Dans une lettre adressée au chef de file de l’Opposition politique congolaise, Pascal Tsaty-Mabiala, le 2 février, le président du Parti républicain et libéral (PRL), Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes, a annoncé, le retrait de son parti de ce cartel politique.

«Cette décision, mûrement réfléchie, fait suite à l’inadéquation de nos vues idéologiques et autres désaccords stratégiques d’approches politiques ». C’est par ces termes qu’ Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes justifie son retrait du bloc politique de l’opposition.
Même si le président du PRL ne va pas bien loin dans sa logique descriptive des causes du retrait, deux concepts clé en induisent à tout le moins le référencement. « L’inadéquation de vues idéologiques » et les « désaccords stratégiques d’approches politiques ».
À propos de l’inadéquation de vues idéologiques
L’UPADS, parti dit d’opposition et dont le président Pascal Tsaty Mabiala, est de surcroît chef de file de l’opposition est absente de la présidentielle du 15 mars 2026, alors que le but de tout parti, c’est la conquête du pouvoir.
Chose curieuse à plus d’un titre. Même si la campagne présidentielle n’est pas encore lancée, l’UPADS ne semble pas décidée de donner officiellement des consignes de vote, ni de soutenir un candidat appartenant à la plateforme de l’opposition dont elle se revendique, ce qui constitue une véritable inadéquation idéologique, notamment pour les autres partis de la plate-forme, abandonnés au milieu du gué par celui qui était censé être leur guide. Pourtant, les choses semblent claires pour l’UPADS ou tout au moins pour Pascal Tsaty Mabiala, n’en déplaise à ses amis de l’opposition.
Parfois, ‘’un tiens’’ vaut moins que ‘’deux tu l’auras’’
« Un tiens » vaudrait moins que « deux tu l’auras » pour Pascal Tsaty Mabiala qui mise plutôt sur les législatives que sur la présidentielle.
Et pour cause : Pascal Tsaty Mabiala n’est pas homme à prendre des décisions qui ne rapportent pas de dividendes politiques, seul but qui guide son action politique. De bonne guerre tout de même.
Parlons justement de la guerre, en ancien ministre de la Défense, Pascal Tsaty Mabiala a l’expérience des forces en présence dans un conflit et sait pertinemment qu’il vaut mieux ne pas s’engager dans un conflit que l’on sait perdu à l’avance. Un conflit dans lequel le rapport de forces est des plus déséquilibrés. C’est simplement suicidaire. On y perd autant ses hommes, que ses forces, son honneur et sa dignité, car battu à plate couture. Et il est souvent bien difficile de se relever pour affronter les batailles de l’après-guerre.
En fin stratège et surtout en homme prudent, Pascal Tsaty Mabiala a sans doute vu le mal de la défaite à la présidentielle de loin. Alors, plutôt que de boire le calice jusqu’à la lie, en perdant la présidentielle et les élections qui s’y succèdent, il a, dans une espèce de « donnant-donnant » non-clamé, conditionné son retrait de la présidentielle – ouvrant de facto un boulevard à Denis Sassou N’Guesso dans son fief électoral, - à un échange de bons procédés avec le PCT, pour les prochaines législatives, afin de conserver sa fonction de chef de file de l'opposition. C’est de la réal-politique.

Et pourvu que la partie contractante de l’accord tienne vraiment parole, « un tiens » dont on aura fait l’impasse à la présidentielle, sera compensé par les « deux tu l’auras » des législatives, presque déjà dans le sac, avec un nombre de députés conséquents pour endosser à nouveau le costume de ‘’chef de file de l’opposition’’ qui lui va si bien.
Pascal Tsaty Mabiala, corps amphotère?
En agissant en « corps amphotère’’, Pascal Tsaty Mabiala dont le parti compte du reste au moins un ministre au gouvernement qui n’est pas d’union national, brouille le message idéologique, envoyé aux autres composantes de la plate-forme de l’opposition. Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes se serait-il offusqué de la ‘’filouterie’’ politique de Pascal Tsaty Mabiala ?
Chef de file de l’opposition, Pascal Tsaty Mabiala l’est au regard du nombre de députés dont il dispose à l’assemblée nationale. Un numerus clausus acté par la situation peu amène de l’UDH-Yuki, au moment de la désignation de ce personnage aux attributions constitutionnelles. Au regard du nombre de députés donnant droit à la fonction, on serait tenté de dire qu’entre le président de l’opposition pressenti et le président de l’opposition de fait, au regard du nombre de députés dont ils disposent chacun, les textes auraient tranché par défaut, eu égard à un flou juridique pour le pressenti. Mais en sera-t-il toujours le cas ?
Rien n’indique qu’au regard du raz de marée que son candidat est en passe de réaliser dans les fiefs traditionnels de l’UPADS pendant la présidentielle du fait de la non participation de Pascal Tsaty Mabiala à la présidentielle, le PCT manquera d’être ‘’reconnaissant’’ vis-à-vis de l’UPADS qui l'y aura laissé un boulevard, en lui permettant de disposer en retour, du nombre de députés qui feront la différence d’avec le concurrent immédiat, dans ce match intra opposition pour le siège de chef de file de l’opposition que Pascal Tsaty Mabiala entend conserver, avec tous les avantages qui s'y rapportent, à défaut de mieux. En agissant ainsi, Pascal Tsaty Mabiala jouerait en solo, au nez et à la barbe de ses amis de l’opposition. Une trahison en règle qu’Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes semble dénoncer, sans le dire, mais dont il tire les conséquences.
Les désaccords stratégiques d’approches politiques
Bien malin, qui positionnerait véritablement l’UPADS sur l’échiquier politique congolais. Au regard de la configuration dudit paysage, l’UPADS est partout et nulle part à la fois. Avec un ministre qui de surcroit siège dans les instances du parti, l’UPADS a en toute logique cessé d’être un parti d’opposition. Or, son président est le chef de l’opposition. Cette absence de lisibilité crée des désaccords manifestes d’avec les autres partis dit de l’opposition, qui ne savent plus où se placer, même si dans ce cas de figure, Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes ne joue pas bien loin de Pascal Tsaty Mabiala. Au moins, son retrait appelle à une clarification, de la part de l'UPADS.
Une chose est au moins sûre, au regard de ses errements et de sa politique équilibriste, l’UPADS de Pascal Tsaty Mabiala a une utilité politique désormais nulle, car sans perspective ni prospective, au contraire de ce que fut la vision politique de Pascal Lissouba son fondateur. Et l’opposition dont il se prévaut n’est pas moins qu’un navire sans boussole, et sans cap.
Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville