Il fut un temps — pas si lointain, mais déjà presque légendaire — où la nuit dans les pays de Mayoko (Moungoundou-Nord, Moungoundou-Sud, Mayoko, Mbinda), ne commençait vraiment qu’à la lueur d’un feu de camp. À peine le soleil tirait-il sa révérence que filles et garçons, petits et grands, convergeaient comme par magie vers ce point lumineux, cœur battant de la vie sociale.
Le feu crépitait, les rires fusaient, les regards se croisaient et parfois se perdaient.
Ah, ces fameuses soirées où les histoires rivalisaient avec les étoiles !
Entre contes d’anciens légèrement exagérés (on jurerait qu’ils avaient tous déjà combattu un lion au moins une fois…) et chants improvisés, chacun trouvait sa place. Même les plus timides finissaient par parler — ou au moins sourire dans l’ombre.
Et puis, soyons honnêtes : le feu de camp, c’était aussi le premier réseau social sans Wi-Fi mais avec beaucoup plus de connexions humaines !

Là-bas, pas de “vu à 22h31 sans réponse”, mais des discussions en face-à-face, des silences pleins de sens, et des éclats de rire impossibles à télécharger.
Mais aujourd’hui silence radio. Les flammes se sont éteintes, remplacées par les écrans lumineux. Les veillées ont cédé la place aux notifications. Chacun est désormais réuni mais seul, plongé dans son téléphone, comme si le village entier était devenu un grand feu de camp virtuel — sans chaleur, sans odeur de bois brûlé, et surtout sans ces regards complices qui en disaient long.
Faut-il pour autant parler de disparition totale ? Pas forcément. Car les souvenirs, eux, brûlent encore dans les cœurs. Et qui sait ? Il suffirait peut-être d’une allumette, d’un peu de bois et d’une bonne dose de volonté pour raviver la flamme.

Après tout, entre une batterie à 5 % et un feu à 100 %, le choix est vite fait non ?
Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville
Photos : DR