CONGO – Disparition : Ange Edouard Poungui, à jamais parmi les siens sur la terre de ses ancêtres à Nsatou-Meya

L’ancien Premier ministre et homme politique congolais Ange-Edouard Poungui a été inhumé le vendredi 5 juin 2026 à Nsatou-Meya, terre de ses ancêtres, situé dans la commune de Madingou. La cérémonie des obsèques de cet illustre personnage politique, homme d’Eta du pays a été patronnée par le Vice-Premier ministre, Jean-Jacques Bouya, représentant personnel du Premier ministre, Chef de gouvernement et de quelques membres du gouvernement, en présence de Monsieur le Préfet du département de la Bouenza, Marcel Ganongo, des personnalités politico-administratives et militaires départementales et municipales. 

Décédé le 28 avril 2026 à Valenton, commune situé au sud-est de Paris en France, la dépouille de l’ancien Premier ministre Ange Édouard POUNGUI a été rapatrié au Congo, le 3 juin 2026. Après l’hommage de la Nation Congolaise à l'homme le 4 juin dernier au Palais des congrès, en présence du Président de la République, Chef de l’Eta, Denis Sassou-N’Guesso, son ancien camarade au Parti Congolais du Travail, le corps de l’illustre disparu a pris le chemin de Madingou où il reposera à jamais au village de ses ancêtres Nsatou-Meya, désormais quartier de la commune de Madingou. Les obsèques se sont déroulée en présence du Vice-Premier ministre, Jean Jacques Bouya, représentant le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, Chef de gouvernement, accompagné de quelques membres, du Préfet du département de la Bouenza, Marcel Ganongo, du Maire de la ville de Madingou, du chef de file de l’opposition congolaise, président national de l’UPADS, Pascal Tsaty Mabiala, des représentants des partis politiques et des confessions religieuses, des anciens parlementaires, des parlementaires, des Conseillers municipaux et départementaux et de la population du district de Madingou.

A l’occasion de ses obsèques, une messe de requiem a été concélébrée sous l’autorité de Son Excellence Monseigneur François Halyday Mbouangui, évêque de Nkayi et de l’évêque émérite Daniel Mizonzo. Le prêtre officiant, l’Abbé Philippe Mabiala, dans son homélie.

« Excellence, l'évêque diocésain de Nkayi, de me donner l'occasion de prêcher. Et c'est pour moi, une occasion aussi de solder la dette contractée auprès de l'ancien Premier ministre Ange Édouard Poungui. En 1995, lors de ma première sortie du pays, c'est lui qui m'a procuré le billet d'avion pour le Canada. En 1988, son épouse, d'heureuse mémoire et lui-même, ont pris en main mon ordination comme prêtre. Donc, considérez, Excellence, cette intervention comme une dette épongée. Cela étant, je voulais d'abord déconstruire la perception que l'on a de l'ancien Premier ministre. Ensuite, je cernerai le mystère de la mort, tel que nous l'avons entendu dans l'évangile. Et enfin, je montrerai comment l'ancien Premier ministre concevait et pratiquait la politique », a-t-il remercié l’évêque diocésain et a ébauché le prêtre officiant Philippe Mabiala.

« Premier point, déconstruire la perception que l'on a de l'ancien Premier ministre. Dans la Bible, Jésus demanda aux disciples ce qu'on disait de lui. Qu'est-ce que les gens disent de moi ? Tu es Elie, Jean-Baptiste, d'autres prophètes. Ça, c'est ce que les gens disent. Mais pour vous qui suivez ? Pierre, au nom de tous, fit cette profession de foi : tu es le Messie. Donc déjà, Pierre venait de déconstruire la perception. Il y a la perception qu'on a de quelqu'un et la réalité », a-t-il éclairé.

« Qu'est-ce que les gens disent de Ya Ange Édouard Poungui ? Je vais d'abord ce que les gens disent, après je vais déconstruire. On l'a dit, Ya Ange n'a rien fait pour Madingou. Et pourtant, il n'a jamais été maire de la ville. On l'accuse de n'avoir procuré du travail aux siens, aux membres de sa famille. A ce que je sache, il n'a jamais occupé le portefeuille de ministre du travail ou de la Fonction publique. Et même si tel était le cas, est-ce le rôle d'un ministre de donner du travail aux gens ? Contrairement à Paul Kaya qui a fait construire une morgue, Ange Poungui n'a laissé aucune trace. Voilà ce que les gens disent et ils s'en désolent. Qu'est-ce que Jésus nous a laissé ? Outre son corps et son sang, le Fils de Dieu nous a laissé son Esprit. ’’Je m'en vais vers le Père, mais je ne vous laisserai pas orphelins’’, Jean 14, verset 18. Quand on est habité par l'Esprit du ressuscité, on ne peut que produire du bon fruit. La charité, la joie, la paix, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi, Galathe 5,22. Si l'esprit vous anime, vous n'êtes pas sous la loi. Ce qu'a laissé Ange-Édouard Poungui, c'est l'image d'un homme politique d'envergure, de valeur, un homme intègre, libéré de toutes pesanteurs matérielles. Il a compris que l'homme ne vit pas seulement de foufou ni de manioc. Ce qui fait un homme, c'est l'avoir certes, mais aussi et surtout l'être ».

« On a encore dit de lui, qu'il est sans cœur. Il a laissé croupir son frère en prison. Directeur de la Banque commerciale congolaise, Ange Édouard Poungui recrute l'un de ses frères dans la boîte. Tout va bien, jusqu'à ce qu'on lui apprenne que celui-ci a détourné une colossale somme d'argent. Par respect pour leur chef, les collaborateurs parlent d'un arrangement à l’amiable. ’’Si vous remboursez l'argent volé, nous nous étoufferons l'affaire dans l'œuf. Ni vu, ni connu’’, suggèrent-ils à leur directeur. Réaction énergique du directeur, ’’pas question ! Il a posé un acte délictueux, il doit en répondre’’, répliqua Monsieur le directeur, qui n’est autre que Ange Edouard Poungui, frère du présumé. Alors, le frère est arrêté, jugé, condamné et emprisonné. La famille s’agite, Ange Poungui n’est pas bien, il n’a pas bon cœur, il est plus que méchant. Le bon, le mauvais, c’est le manichéisme. Qui est bon, qui est mauvais ? Qui parmi nous ici est bon ? Qui parmi nous ici est mauvais ? Ange Edouard Poungui m’a parlé de l’inversion des valeurs. Le coupable devient le bon, et c’est à lui, l’homme intègre que l’on fait revêtir le costume de méchant. Qui est habilité à classifier les gens ? », a relaté l’Abbé Philippe Mabiala.

« Jésus dit, ne jugez pas, afin de n'être pas jugé. Car du jugement dont vous jugez, on vous jugera. Et dans la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous, (Matthieu 7 ; verset 1). Le jugement est la prérogative de Dieu seul. Il séparera les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des veaux ; les bons, les justes, à droite, les méchants, les maudits, à gauche (Matthieu 25) ».

« La conclusion de ya Ange m’est restée mémorable, « Abbé Philippe, comme prêtre, vous avez du travail », dira-t-il en s’exclamant. Oui, nous avons du travail. Mais c'est quoi le travail du prêtre ? Dans une métaphore martiale, le Pape François d'heureuse mémoire a épinglé les ecclésiastiques, qui préfèrent être, je cite, « des généraux d'une armée vaincue, plutôt que des fantassins pour continuer le combat sur le terrain ».

Le combat du prêtre se résume à la sanctification du peuple de Dieu dont lui-même fait partie. Soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait. Le moyen, la perfection en est la règle d'or. Fais à l'autre ce que tu aimerais pour te face. Ou négativement, ne pas faire à l'autre, ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'on fasse (Matthieu 7, 12).

Dans son ministère pastoral, le prêtre promeut la vertu et dénonce le vice. Il vous a été dit, moi je vous dis. Si le prêtre n'aide pas les gens à se départir de la logique de l'Ancien Testament, de la loi du talion, pour la perspective précise du pardon, tel sera son mérite.

Poursuivant son prêche l’officiant a évoqué le rôle du clergé, du prêtre-pasteur : « Il vous a été dit, moi je vous dis. C'est quoi le travail du prêtre ? C'est œuvrer dans le sens de la prière attribuée à Saint-François d’Assise. Là où domine la haine, annoncez l'amour. Là où sévit la discorde, bâtir la paix. Là où s’installe l’erreur, proclamez la vérité. Là où paralyse le doute, réveillez la foi. Là où pèse la détresse, rallumez l'espérance. Là où se précise les ténèbres, apportez la lumière ».

