Quand la musique renoue les cœurs blessés : KASSAV, un groupe qui a pu relier les Antilles à l’Afrique ! (Par Doris Mandouélé)

La musique est un médicament qui serait prescrit pour soigner de longues et douloureuses maladies. Alors, il est vrai que lorsqu’on parle de musique classique ou jazzy par exemple on dit souvent qu’elle adoucit les mœurs, qu’elle apaise, tranquillise, calme. Mais si l’on entre dans un type plus spécifique comme la musique Antillaise ou Africaine, on verra surtout des personnes qui seront propulsées, avec une virulente envie de bouger, danser et pour certains même d’entrer en transe. Mais comment se groupe KASSAV s’est-il imposé de manière universelle sur tous les continents ? Comment KASSAV a-t-il pu, à travers cette musique « zouk » qu’on pourrait qualifier de « rock tropical », dépasser les caraïbes et s’imposer dans le monde entier, pour faire chanter et danser les corps et les cœurs ?

La naissance d’un groupe : KASSAV

Le Zouk tel qu’on le connait aujourd’hui est né en 1979 avec le groupe KASSAV. La musique antillaise existait déjà évidemment, mais il s’agissait plutôt de biguine, ou musique folklorique. KASSAV a été le premier groupe qui parlait de la vie en général ou même pour être plus juste de la vie en profondeur car le groupe avait osé exprimer des sentiments en créole tel que l’Amour, l’Amitié, la Maladie, la Mort. C’était en réalité des chansons à texte que le groupe KASSAV avait courageusement servi à son public. En nous replaçant dans le contexte des années 60-70, il faut insister sur le fait qu’il était interdit de parler créole à la maison. Effectivement, les parents ne souhaitaient pas que leurs enfants utilisent cette langue, leur langue natale, car pour réussir dans la société et sortir de la condition ouvrière, il fallait maitriser le français. Alors dans les familles antillaises on échangeait en Français, c’était la réalité de cette époque. Mais la musique avec KASSAV, fièrement et avec succès a su dépasser ça.

L’aventure commence avec Pierre-Edouard Décimus, auteur, compositeur, qui souhaite donner un coup de jeunesse à la musique traditionnelle antillaise. A l’origine KASSAV c’est une petite famille qui au cours des années s’est agrandit. Pour Pierre-Edouard Décimus, l’objectif était bien clair : « Il fallait donner une pointe de sagesse mais surtout de jeunesse et vigueur aux vieilles musiques traditionnelles des Antilles ». Tout a commencé précisément en 1979 avec leur premier album, intitulé « Love and Ka Dance ». Puis les membres se sont ajoutés petit à petit dans le groupe, Jean-Philippe Marthély, Jacob Desvarieux, Jean-Claude Naimro, Patrick Saint Eloi, et une femme aussi, Jocelyne Béroard puis des instrumentistes camerounais, franco-Algériens se sont greffés à KASSAV. Ce mélange allait créer une explosion musicale.

Que signifie KASSAV ?

Des Antilles à l’Afrique en passant par la Russie et le Japon, KASSAV a été le premier groupe antillais à faire trembler la Terre par sa musique envoutante. KASSAV, dans sa quête d’identité, décide de porter ce nom en référence à cette galette de manioc qui vient aussi d’Afrique dans laquelle on a rajouté une pincée de sucre. Il y avait déjà là une volonté de réunification.

Les influences musicales

Au-delà d’une apparente simplicité qui a fait son succès, le groupe KASSAV ne s’est pas laissé réduire à une formule stéréotypée. En effet cette musique n’est pas du n’importe quoi !!! Le zouk de KASSAV allait réussir à mélanger différents styles, d’inspiration antillaise et tirer ses influences du rock, jazz, pop musique, meringué, calypso et musique haïtienne. La volonté en créant se groupe était de revisiter ce que les ainés avaient laissé, c’est-à-dire la biguine et le Gwoka (genre musical de la Guadeloupe). Pari réussi KASSAV allait conquérir le monde.

« La conquête du Monde »

Aussi son succès a été lié à ses différentes tournées. KASSAV a joué sur les cinq continents. Il a donné des concerts au Sénégal, au Congo-Brazzaville à Kinshasa, aux États-Unis, au Japon et même en URSS. Et c’est ainsi qu’il est devenu le premier groupe « noir » à jouer dans le monde. KASSAV a su faire bouger et transformer les mentalités.

La profondeur d’un style musical

Ecoutez et même sans comprendre les paroles vous sentirez. En vous penchant légèrement vous pourrez vous laisser porter par le bruit des tam-tams, qui raisonnera cette fois avec d’autres instruments pour faire une explosion symphonique. KASSAV sans le savoir allait aussi réunir et réconcilier les Antilles et l’Afrique.

Alors que pendant des années, il se faisait une distinction entre les antillais et les africains, le zouk de KASSAV allait servir de ponts de réconciliation. La musique avait alors gagné, guadeloupéens, martiniquais, guyanais, réunionnais et africains dansaient tous sur cette même musique qui au final les réunissaient.

Retour aux sources

En parcourant l’Afrique KASSAV a su guérir les blessures de l’esclavage, par la musique, des humains séparés se sont retrouvés, les Antilles et l’Afrique ne faisaient alors plus qu’un seul et même bloc !!! Malades de leur déracinement, à travers « ZOUK LA SE SEL MEDIKAMAN NOU NI » chanson qui a connu un franc succès, beaucoup de cœurs blessés ont été soigné.

Le Zouk est une musique entière car elle vient des tripes, soit on l’aime, ou on la déteste mais on ne peut y rester indifférent. KASSAV à travers sa musique a gagné un combat celui de la réconciliation d’un peuple, et il a su renouer une humanité déchirée.

Jacob, repose en paix

Aujourd’hui, l’un des piliers du groupe KASSAV, Jacob Desvarieux, n’est plus de ce monde, il a joué pour nous, avec Amour et passion, puis s’en est allé.

Petit, sa maman lui avait offert une guitare. Il aurait préféré un vélo, avait-il confié lors d’une interview !!! En ce qui nous concerne nous disons « Merci maman » car grâce à elle tu nous as fait voyager.

Et puis, de là où tu es, nous ferons tout, pour que ta musique continue de guérir des cœurs meurtris. Merci à toi.

Repose en paix JACOB !

Hommage à Jacob Devarieux, Doris Mandouélé, sociologue

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