Bouemba n’est pas qu’un district, c’est un vivier économique prêt à exploser. A plus d’une centaine de kilomètres de Brazzaville, le district de Bouemba, récemment crée dans le département des Plateaux, est une nouvelle entité administrative sous-exploitée mais riche de promesses. Avec sa population, son marché local et ses multiples produits agricoles et son positionnement géographique, Bouemba pourrait bien contribuer à l’essor économique des Plateaux et indirectement booster le commerce fluvial vers le pays voisin, la République Démocratique du Congo. Loin des projecteurs des grands centres urbains, il recèle un potentiel stratégique qui, bien valorisé, transformerait le quotidien de ses populations et dynamiserait l’économie nationale en générale.
Autrefois village, situé au sud de Makotipoko et plus précisément dans l’ancienne sous-préfecture de Gamboma, Bouemba doit son statut de district à la loi n°39-2024 du 2 décembre 2024, aux côtés de Djambala, Ngo, Mpouya, Lékana et Mbon. Cette réforme territoriale découle de la volonté et la vision du Chef de l’Etat, Denis Sassou-N’Guesso, à de décentraliser l’administration pour mieux rapprocher le pouvoir des populations et accélérer le développement local des zones à fort potentiel. Matérialisée par le Ministre de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local, Raymond Zéphirin Mboulou, l’érection du district de Bouemba est l’occasion de créer les conditions d’émergence d’une administration orientée vers le développement, de tirer profit de son positionnement géographique dans la sous-région et de prendre en ligne de compte l’existence des infrastructures et des structures économiques, sociales et culturelles.
« Le district de Bouemba est une nouvelle entité administrative du département des Plateaux en République du Congo. Créé pour dynamiser le développement local et les échanges commerciaux avec la RDC, il est érigé en raison de sa forte densité démographique et de son marché sous-régional. Le district est devenu un pôle d'intérêt dans les Plateaux, avec des enjeux de renforcement des infrastructures routières et scolaires », explique Rudy Stephen Mpieré-Ngouamba Ambila, Directeur Général des Petites et Moyennes Entreprises, et cadre de ce district (directeur local adjoint lors des campagnes de la présidentielle 2026).
Un positionnement géographique au cœur du commerce transfrontalier
Le district de Bouemba jouit d’un positionnement géographique clé et d’une densité démographique notable. Situé sur la rive droite du fleuve Congo, Bouemba bénéficie d’une proximité immédiate avec la RDC, et avec les principaux villages comme Bouemba (1864 habitants), Akana (1046 habitants), Obaba (1597 habitants) et Engankoun (1578 habitants), il concentre une population active propice à l’agriculture et au commerce transfrontalier.
Bouemba, grâce à son marché déjà actif, est qualifié d’atout majeur pour le développement des échanges commerciaux avec la RDC via pirogues et barges. Il anime déjà un petit commerce fluvial dominé par les femmes, avec des produits agricoles (manioc, poissons, huile de palme) transitant via le fleuve vers les zones RDC.
Au sein du district de Bouemba, le village de Matadi occupe une place particulière en raison de son rôle économique et de son emplacement. Bien que moins urbanisé qu’une ville-port comme Matadi en RDC, le Matadi de Bouemba fonctionne comme un nœud d’échanges entre les populations riveraines et les commerçants des deux rives, contribuant au dynamisme des marchés de Bouemba.

Bouemba un grand bassin de produits agricoles
En effet, le département des Plateaux, riches en terres cultivables (agriculture vivrière) et possède ressources halieutiques (pêche artisanale via hydrographie abondante). Les cultures vivrières du département des Plateaux, propices au district de Bouemba, incluent le manioc (aliment principal), l'igname et la pomme de terre, souvent exportées vers la RDC. On y ajoute le maïs, la pastèque, l'arachide et les cultures maraîchères (oignons), soutenues par les programmes nationaux tels que la ZAP pour assurer une production locale susceptible de nourrir sa population et les environs. Complétés Les fruits comme bananes, mangues, safou et agrumes, ainsi que : huile de palme, sorgho et poisson frais, transitent via Bouemba pour approvisionner Kinshasa, qui tire 80% de ses vivres du fleuve. « Ce nouveau district réputé pour sa pêche, cette activité est si célèbre qu'elle attire de nombreux commerçants malgré les difficultés d'accès par route », précise Rudy Stephen Mpieré-Ngouamba Ambila.
Bouemba constitue un véritable défis et porteur des perspectives d’un Hub commercial émergent
« Aujourd’hui Bouemba n’est plus un village, mais plutôt un district. Nous devons faire de Bouemba une ville économique afin d’avoir beaucoup d’entrepreneurs. Cela ne sera possible que si nous avons des autoroutes, des microfinances », déclarait Rudy Stephen Mpieré-Ngouamba Ambila, lors des campagnes dans ledit district.
Malgré ces atouts, des obstacles persistent. La campagne présidentielle de mars 2026 a offert un éclairage précieux sur les préoccupations concrètes des populations de Bouemba. Les échanges entre la direction locale de campagne du candidat Denis Sassou-N’Guesso ont fait émerger des doléances récurrentes qui dessinent les priorités de développement du nouveau district. La construction des routes parait comme la revendication majeure des populations. Cette préoccupation a été relayée à plusieurs reprises, notamment lors de la descente de l’équipe de campagne sur l’axe Obaba-Akana, où les habitants ont spécifiquement demandé la construction de la route Ngobana-Akana. L’éducation et la santé constituent l’autre priorité exprimée par les populations. A Akana les habitants ont sollicité la réhabilitation et l’équipement de l’école primaire d’Akana en tables-bancs et matériel didactique. Le système de santé local est également à améliorer. Face aux difficultés, certains sont obligés de passer par Matadi qui, est intégré au district de Bouemba, pour aller se soigner de l’autre côté de la rive.
Route enclavée
Le marché de la RDC est une opportunité à exploiter. Il faut souligner que l’absence d’un port fluvial structuré à Bouemba est un manque à gagner pour l’administration locale au vue des flux d’échanges qui s’y déroule, au profit d’un commerce informel pour les pirogues et barges locales. Aussi, lavétusté des quais n’est pas à ignorer.
Par ailleurs, l’économie nationale, dominée par les hydrocarbures (42%), urge de diversification via les PME locales, alignée sur les priorités et objectifs du Président de la République, SEM Denis Sassou-N’Guesso. Bouemba pourrait créer emplois et microentreprises, notamment à Matadi, son relais économique clé. En misant sur Matadi comme hub économique local, les autorités pourront encourager l’émergence de coopératives, de microentreprises et de circuits de commercialisation plus organisés, ce qui consoliderait le rôle de Bouemba au sein de l’économie du département des Plateaux.
« L’orientation du Président de la République sur l’intérêt de la jeunesse à entreprendre est une opportunité pour ce département d’éclore. Car doté d’un gros atout à travers son positionnement géographique et de voir émerger des acteurs économiques encore plus engagés dans ce districts grâce aux outils de promotion et d’accompagnement des entreprises mises en place par le gouvernement »,a-t-il ajouté.
Il est important de se souvenir que Bouemba est une localité historique qui a servi de refuge aux populations fuyant les conflits en République Démocratique du Congo. Aujourd’hui, son statut de district lui permettra d’améliorer l’administration locale, transformer les échanges fluviaux en opportunité structurée en facilitant les formalités douanières et attirant plus d’opérateurs économiques des deux côtés du fleuve.
VALDA SAINT-VAL / Les Echos du Congo-Brazzaville