Critique du film « Presque » avec Bernard Campan et Alexandre Jollien : Peut-on vivre heureux et profiter de la vie en attendant la mort ? (Par Doris Mandouélé)

Bernard Campan encore aujourd’hui nous surprend, mais cette fois pas comme on l’entend ! « Presque » est avant tout un film sur la singularité de chacun, sur le corps, l'amour et l'amitié. Un long métrage tourné entre Lausanne et la France qui a toutefois donné le goût du jeu au philosophe valaisan : « Je rêverais d'incarner le rôle d'un handicapé psychopathe méchant. Cela aurait un côté thérapeutique et montrerait que la souffrance ne fait pas que des saints ».

«Presque » est un film réalisé par Bernard Campan (ex-inconnu) et Alexandre Jollien, sorti en salles le 19 janvier 2022. Amis dans la vie depuis plusieurs années, les deux hommes présentent une comédie fine et délicate sur le handicap. Ce film est un art entier.

Louis (Bernard Campan), travaille dans une entreprise de pompes funèbres, et Igor, lui, (Alexandre Jollien) handicapé physique est employé, livreur ambulant pour un magasin bio. Les deux personnages vont « se rencontrer » à la suite d’un accident de la route. Ils ne se connaissent que très peu, semblent n’avoir rien en commun pourtant, il va naitre entre eux, une histoire d’amitié. A la suite de cet accident, Ils vont décider de faire un long voyage de Lausanne jusque dans le sud de la France dans le corbillard de Louis contenant la dépouille d’une femme et les cendres d’un proche. Ce périple va changer leur existence.

Qui sont les handicapés de notre société ?

« Presque » ne parle pas seulement du handicap mais aussi et surtout de la vie en général avec tout ce qu’elle peut regrouper : la simplicité, l’amour, l’amitié, la solitude, le respect, la bienveillance et le courage. Igor atteint d’infirmité cérébrale, touchant, aborde le handicap sans tabou. Le personnage d’Igor présente un homme ayant un esprit vif, libre et censé « boqué » cependant par son handicap qui le fait naviguer dans la société. Louis est lui plus virulent, agressif, nerveux, et non satisfait de sa vie. Aussi, entre les deux hommes ont peut se demander qui est réellement handicapé !

Vivre pour ne pas mourir

Les deux hommes tentent de trouver un sens à leur vie. Ils mettent aussi en avant le concept du « bien vivre ensemble », reposant sur le respect des uns envers les autres, mais aussi l'acceptation de la pluralité des opinions, des interactions, et des relations bienveillantes.

« On est tous embarqué comme dans un train, on ignore tous notre destination mais on est à bord » (Igor).

Un très bon film riche en émotions : Emouvant, attachant, troublant, drôle à voir et revoir.

Doris Mandouélé, sociologue, écrivaine

banner