Procès d’Emile Mabioko Boukala : des juges ont distribué des cadeaux aux délinquants dangereux (Maître Dieudonné Mbama)

Après avoir fait la Une des médias congolais en juin 2021, dans une affaire de braconnage et de trafic illicite de pointes d’ivoires, l’administrateur-maire de Divénié, Emile Mabioko Boukala a été totalement blanchi, jusqu’à la moelle épinière, par le Tribunal des grandes instances de Dolisie, dans le département du Niari (sud). Pour son avocat, maître Dieudonné Mbama, entre la gravité des infractions et la nature des peines, les juges ont distribué des cadeaux aux délinquants dangereux car, les faits de coups et blessures et de diffamation étant établit, la gravité des faits étant avérée, on passe à tabac un maire, une autorité, on l’a blessé, on l’a humilié, on ne peut pas comprendre qu’au niveau de la sanction, à l’extrême gravité des faits, le Tribunal ait répondu par l’extrême douceur de la peine. Cerise sur le gâteau, les prévenus ont refusé catégoriquement de comparaitre devant le Tribunal le jour où le jugement a été rendu.

Les Echos du Congo-Brazzaville : Bonjour Maître Dieudonné Mbama. Vous êtes Avocat au Barreau de Pointe Noire, conseil de l’administrateur-maire de la communauté urbaine de Divénié, Emile Mabioko Boukala. Dans la nuit du 3 au 4 juin 2021, votre client a été victime d’une battue par les agents des Eaux et Forêts (AEF) du Niari, que lui reprochaient-ils ?

Maitre Dieudonné Mbama : Bonjour monsieur le journaliste. D’après le nommé Mac Odet Massengui, alias Makélélé, auxiliaire des Eaux et Forêts, posté sur une barrière illégale à la hauteur de Mila-Mila, mon client, M. Emile Mabioko Boukala, administrateur-maire de la communauté urbaine de Divénié, transportait une cargaison de pointes d’ivoires, et une importante quantité d’espèces animales intégralement protégées. En raison du fait que cet agent n’a pas qualité de faire la fouille d’une personne dépositaire de l’autorité de l’Etat, mon client n’a pas accepté que son véhicule soit fouillé. Chemin faisant, arrivé à 10km environ de Dolisie, précisément dans la localité de Dibeni, mon client tombe dans ce qui s’est révélé être un traquenard.

Un exceptionnel et impressionnant dispositif des agents de l’Economie Forestière, attendait, érigé un mur humain, visiblement prévenu contre mon client. Je précise que ce personnel très excité, s’est tout de suite montré injurieux et menaçant à son endroit, l’accusant de nouveau du trafic de pointes d’ivoires et du braconnage.

Qu’est-ce qui s’est réellement passé à Dibéni ?

En effet, c’est à Dideni, à 10km de Dolisie où se sont produits la plupart des faits, entre autre qui ont obligé mon client à porter plainte. Les agents de l’Economie Forestière ce sont rués sur lui, non pas cette fois pour lui contraindre la fouille de son véhicule, mais plutôt pour le molester, lui passer les menottes, puis le séquestrer dans le coffre de leur véhicule de fonction, tout en proférant des injures de toute nature à son endroit.

Comme vous affirmez avec une clarté biblique que votre client était menotté les bras dans le dos, et donc mis hors d’état de nuire, pouvez vous nous dire si la fouille a finalement eu lieu ?

Faisant partie des actes de procédures judiciaires, la reconstitution des faits de cette affaire a clairement révélée que cette fouille tant souhaitée ne constituait plus qu’un prétexte, étant donné que celle-ci n’a jamais eu lieu à Dibéni, alors qu’ils prétextaient faire de celle-ci leur mission nodale, que paradoxalement cela ne les préoccupait plus.

Si vous soutenez avec luxe et détails que la fouille n’a bien justement pas eu lieu, alors que votre client était mis hors d’état de nuire, comment prétendez-vous prouver que celui-ci ne détenait pas des pointes d’ivoires en plus des espèces fauniques généralement protégées au Congo ?

