Kouilou : plusieurs villages baignent dans le noir alors qu’ils abritent des infrastructures de production d’énergie

Il fait toujours noir au pied du phare. Ce proverbe véhicule l'idée selon laquelle on fait bien pour les autres, ce que l'on fait mal pour soi même. Et il produit aujourd’hui ses effets dans le département du Kouilou. Une révolution silencieuse se prépare. Dans les villages isolés de ce département et pauvre en énergie les habitants de Tchicanou, Bondi, Mboukou, Mboubissi, Loemé Nangama, Tchikatanga, Tandou Milomba, Ntoto Siala, Hinda, Tchimbouissi, Tchikoulou, Loango, Mengo… exigent leur droit à l’électricité. Ils affirment que l’électricité est un bien national ; et que tout le monde doit y avoir droit. Les fonds sociaux provisionnés par certaines sociétés pétrolières dans le cadre des contrats de partage de production sont pourtant disponibles pour mettre fin à cette injustice énergétique. Mais, les pouvoirs publics trainent à les mobiliser faute de volonté politique.

Le secteur de l’énergie congolais se caractérise par un faible niveau d’accès à l’électricité et une consommation énergétique par habitant parmi les plus basses au monde avec des disparités importantes entre les zones urbaines et rurales.

Dans les bus, et autres ‘’ngandas’’, ce manquement est interprété par les populations, comme une indifférence du gouvernement à l’égard des populations.

Pourquoi se poser la question de la prise en compte de la demande des populations dans la définition des programmes d’accès aux services essentiels ? Qu’il s’agisse de contextes ruraux dispersés ou de contextes urbains denses, les projets de desserte en eau ou en électricité reposent de toute évidence sur le constat - pour la grande majorité des cas - de besoins urgents à combler.

La société TOTAL Energie exploite le terminal pétrolier de Djeno depuis près de 50 années. Pourtant, le site du terminal est électrifié tandis que le quartier entier baigne dans l’obscurité.

La Centrale Thermique de Djeno, située dans le sixième arrondissement de Pointe Noire a été construite en 2007 avec 25 MW. Cependant, le quartier du même nom n’est toujours pas électrifié.

La Société Nationale des Pétroles du Congo en sigle SNPC qui exploite les champs Mengo-Kundji-Bindji au village Tchiminzi (District de Tchiamba) et dont le site est alimenté en électricité, ne se préoccupe pas non plus de l’électrification des communautés riveraines.

Le village Loango quant à lui, premier village pétrolier du Congo, n’est pas en marge de cette injustice...

On rappelle que depuis  2017, la Commission Justice et Paix de l’Archidiocèse de Pointe-Noire mène un plaidoyer « Electricité Pour Tous » auprès compagnies pétrolières et des pouvoirs publics pour mettre fin à la privation d’électricité dont font l’objet depuis de nombreuses années les communautés riveraines des sites d’exploitation pétrolière.

Si l’état a le devoir et l’obligation de fournir l’électricité́ aux congolais, il revient aux compagnies pétrolières de l’accompagner, particulièrement pour les communautés riveraines de leurs exploitations.

Il est donc temps de mettre fin à l’injustice énergétique que subissent certains villages du Kouilou abritant pourtant les installations d’extraction de gaz qui font fonctionner des centrales à gaz qui alimentent le pays.

Suite à l’échec de nombreux projets de développement, dont l’offre technique avait été mal dimensionnée, mal pensée, mal entretenue ou détournée, il est devenu incontournable de repenser l’offre dans le cadre des programmes de développement afin qu’elle soit adaptée aux nécessités de terrain.

Un sujet qui va certainement s'inviter aux législatives de juillet prochain.

Jean-Jacques DOUNDA / Les Echos du Congo-Brazzaville

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