Se déplacer à Brazzaville et à Pointe-Noire relève d’un véritable « parcours du combattant », pour les usagers des transports en commun. La difficulté est encore plus grande, si on habite les quartiers périphériques. Entre les routes défoncées et saturées dont le manque de fluidité allonge la durée des trajets, les difficultés d’approvisionnement en carburant qui font monter les prix pour des commerçants en quête de profit et la quasi absence de société étatique de transport en commun viable, les populations sont abandonnées à leur triste sort dans l’indifférence des pouvoirs publics sensés régir le secteur.
La Constitution congolaise de 2015 dit dans son préambule que « l'Etat doit assurer le bien-être et le développement de tous. »
Le transport en commun est une des missions fondamentales de l’État, en matière de bien-être devant assurer le développement. Ce n'est pas une faveur, c'est un devoir.
Le transport, c'est le droit d'aller travailler, d'aller à l'école, d'aller à l'hôpital, d’aller au marché ou dans tout autres lieux qui définissent le contrat social.
Si on bloque le transport, on bloque tous les autres droits. C'est pour cela qu'on l'appelle un service public.
C'est pourtant simple. Il est exigé des citoyens, de respecter la loi en payant les taxes et autres droits. En échange, l'État a obligation de leur garantir la sécurité, la justice, la santé, l'éducation... et la mobilité.
Or en matière de mobilité, beaucoup de congolais se demandent la raison d’être du département ministériel des Transports, tant son apport dans le quotidien du plus grand nombre est presque nul.
Quand l'État laisse le transport en commun à 100% au privé sans le contrôler, il rompt le contrat social. Le privé, lui, cherche le profit, pas l'intérêt général. D'où le phénomène du demi-terrain qui pour lui est rentable et pour le citoyen, une punition.

Aujourd'hui, un constat est constant à Brazzaville et Pointe-Noire, l'État a démissionné de son rôle de régulateur des transports urbains.
Il n'y a presque plus de bus publics. Les quelques bus qu'on appelle "Mal-à-l'aise" entassent les gens comme des sardines. 95% du transport est fait par des minibus privés (coasters, Hiace) et des taxis.

Les arrêts de bus sont bondés le matin et le soir. Certains attendent une heure ou plus. Cela occasionne des retards au travail pour les fonctionnaires et les agents du privé. Ce n’est assurément pas la modification des heures de début de travail qui y changera quelque chose.
En soirée, les véhicules deviennent très rares. Le taxi officiel à 1000 FCFA est passé officieusement à 1500 FCFA avec trois à quatre clients différents dans le même taxi.

Le constat est plus que désolant aux heures de pointe, de voir les citoyens s’entasser jusque dans les véhicules de travaux publics, faute mieux. C’est le lot quotidien des habitants de Djiri, Kintélé, Lifoula, Madibou, Kombé ou Nganga-Lingolo, Ngoyo, Tchimbamba ou Siafoumou.

Oui, exiger un bon transport, ce n'est pas demander la charité. C'est demander à l'État de faire son travail.
Même si la nouvelle excuse consiste à dire que l’État n'est pas obligé de tout faire lui-même, il doit à l’évidence organiser et contrôler. C’est-à-dire : Réguler. Cela consiste à fixer et faire respecter le prix 150 FCFA c'est la loi, pas 300 FCFA, comme il est désormais de coutume et interdire le morcellement des trajets.
Investir. Il est un impératif viable, de remettre dans le circuit des bus d'État en nombre suffisant. Brazzaville et Pointe-Noire, des villes de plus d’un million d'habitants ne peuvent pas fonctionner avec de fantomatiques sociétés étatiques de bus, avec un parc automobile quasiment nul.

Aménager. Cela consiste à réparer les routes, à créer des arrêts de bus dignes, voire des couloirs pour fluidifier le trafic des bus.
Subventionner. Il s’agit d’aider en prix du carburant ou les pièces détachées, les transporteurs privés, devenus cache-misère de l’État démissionnaire, en échange du respect des règles, notamment les itinéraires complets et des prix homologués.
D’autres retorqueront qu’une solution a été trouvée à travers les mototaxis. C’est plutôt une forme d’ersatz, même si là où le bus ne va pas, le mototaxi y va.
Les conducteurs desdits mototaxis y sont arrivés en toute improvisation, avec une méconnaissance du code de la route, ce qui occasionne des accidents fréquents.
C'est le problème numéro 1. À l'hôpital Adolphe Sicé à Pointe-Noire et au CHU de Brazzaville, plus de 60% des urgences traumatiques sont des conducteurs de mototaxis et leurs passagers.

Souvent pas de casque pour le client, deux à trois passagers sur une moto, des slaloms dangereux entre les voitures. C’est presque devenu une habitude pour les mototaxis de rouler sur les trottoirs, à contre-sens ou de griller les feux. Une anarchie dont on s’accommode, faute de mieux.
Que dire des conditions d’hygiène, avec ces casques devenus obligatoires, mais qui sont en fait des vecteurs de transmission de maladies à travers la sueur que chaque passager y dépose. Quant à la propreté de la tenue de certains conducteurs, cela ouvre une autre dimension, sans parler des odeurs corporelles.
Et si l’État prenait ses responsabilité ?
Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville