La mort, encore elle, vient d’emporter André Yabi Yabi. Sa disparition laisse un profond sentiment de tristesse, autant qu’elle suscite des réflexions sur ce qui est parfois une indifférence des institutions, envers certains de ceux qui ont servi la Nation, hélas confrontés à la vulnérabilité, quelles qu’en soient les causes. Pour beaucoup de Congolais, André Yabi Yabi n'était pas seulement un journaliste; il était une voix familière, une présence quotidienne qui a accompagné des générations d'auditeurs sur les ondes de la Voix de la Révolution Congolaise et de Radio Congo.
Très jeune déjà, on se souvenait toujours de sa voix. Cette voix de stentor atypique qui marquait la prestance à l’antenne, contrastant d’ailleurs d’avec sa structure corporelle svelte, en ‘’poids plume’’.
André Yabi Yabi réveillait les foyers congolais avec son timbre vocal exceptionnel. Cette voix reconnaissable d’entre mille qui annonçait les programmes, les informations et les célèbres pages de réclames sonores.
Annonce de début démissions à 5 heures du matin, changement des fréquences à 18 heures et annonce de fin d’émissions à minuit, André Yabi Yabi faisait partie de ces hommes qui donnaient une âme aux ondes nationales, à une époque où la radio était le principal lien entre les citoyens et l'actualité.

Mais derrière les souvenirs glorieux se cache souvent une réalité qui interpelle les consciences. Ces dernières années, nombreux sont ceux qui ont aperçu le doyen Yabi Yabi dans les rues de Brazzaville, vivant dans des conditions difficiles. Une image douloureuse pour ceux qui se souvenaient encore de ce monument de la radio congolaise. Le voir ainsi, après tant d'années de service et de dévouement pour son pays, brisait le cœur.
Aujourd'hui, les hommages affluent de toutes parts. Chacun se souvient de son professionnalisme, de sa simplicité, de son immense talent et de sa contribution à l'histoire des médias congolais.
André Yabi Yabi fut un sachant, un professionnel accompli, un homme ordinaire au destin extraordinaire. Un homme qui a transmis le savoir à des générations d’animateurs.
Jean Jacques Jarelle Sika journaliste-animateur à Radio-Congo, se souvient.

« Il est des hommes qui ne meurent jamais vraiment, parce qu'ils continuent de vivre dans la voix, le talent et le parcours de ceux qu'ils ont formés.
André Yabi Yabi était de cette trempe. J'ai eu le privilège de l'avoir comme formateur en animation radiophonique à Radio Congo Brazzaville.
Plus qu'un enseignant, il était un véritable artisan de la parole, un passeur de savoir, un homme exigeant qui nous apprenait que derrière chaque micro se cache une immense responsabilité : informer, émouvoir et respecter les auditeurs.
Si aujourd'hui je manie le verbe avec passion et que je garde un profond respect pour ce métier, c'est en grande partie grâce à ses conseils, à sa rigueur et à sa patience. Il nous corrigeait avec fermeté, mais toujours avec la volonté de faire émerger le meilleur de chacun de ses élèves.
Son départ laisse un grand vide dans le paysage médiatique congolais. Mais son héritage est immense : il résonne dans chaque journaliste, chaque animateur et chaque professionnel qu'il a inspiré au fil des années.
Merci, Maître André Yabi Yabi, pour tout ce que vous nous avez transmis. Votre voix s'est tue, mais votre enseignement continuera d'éclairer des générations de professionnels.
Reposez en paix. Que la terre de nos ancêtres vous soit légère et que votre mémoire demeure à jamais gravée dans nos cœurs. »
André Yabi Yabi restera à jamais dans la mémoire de ceux qui ont grandi au son de sa voix légendaire lançant avec fierté et prestance :
« Radio Congo ! Chaîne nationale !! »
Adieu, Grand Chevalier du micro.
Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville