Sur les axes routiers du Congo, notamment sur la RN2, reliant le nord du pays à Brazzaville, une scène devenue presque banale continue pourtant de choquer les consciences : celle du transport des animaux dans des conditions souvent difficiles et indignes.
Le long calvaire des animaux avant d’arriver dans nos assiettes. Sur la RN2, une réalité souvent ignorée se déroule sous les yeux des voyageurs : les conditions de transport des animaux destinés à la consommation sont parfois extrêmement préoccupantes.

Il n’est pas rare de croiser des véhicules transportant des animaux attachés ou entassés dans des positions inconfortables. Parfois, des singes sont ligotés aux rétroviseurs ou sur les toits des véhicules, ballotés par le vent et la poussière, tandis que des cochons sont entassés à l’arrière de camions ou de pick-up, soumis à un long voyage sans nourriture ni eau. Ces animaux parcourent des centaines de kilomètres avant d’arriver dans la capitale.

Pourtant, ces mêmes animaux se retrouvent ensuite sur les étals des marchés de Brazzaville ou dans les cuisines des restaurants et des maisons. Ils deviennent des produits de consommation, sans que l’on se pose toujours la question des conditions dans lesquelles ils ont été transportés et traités.
Au-delà de l’émotion que peuvent susciter ces images, la question est aussi sanitaire et éthique. Des animaux stressés, affaiblis par la faim, la soif et la fatigue peuvent présenter des risques pour la qualité de la viande consommée.

Plusieurs spécialistes rappellent que le bien-être animal influence directement la santé publique et la qualité alimentaire. Un animal transporté dans de meilleures conditions — nourri, abreuvé et protégé du stress — garantit non seulement un traitement plus digne, mais aussi une meilleure qualité de viande pour les consommateurs.
Face à cette réalité, de plus en plus de voix s’élèvent pour appeler à une meilleure réglementation et à une prise de conscience collective.

Le transport des animaux destinés à l’alimentation ne devrait pas rimer avec souffrance ou maltraitance. Des solutions existent : cages adaptées, pauses pour l’abreuvement et l’alimentation, formation des transporteurs et contrôle des autorités compétentes.
Dans un pays où la nature et la faune occupent une place importante dans la culture et l’économie, la question du respect des animaux devient aussi celle de la responsabilité citoyenne.
La RN2 continuera longtemps encore à alimenter la capitale en produits venus de l’intérieur du pays. Mais demain, peut-être, ces trajets pourraient aussi devenir le reflet d’une nouvelle conscience : celle d’un développement qui respecte davantage le vivant tout en garantissant la sécurité alimentaire de tous.

Améliorer les conditions de transport des animaux, c’est protéger la dignité du vivant, mais aussi préserver la qualité de ce que nous consommons. Car au bout de la route, derrière chaque assiette servie à table, il y a une histoire. Et sur la RN2, artère vitale reliant plusieurs localités à Brazzaville, beaucoup espèrent que cette histoire puisse un jour commencer par un peu plus de respect et d’humanité.
N'oublions pas, la manière dont une société traite les animaux, même sur le chemin des marchés, en dit souvent long sur les valeurs qu’elle choisit de défendre.
Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville