Congo – Mobilité : Les populations des localités desservies par certaines routes secondaires se disent être « les oubliées de la République »

Congo – Mobilité : Les populations des localités desservies par certaines routes secondaires se disent être « les oubliées de la République »

« Oubliés de la République » ou « Orphelins de la République », ainsi se définissent les populations dont les localités sont desservies par les routes secondaires, toutes en terre, donc non asphaltées. En cette saison des pluies, accéder à ces localités est une véritable odyssée, tant entre bourbiers et ravines, la circulation est quasi impossible, avec le risque d’y laisser sa peau, à défaut du véhicule.

« Les routes de l’impossible », cette série documentaire française qui suit des personnes qui traversent des routes dangereuses ou oubliées dans le monde, risquant tout pour gagner leur vie, affrontant des conditions extrêmes et l'absence d'infrastructures routières, pourrait bien être tournée en certains endroits du Congo, du Nord au Sud, tant le décor s’y prête aisément.

Mossendjo–Mbinda, Dolisie–Kimongo, Linzolo–Mbandza-Ndounga, Mbomo–Ewo, Abala–Ollombo et bien d’autres axes routiers dits secondaires  présentent un état de quasi abandon et renvoient aux « routes de l’impossible ». Pourtant les populations qui en sont desservies sont obligées de s’adonner aux activités du quotidien par elles, en dépit des dangers que représente tout voyage. Presque un choix de vie ou de mort.

Entre nids-de-poule, chaussée dégradée et trajets interminables, la route reliant Mossendjo à Mbinda dans le département du Niari donne du fil à retordre aux automobilistes. Sur cet axe stratégique long de 127 kilomètres, chaque voyage ressemble de plus en plus à une épreuve d’endurance, où les amortisseurs sont mis à rude contribution et la patience des usagers constamment sollicitée.

Pour tous ceux qui partant de Kimongo, désirent se rendre à Dolisie, il faut se munir de patience et de foi. Désormais, il faut toute une journée de route non-stop pour pouvoir rallier la capitale départementale du Niari à partir de la ville de Kimongo  51 kilomètres, 43 à vol d’oiseau. Avant, il ne fallait qu’entre 1  heure et 1 heure 30 minutes. Cela appartiennent désormais au passé.

La route de Linzolo, artère vitale reliant Nganga Lingolo et Mbandza Ndounga dans le département du Pool, est devenue un véritable parcours du combattant pour les usagers. Malgré son importance stratégique, cette voie est dans un état de délabrement avancé, rendant les déplacements quotidiens difficiles et dangereux. La règle pour les transporteurs est « qu’on y circule pas après la pluie ».

Même les véhicules 4X4 ont du mal à circuler convenablement. Entre les moteurs qui calent, les roues qui s’arrachent, les arbres à came qui cassent, les automobilistes sont obligés de faire des zigzags sur cette gigantesque piste d’éléphants.

L’axe Abala-Ollombo dans le département des Plateaux à plus de 380 km de la capitale Brazzaville sur la route nationale 2 présente un état  de dégradation avancée qui rend la circulation extrêmement difficile, voire impossible.

Les véhicules restent souvent bloqués dans la boue, aggravant la situation des habitants qui doivent naviguer à pied entre les trous et les bourbiers.

Mercredi 4 octobre, un véhicule poids-lourd de marque Renault s’est renversé sur l’axe Abala-Ollombo, avec son chargement de marchandises. Si l’accident n’a pas occasionné de morts ni de blessés, les passagers ayant pris l’habitude de descendre du véhicule en ces endroits très dangereux, le bilan matériel est par contre bien lourd.

Outre le véhicule qui a subit de sérieux dommages et dont la remise en état sera à l’évidence onéreuse, la perte des marchandises périssables se chiffre elle aussi à un prix très élevé et qui ruine les espoirs des producteurs, avec le sentiment d’être abandonnés par les pouvoirs publics.

« On vous répète que la route d’Abala est impraticable, vous n’en faites pas cas. Regardez ce véhicule Renault en provenance du village Ossélé, renversé sur la colline d’Étomba, ‘’ quatre pieds en l’air ‘’. Tout son chargement de manioc est là, dormant au milieu de la broussaille. Combien de fois doit-on vous répéter que la route d’Abala est impraticable »,  s’est insurgé un témoin de l’accident envers les autorités.

La situation est particulièrement critique pour les agriculteurs et commerçants, dont les moyens de subsistance dépendent de la capacité à transporter leurs produits.

« À quoi bon produire davantage, si on ne peut écouler sa marchandise, si c’est pour tout jeter dans la nature, au détour d’un bourbier. Sauf que cela pose au final le problème de subsistance, voire de la survie même », se lamente-t-on.

Cette négligence infrastructurelle entrave non seulement les échanges commerciaux, mais aussi la mobilité des populations locales. Toute évacuation sanitaire par exemple, débouche toujours sur un décès quand le cas est assez grave, faute pour le malade, de ne pouvoir atteindre un grand centre de santé.

Ceux d’un certain âge se souviennent des cantonniers dont le rôle consistait en l’entretien des pistes secondaires.  Un emploi rangé dans les mémoires de l’histoire, d’où personne n’ose l’en sortir.

Même en milieu forestier où les compagnies exploitant le bois sont astreintes à un cahier de charge qui les oblige à l’entretien routier, la situation n’est guère reluisante. L’axe Mossendjo-Mbinda, cœur de l’or-vert en est la parfaite illustration.

Alors, comment ne pas se dire abandonnés par la République, quand l’un des principes constitutionnels, celui de la libre circulation des personnes et des biens, n’est pas garantie à tous, entendu que le piteux état des routes quasi impraticables est une entrave à la libre circulation des personnes et des biens, donc une violation délibérée de la constitution de la part des pouvoirs publics.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville