Congo : les morts ont-ils désormais des catégories ?

Congo : les morts ont-ils désormais des catégories ?

Après le drame qui a coûté la vie à quatre candidats le dernier jour des épreuves du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) à Sibiti, dans le département de la Lékoumou, le ministre de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’Alphabétisation, Jean Luc Mouthou, s’y est rendu pour exprimer la solidarité du gouvernement aux familles endeuillées. Le gouvernement a réaffirmé son engagement à accompagner les familles des élèves disparus dans le drame de Sibiti, en apportant son soutien à l'organisation de leurs obsèques. Un geste de solidarité qui mérite d'être salué.

Mais une question, simple et légitime, continue de hanter les esprits des Congolais : qui accompagnera les familles des deux autres victimes décédées dans le même accident, mais qui n'étaient pas élèves ? (Gertrude Mankou Bouanga, 55 ans, et Lambert Bamboundinina, 64 ans).

Dans cette tragédie, les larmes n'ont pourtant pas fait de distinction. L'accident n'a pas demandé les cartes d'identité avant de frapper. Il n'a pas séparé les victimes entre « prioritaires » et « secondaires ». Toutes ont perdu la vie dans les mêmes circonstances, le même jour et sur la même route.

À écouter certaines communications officielles, on pourrait presque croire que le drame s'est arrêté aux portes de l'école. Comme si les autres victimes avaient simplement raté le bus de la compassion institutionnelle.

Avec un brin d'humour, on serait tenté de dire que, dans notre administration, il faudrait peut-être prévoir un « statut administratif du défunt » avant de bénéficier de la solidarité nationale. Une idée absurde, bien sûr, mais qui traduit le malaise ressenti par de nombreux citoyens.

Au-delà de l'émotion, cette situation interroge la responsabilité des décideurs. Dans une République, la solidarité publique ne devrait pas dépendre de la profession, de l'âge ou du statut social de la victime. Lorsqu'un drame frappe une communauté, chaque vie mérite le même respect, chaque famille la même considération.

Les proches des deux autres disparus ne réclament ni privilège ni traitement de faveur. Ils demandent simplement que leurs morts ne soient pas oubliés, que leur douleur soit reconnue et que la Nation leur témoigne, elle aussi, sa compassion.

Parce qu'au fond, la valeur d'un État se mesure aussi à sa capacité à ne laisser personne au bord du chemin,  pas même dans le deuil.

Germaine MAPANGA / Les Echos du Congo-Brazzaville

Photos : DR