C’est aux alentours de 24h40mn et donc une heure après la séquestration de mon client qu’une intervention de police en provenance de Dolisie a heureusement fait irruption à Dibéni. Faisant preuve de professionnalisme et de bravoure, le capitaine à la tête de cette intervention a ordonné d’ôter les menottes à mon client, puis s’en est suivi le départ en cortège pour Dolisie, précisément au commandement territorial des forces de polices au Niari, où la presse audiovisuelle pour citer télé Congo et DRTV étaient déjà postées.

En clair, ce n’est qu’à Dolisie donc, dans les locaux de la police et grâce à l’insistance de ce vaillant capitaine de police Mavoungou, que la fouille a été faite. Malheureusement pour les agents de l’Economie Forestière, cette fouille s’est révélée infructueuse. Mon client est resté en garde à vue comme un vulgaire personnage jusqu’au 4 Juin 2021 à 13h 30mn, sur ordre de qui, je ne saurai vous en dire davantage.

Sachant que ce différent à tout de même opposé votre client, cadre du Ministère de l’administration du territoire d’une part, aux agents du Ministère de l’Economie Forestière d’autre part, pourquoi votre client n’a pas privilégier la recherche d’une solution administrative plutôt que de se retourner vers la justice comme dernière issue ?

Il est important de noter ici, que l’initiative d’une démarche visant à concilier les deux parties ne pouvait relever de la compétence de mon client, du fait qu’en plus d’une compagne médiatique patiemment entreprise sur les chaines télé Congo et DRTV visant la destruction de la carrière administrative de mon client et bien justement en l’absence d’une procédure prônant la conciliation, le rétablissement de l’autorité de l’Etat et la dignité de mon client, lequel après avoir porté l’information à sa hiérarchie, notamment à l’administration préfectorale du Niari, qui est restée muette sur la question, mon client n’avait plus d’alternative que de porter plainte au Tribunal de grandes instances de Dolisie.

Le Tribunal de Dolisie a rendu un jugement correctionnel, le 4 mars 2022 dans la procédure qui opposait M. Emile Mabioko Boukala, administrateur-maire de Divénié, François Malonda de Paul et autres agents des Eaux et Forêts, dans le cadre de l’affaire dite de braconnage et de trafic illicite de pointes d’ivoire. Aux termes de ce jugement, les cinq prévenus ont été déclarés coupables de diffamation et de coups et blessures volontaires, mais aussi condamnés à deux ans d’emprisonnement avec sursis, ainsi qu’au paiement d’une somme de 5.000.000 de Fcfa à M. Emile Mabioko Boukala à titre de dommages et intérêts. Avec cette circonstance que le nommé Mac Odet Massengui alias Makélélé a été en outre condamné au paiement d’une amende ferme de 2.000.000 de Fcfa à l’Etat congolais. Quelles sont vos impressions relatives à cette décision ?

D’abord un sentiment de satisfaction, car ce jour, mon client M. Emile Mabioko Boukala, a vu son honneur et sa dignité réhabilités, après cette campagne de dénigrement, ce matraquage médiatique nuisible (télé-Congo, DRTV, le journal Nouveau Regard, les réseaux sociaux) et cette cabale montée contre lui pour les raisons totalement inavouées.

C’est l’aboutissement d’une longue bataille judiciaire qui est passée par plusieurs traquenards et beaucoup de chausse-trappes.

C’est une affaire qui est l’illustration de l’aphorisme latin « homo homini lupus » traduction en français, « l’homme est un loup pour l’homme », car des êtres humains se sont comportés vis-à-vis d’un autre être humain comme des ogres, et ont affiché un comportement de « yakuzas », un comportement de hors-la-loi violents.

L’enseignement majeur qu’on peut en tirer c’est que la loi existe au Congo et nul n’est au-dessus de la loi. Devrais-je en plus, faire observer que cette décision a un goût d’inachevé, un goût mi-figue, mi-raisin du fait même de son caractère contrasté.

En effet, l’éminent juriste italien César Beccaria, père du Droit Pénal moderne, et auteur du célèbre ouvrage « De delliti è delle pene » traduit en français « Des Délits et des Peines », qui a tant travaillé pour l’équilibre entre la gravité des infractions et la nature des peines, doit se retourner dans sa tombe, lorsque des juges distribuent des cadeaux de noël aux délinquants dangereux.

Car, les faits de coups et blessures et de diffamation étant établit, la gravité des faits étant avérée, on passe à tabac un maire, une autorité, on l’a blessé, on l’a humilié, on ne peut pas comprendre qu’au niveau de la sanction, à l’extrême gravité des faits, le Tribunal de Dolisie ait répondu par l’extrême douceur de la peine. Cerise sur le gâteau, les prévenus ont refusé même de comparaitre devant le Tribunal le jour où le jugement a été rendu.

Sachant que “les délinquants”, les agresseurs de votre client sont toujours en liberté, craignez-vous pour la sécurité de l’administrateur-maire de Divenié, Emile Mabioko Boukala ?

Au fil du récit il y a des points sur lesquels on s’est posé des bonnes questions. Pourquoi un maire qui relève d’une hiérarchie n’a pu être à aucun moment soutenu ? Silence radio depuis le 4 Juin 2021 jusqu’à ce jour. Etonnement, l’administration préfectorale du département du Niari est restée muette, c’est tout de même scandaleux !

Y a t-il des relents cachés dans cette histoire ? Qui voudrait régler des comptes à mon client en voulant lui mettre des délits sur le dos pour le diaboliser, l’humilier ? Sait-on jamais, peut-être que l’on recherche quelque part, qu’il puisse être demi de ses fonctions. Car comment justifier cette rage que j’appellerai de l’acharnement ! Avant cette affaire, M. Emile Mabioko Boukala autrefois maire de Mbinda, et maire de Divénié aujourd’hui, n’avait jamais défrayé la chronique. Dans sa ville de Divenié il n’a jamais eu de problème. Donc je pense que le problème de la sécurité de mon client reste entier et se pose en filigrane.

C’est pourquoi j’émets des inquiétudes, corroborant au fait que si à cette nuit du 03 au 04 juin 2021, à Dibeni, si ce brave capitaine de police M. Mavoungou n’était pas arrivé avec son équipe d’intervention, que ce serait-il passé ?

Il n’aurait certainement pas eu la vie sauve face à ses bourreaux lesquels en se rétractant de, la fouille du véhicule, leur première mission, n’ont plus jamais rien dit sur le sort réservé à M. le maire, et la justice qui n’a visiblement pas insistée sur ce fait, n’aura pas elle aussi pu obtenir les vraies raisons de cet acharnement. Comme le prouve suffisamment nos réponses à vos différentes questions, la justice a refusé d’allé jusqu’au bout en ce qui concerne les sanctions, une attitude peu compréhensible de laisser se promener cinq délinquants qui, sans raison essentielle ont passé à tabac un maire, alors qu’un voleur d’épinard aurait croupi à la Maison d’arrêt. Tout cela ne peut que nous écœurer.

C’est pourquoi j’invite l’administration publique à plus de responsabilité, et à mon client à beaucoup plus de prudence.

Votre message de fin ?

Notre mot de la fin consiste à vous dire merci pour nous avoir permis cette interview, qui revient essentiellement sur les péripéties de cette affaire, contrairement à la presse audio visuelle et écrite ( TV Congo-DRTV- journal Nouveau Regard) qui, visiblement , pour n’avoir mené aucune enquête préalable, s’était donnée la mission de propager des fausses informations, envenimant ainsi l’opinion publique ou pour forcer un égarement à une échelle de l’administration publique.

Tout ceci n’aurait pas dû être si vos collègues de la presse précités s’étaient montrés plus respectueux et plus respectables. Pour une fois encore, merci pour la parole, à très bientôt je l’espère.

Propos recueillis par Jean-Jacques DOUNDA / Les Echos du Congo-Brazzaville

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