectif et de bâtir des systèmes solides, durables et adaptés aux réalités locales.

Son œuvre pose une question essentielle : l’Afrique doit-elle suivre des modèles imposés ou inventer ses propres alternatives, en s’appuyant sur son bon sens et ses valeurs ?

Aujourd’hui plus que jamais, cette interrogation résonne avec force. Le continent est à un tournant décisif. Entre pressions extérieures, défis économiques et aspirations de sa jeunesse, il lui faut choisir une voie claire.

Et si les réponses ne se trouvaient pas uniquement dans les modèles importés, mais aussi dans cette sagesse naturelle, patiemment observée et transmise ?

La nature enseigne des principes fondamentaux : la coopération, l’adaptation, la résilience et la vision à long terme. Des principes souvent négligés dans la gestion des sociétés modernes, mais pourtant essentiels à tout développement durable. En ce sens, elle ne propose pas un retour en arrière, mais une base solide pour avancer autrement.

Le livre « Entre le bon sens et l’alternance absolue : l’Afrique à la croisée des chemins » de Michel Innocent Peya est un essai politique et philosophique centré sur la manière dont l’Afrique doit penser sa démocratie et son développement. L’auteur remet en cause une idée souvent présentée comme universelle : l’alternance politique (changer de dirigeants régulièrement).

Selon lui, en Afrique, chercher l’alternance pour l’alternance peut être dangereux, car cela peut conduire : à l’instabilité, au chaos, voire à l’effondrement de l’État. Il s’appuie sur des exemples comme la Libye, l’Irak ou certains pays africains où des changements brusques de pouvoir ont provoqué des crises.

Le “mythe de la termitière” (idée centrale du livre)

L’image la plus forte du livre est celle de la termitière : Une termitière fonctionne grâce à une organisation stable autour d’une reine. Si cette reine est chassée brutalement, tout le système s’effondre → chaos.

Pour Michel Innocent Peya, c’est une métaphore des États africains : renverser brutalement un leader peut détruire l’équilibre social et politique.

Une critique de la démocratie “importée”

L’auteur estime que : la démocratie occidentale est souvent copiée sans adaptation en Afrique, elle ne correspond pas toujours aux réalités culturelles et historiques africaines. Il appelle donc à une “démocratie à l’africaine”, fondée sur : les valeurs locales, le bon sens, la stabilité, et les réalités socioculturelles.

Le triomphe du bon sens face au mirage de l’alternance absolue

La récente réélection du Président Denis Sassou Nguesso, avec 94,82 % des voix, s’inscrit dans une dynamique claire : celle d’un peuple qui, loin des slogans creux, a choisi la stabilité, l’expérience et la continuité. À travers ce plébiscite, les Congolais ont exprimé une conviction profonde : le changement ne vaut que s’il est porteur de progrès réel, et non une alternance automatique érigée en dogme.

Dans un contexte africain marqué par des mutations politiques parfois brutales, cette décision résonne comme une réponse lucide aux incertitudes. Elle rappelle les thèses développées dans l’ouvrage « Entre le bon sens et l’alternance absolue, l’Afrique à la croisée des chemins », qui interroge la pertinence d’un renouvellement systématique du pouvoir au détriment de l’efficacité et de la cohérence des politiques publiques.

Le Congo a ainsi fait le choix du pragmatisme. En reconduisant un leadership expérimenté, les électeurs ont privilégié une vision inscrite dans la durée, capable de consolider les acquis et d’affronter les défis à venir avec méthode.

Au-delà des chiffres, ce scrutin incarne une orientation politique assumée : celle du bon sens, où la maturité démocratique s’exprime non pas dans l’alternance à tout prix, mais dans la capacité à choisir, librement, ce qui semble le mieux servir l’intérêt général.

De Château Thierry  en France à la Cuvette et aux Plateaux au Congo-Brazzaville,  des fables classiques aux essais contemporains, un message commun se dessine : comprendre la nature, c’est mieux comprendre l’homme et mieux orienter ses choix.

L’Afrique, riche de ses ressources humaines et culturelles, possède en elle-même les clés de son avenir. Encore faut-il savoir les observer, les comprendre… et surtout, les mettre en pratique.

Jean Jacques Jarele Sika / Les Echos du Congo-Brazzaville