« Maintenant, bien aimés et chers amis, je voudrais à présent éclairer le mystère de la mort. Et comme je l'ai dit, illustrer la manière dont l’ancien Premier ministre concevait et pratiquait la politique. ’’Dès qu’un homme nait, il est assez vieux pour mourir’’, déclare le philosophe Martin Heideger. Certes, nous mourons tous, mais comme l’a chanté Franklin Boukaka, ’’toutes les morts n’ont pas la même signification’’. Sur la croix, Jésus nous a appris le salut, nul n'a le plus grand amour que donner sa vie pour ses amis. Dès lors que le Père a ramené son fils de la mort à la vie, désormais, l’être humain ne nait plus pour mourir, mais il meurt pour ressusciter, telle est notre espérance chrétienne. Mais comment réagissons-nous devant la mort ? Quelles sont les dernières paroles que d’aucuns prononcent avant de passer de ce monde au Père. Les dernières paroles. Des paroles que l’on prononce à la fin de la vie, résument habituellement le mystère de chacun. Selon Platon, son maître Socrate parlera d’immortalité avant de mourir. Celui qui est condamné à mort, console ceux qui restent. Pragmatique, la mère de Goethe, ce poète Allemand, donna pour instruction de ne pas mettre trop de raisins secs dans le gâteau préparé pour son enterrement. Quelle élégance ! Elle pense à ceux qui seront présents à son enterrement. Donc, que les raisins ne soient pas trop secs dans le gâteau qui sera préparé à cet effet. D'aucuns exhortent leurs enfants à se tenir les boudes. Les patriarches de la ville meurent en bénissant leurs descendants ».

Aussi, dans une brève évocation faite à son père et dans un mot de remerciements, Lionel-Ange Poungui, l’un des fils de l’ancien Premier ministre a, de façon globale révélé le caractère humaniste et formateur de leur père. Un homme carré et attentionné pour sa progéniture. Ange-Edouard Poungui, a forgé l’éducation de ses enfants, pas trop choyés, mais éduqués à l’exemple d’un homme qui forge sa descendance.

« A la suite du rappel à Dieu de notre père, Ange Édouard Poungui, survenu le 28 avril 2026, nous avons été profondément touchés par l’élan de solidarité, de fraternité et de générosité dont vous avez fait preuve à notre égard. Votre soutien a dépassé nos attentes et a constitué, pour notre famille, une source précieuse de réconfort dans l’épreuve.

C’est donc avec humilité et un profond sentiment de reconnaissance que je prends la plume, en mon nom personnel et au nom de toute la famille Poungui, afin de vous adresser nos plus sincères remerciements.

Permettez-moi d’exprimer tout particulièrement notre gratitude à Monsieur le ministre Rigobert Maboundou, dont le leadership empreint de sagesse, de discernement et d’humanité a été déterminant. Il a su fédérer les énergies, rapprocher les sensibilités et insuffler un remarquable esprit de cohésion entre les filles et les fils de la Bouenza autour de la mémoire de notre père.

Nos remerciements s’adressent également à Madame la ministre Jacqueline Lydia Mikolo, pour sa disponibilité, son attention constante et les précieux conseils qu’elle n’a cessé de nous prodiguer tout au long de cette période difficile. C’est souvent dans l’épreuve que se révèlent la profondeur des liens familiaux et la force des amitiés véritables. À cet égard, Ange Édouard Poungui aurait été fier de voir l’affection, l’estime et la solidarité que vous lui avez témoignées. Vous l’avez accompagné avec dignité et respect jusqu’à sa dernière demeure, et pour cela, nous vous en serons éternellement reconnaissants. », s’est-il exprimé au nom de toute la famille Poungui.  

L’ancien Premier ministre et homme politique de notre pays, Ange Edouard Poungui a été inhumé dans toute intimité familiale dans les terres de ses ancêtres Nsatou-Meya. Dans un mausolée du reste érigé (une œuvre architecturale conçue par Gaston Gapo, architecte congolais), dans lequel sa défunte épouse, maman Poungui Manda, décédée il y a quelques 6 ans auparavant et enterrée au cimetière du Centre-ville de Brazzaville. L’exhumation et la ré inhumation de la défunte épouse Poungui se fera dans un futur très proche. Les deux reposeront à jamais dans ce mausolée, selon leurs dernières volontés.

VALDA SAINT-VAL / Les Echos du Congo-Brazzaville